FOURCROY
d'organiser et d'entretenir, et aux sous-préfets le soin de surveiller les écoles primaires, on est plusieurs fois revenu^dans la discussion sur la crainte de voir ces institutions languissantes ou nulles. En insistant beaucoup, el avec raison sans doute, sur la nécessité et la justice d'offrir à tous une première instruction qui est en effet le besoin de tous, on a témoigné des regrets sur ce que les écoles n'étaient pas fondées aux dépens du trésor public, et sur ce qu'on n'en assurait pas ainsi l'existence d'une manière irréfragable. On aurait voulu au moins des moyens coercitifs pour forcer les conseils municipaux à s'en occuper et à les organiser. On reproche au projet de ne rien dire sur l'instruction des filles. On ne voit pas le sort des instituteurs assez certain pour les regarder comme établis solidement. On voudrait que la tenue des registres, civils fût réunie aux fonctions de ces maîtres : enfin, on sacrifierait volontiers même la plus grande partie des pensions des lycées, pour en reporter la dépenise sur les écoles primaires. Voilà un tableau fidèle des objections ou des regrets relatifs à Torganisation du premier degré d'instruction. Chacune d'elles me fournit une réponse aussi simple que facile.
Sans doute apprendre à lire, écrire et chiffrer est le besoin de tous les hommes vivant en société. Aucun ne devrait ignorer ces premiers moyens de communication et de conduite sociale. Mais malgré cette grande vérité, quel est le peuple nombreux où il existe dans toutes les communes une école gratuite qui y soit consacrée? Quel est le gouvernement qui peut soutenir ou qui soutient ce fardeau? Si cela n'existe nulle part, excepté dans quelques pays resserrés et d'une très faible population, c'est qu'il n'est pas dans la nature des choses que cela existe ; c'est qu'il est hors de la limite du possible qu'une pareille organisation soit établie chez un grand peuple*. En effet, il faut au
1 . L'arrêt prononcé par Fourcroy avec une si superbe assurance n'a pas
moins quarante mille écoles : en les portant à cinq cents francs pour le salaire du maître et pour sa maison, il faul une somme annuelle de vingt millions pour ce seul objet; et en joignant celte somme à celle qu'exigent les deux autres parties d'instruction, près de trente millions seraient ajoutés aux dépenses du gouvernement. Demandera4-on cette addition aux contributions dans un moment où tant d'autres besoins également impérieux, celui de réparations urgentes, etc., se font si vivement sentir? Réduira-t-on ces vingt millions à la moitié, soit en affectant cette réduction au nombre des instituteurs, soit en la portant sur le traitement de chacun ? Dans cette dernière hypothèse, la môme cause de non-succès se trouve reproduite. Et d'ailleurs, supposons encore que le trésor public puisse fournir vingt millions par an pour cette dépense : croyezvous avoir tout fait en payant quarante mille instituteurs? n'avez- vous pas ù craindre mille abus sur ces quarante mille traitements? Ne deviendront-ils pas une sorte de prime pour la négligence, l'inertie, l'insouciance, si toutefois ils ne Tolfrent pas d'abord à l'intrigue? Quelle différence entre ce mode qui, supposé possible, ne serait peutêtre pas digne d'être adopté, et celui d'abandonner aux magistrats de la famille l'établissement de cette institution domestique ! Elle est le besoin de tous, elle doit être l'affaire et la première affaire de tous. Laissez chaque commune s'arranger avec un instituteur; laissez-lui le choix d'un homme dont les mœurs privées et l'instruction lui soient bien connues ; donnez à toutes les convenances locales le règne et l'influence qu'elles doivent avoir; n'exigez pas des moyens coactifs là où la persuasion est seule nécessaire*;
empêché l'avenir de ré.iliscr ce qu'il avait ilécîaré a n'ctrc pas dans la nature des choses et hors de la limite du possible ».
1. Un autre orateur, Siméon, qui parla dans la séance du lendemain au nom du Tribunal, s'exprima ainsi au sujet de l'instruction obliii^loire : « Comment Ibrcer des pères de famille à enyoycr leurs enl'ants à ïécoïel IjG culte des lettres ne se commande pas plus que celui de la