Y. COUSIN
la question. La résoudre affirmativement, c'est armer la société, à moins qu'on ne veuille lui contester le droit de défense personnelle, c'est Tanner, dis-je, du droit de veiller à ce que ce peu d'instruction nécessaire à tous ne manque à personne. Il est contradictoire de proclamer la nécessité de l'instruction universelle et de se refuser au seul moyen qui la puisse procurer. 11 n'est pas non plus fort conséquent peut-être d'imposer une école à chaque commune sans imposer aux enfants de cette commune l'obligation de la fréquenter. Otez celle obligation, à force de sacrifices, vous fonderez des écoles; mais ces écoles pourront être peu fréquentées, et par ceux-là précisément auviuels elles seraient le plus nécessaires, je veux dire ces malheureux enfants des pays d'industrie et de fabriques, qui auraient tant besoin d'être protégés par la loi contre Tavidité ou la négligence do leurs familles. Point d'âge fixe où l'on doive commencer à aller aux écoles, et où on doive les quitter; nulle garantie d'assiduité, nulle marche régulière des études, nulle durée, nul avenir assuré à l'école. La vraie liberté ne peut êïre l'ennemie de la civilisation; tout au contraire elle en est l'instrument; c'est là
même son plus grand prix, comme celui de la liberté dans l'individu est de servir à son perfectionnement. Votre
commission n'aurait donc point reculé devant des mesures sagement combinées que le gouvernement aurait pu lui proposer à cet égard, et elle en aurait pris peut-être l'initiative, sans la crainte de provoquer des difficultés qui eussent pu faire ajourner une loi impatiemment attendue. Si elle n'a pas défendu le droit d'invitation confusément renfermé dans le projet du gouvernement, c'est que ce droit, dépourvu de sanction pénale, n'a guère plus de force que celui de pure slatislique qui reste dans l'amendement de la Chambre des députés. Ce droit est bien peu de chose Plusieurs de nous n'y ont même trouvé que l'inconvénient de pouvoir devenir vexatoire sans pouvoir être utile. Mais la majorité de votre commission a pensé qu'il importait
de maintenir dans la loi un germe faible, il est vrai, mais qui, fécondé par le temps, le progrès des mœurs publiques et le vrai amour du peuple, peut devenir un jour le principe d*un titre additionnel qui donnerait à cette loi toute son efficacité*.
Circulaire da ministre de l'instruciion publique aux instituteurs , relative à la promulgation de la loi du 28 juin 1833.
4 juillet 1853.
Monsieur Tinslituleur, je vous transmets la loi du 28 juin dernier, sur Tinstruction primaire, ainsi que l'exposé des motifs qui raccompagnait lorsque, d'après les ordres du roi, j'ai eu l'honneur de la présenter, le 2 janvier dernier, à la Chambre des députés.
Celte loi, monsieur, est vraiment la charte de l'instruction primaire; c'est pourquoi je désire qu'elle parvienne directement à la connaissance et demeure en la possession de tout instituteur. Si vous l'étudiez avec soin, si vous méditez attentivement ses dispositions ainsi que les motifs qui en développent l'esprit, vous êtes assuré de bien con-
i. Le Manuel général de Vinsiruction primaire^ commentant, en novembre-décembre 1832, divers projets présentés aux Chambres à celte époque, concurremment avec le projet du gouvernement, s'exprimait ainsi au sujet du principe de l'obligation : <t  l'obligation des communes de pourvoir à cequ'e tous les enfants reçoivent l'instruction primaire répond nécessairement l'obligation pour les pères de famille d'envoyer ces enfants aux écoles.
a Les projets se taisent à cet égard. En gardant ce silence, on a pliilôt consulté nos mœurs d'aujourd'hui que nos mœurs de demain, et plutôt le danger de heurter quelques préventions que le devoir d'assurer notre avenir politique et moral. Nous arriverons à mieux comprendre nos inléréts et à donner de çVvis IoïVg* ^îit^xv\At'8>\\\û%\^^\\.4%. La service niililaire est une obliî^alion qui iv& àftto^<i ^^% V \^q^ \\^\vO\xsafô5. ^vi\^va.^ 555^^ regarde, si Von \eut, U îvé<\Me.tvU\:Yoxv e^^^ ^ç»\'^"î» ^^^^ x«v ^>xvx^vx<>sî.
naître vos devoirs et vos droits, et la situation nouvelle que vous destinent nos institutions.
Ne vous y trompez pas, monsieur, bien que la carrière de l'instituteur primaire soit sans éclat, bien que ses soins et ses jours doivent le plus souvent se consumer dans l'enceinte d'une commune, ses travaux intéressent la société tout entière et sa profession participe de l'importance des fonctions publiques. Ce n'est pas pour la commune seulement, et dans un intérêt purement local, que la loi veut que tous les Français acquièrent, s'il est possible, les connaissances indispensables à la vie sociale, et sans lesquelles l'intelligence languit et quelquefois s'abrutit; c'est aussi pour l'État lui-même, et dans l'intérêt public; c'est parce que la liberté n'est assurée et régulière que chez un peuple assez éclairé pour écouter, en toute circonstance, la voix de la raison. L'instruction primaire universelle est désormais une des garanties de l'ordre et de la stabilité sociale. Comme tout, dans les principes de notre gouvernement, est vrai et raisonnable, développer l'intelligence, propager les lumières, c'est assurer l'empire et la durée de la monarchie constitutionnelle.
Pénétrez-vous donc, monsieur, de l'importance de votre mission; que son utiUté vous soit toujours présente dans les travaux assidus qu'elle vous impose. Vous le voyez :
public; mais, pour que ceux qui doivent chercher un patrimoine dans l'instruction primaire puissent le trouver, il faut nécessairement qu'ils se présentent aux leçons. L'obligation de faire vacciner les enfants a rencontré, dans le principe, une opposition inGniment plus puissante que ne trouvera jamais celle de les faire instruire. Si l'opinion n'est pas encore suflisamment éclairée à cet égard, c'est aux honorables citoyens qui composent les comités qu'il appartient de faire entendre à la nation et au pouvoir cette voix du peuple, qui est la voix de Dieu. »
Remarquons qu'en reculant ainsi devant un principe dont elle ne méconnaissait ni la légitimité ni la nécessité logique, la Chambre des pairs de 1855 a par le fait ajourné d'un demi-siècle l'introduction dans nos lois de l'instruction primaire obligatoire. C'est en politique surtout qu'il est souvent fuuesle de laisser échapper l'occasion.
la législation et le gouvernement se sont efforcés d'améliorer la condition et d'assurer l'avenir des instituteurs....
[\.a circulaire résume brièvement les avantages matériels assurés aux instituteurs par la nouvelle loi ; elle continue ainsi :]
Toutefois, monsieur, je ne l'ignore point, la prévoyance de la loi, les ressources dont le pouvoir dispose, ne réussiront jamais à rendre la simple profession d'instituteur communal aussi attrayante qu'elle est utile. La société ne saurait rendre à celui qui s'y consacre tout ce qu'il fait pour elle. 11 n'y a point de fortune à faire, il n'y a guère de renommée à acquérir dans les obligations pénibles qu'il accomplit. Destiné à voir sa vie s'écouler dans un travail monotone, quelquefois même à rencontrer autour de lui l'injustice ou l'ingratitude de l'ignorance, il s'attristerait souvent et succomberait peut-être s'il ne puisait sa force et son courage ailleurs que dans les perspectives d'un intérêt immédiat et purement personnel. Il faut qu'un sentiment profond de l'importance morale de ses travaux le soutienne et l'anime ; que l'austère plaisir d'avoir servi les hommes et secrètement contribué au bien public devieime le digne salaire que lui donne sa conscience seule. C'est sa gloire de ne prétendre à rien au delà de son obscure et laborieuse condition, de s'épuiser en sacrifices à peine comptés de ceux qui en profilent, de travailler enfin pour les hommes et de n'attendre sa récompense que de Dieu.
Aussi voit-on que, partout où l'enseignement primaiie a prospéré, une pensée religieuse s'est unie, dans ceux qui le répandent, au goût des lumières et de l'instruction. Puissiez- vous, monsieur, trouver dans de telles espérances, dans ces croyances dignes d'un esprit sain et d'un cœur pur, une satisfaction et une constance que peut-être la raison seule et le patriotisme ne vous donneraient pas !
C'est ainsi que les devoirs nombreux et divers qui vous sont réservés vous paraîtront plus faciles, plus doux, et
prendront sur vous plus d*empire. Il doit m'être permis, monsieur, de vous les rappeler. Désormais, en devenant instituteur communal, vous appartenez à Tinstruction publique; le titre que vous portez, conféré par le ministre, est placé sous sa sauvegarde. L'Université vous réclame; en même temps qu'elle vous surveille, elle vous protège, et vous admet à quelques-uns des droits qui font de l'enseignement une sorte de magistrature. Mais le nouveau caractère qui vous est donné m'autorise à vous retracer les engagements que vous contractez en le recevant. Mon droit ne se borne pas à vous rappeler les dispositions des lois et règlements que vous devez scrupuleusement observer; c'est mon devoir d'établir et de maintenir les principes qui doivent servir de règle morale à la conduite de l'instituteur, et dont la violation compromettrait la dignité même du corps auquel il pourra appartenir désormais. Il ne suffit pas, en effet, de respecter Je texte des lois : l'intérêt seul y pourrait contraindre, car elles se vengent de celui qui les enfreint; il faut encore et surtout prouver par sa conduite qu'on a compris la raison morale des lois, qu'on accepte volontairement et de cœur Tordre qu'elles ont pour but de maintenir, et qu'à défaut de leur autorité on trouverait dans sa conscience une puissance sainte comme les lois et non moins impérieuse.
Les premiers de vos devoirs, monsieur, sont envers les enfants confiés à vos soins. L'instituteur est appelé par le père de famille au partage de son autorité naturelle; il doit l'exercer avec la môme vigilance et presque avec la même tendresse. Non-seulement la vie et la santé des enfants sont remises à sa garde, mais l'éducation de leur cœur et de leur intelligence dépend de lui presque tout entière. En ce qui concerne l'enseignement proprement dit, rien ne vous manquera de ce qui peut vous' guider....
Mais, quant à l'éducation morale, c'est en vous surtout, monsieur, que je me fie. Rien ne peut suppléer en vous la volonté de bien faire. Vous n'ignorez pas que c'est là,
sans aucun doute, la plus importante et la plus difficile partie de votre mission. Vous n'ignorez pas qu'en vous confiant un enfant, chaque famille vous demande de lui rendre un honnête homme, et le pays un bon citoyen. Vous le savez : les vertus ne suivent pas toujours les lumières, et les leçons que reçoit l'enfance pourraient lui devenir funestes si elles ne s*adressaient qu'à son intelligence. Que l'instituteur ne craigne donc pas d'entreprendre sur les droits des familles en donnant ses premiers soins à la culture intérieure de l'âme de ses élèves. Autant il doit se garder d'ouvrir son école à l'esprit de secte ou de parti, et de nourrir les enfants dans des doctrines religieuses ou politiques qui les mettent, pour ainsi dire, en révolte contre r^utorité des conseils domestiques, autant il doit s'élever au-dessus des querelles passagères qui agitent la société pour s'appliquer sans cesse à propager, à affermir ces principes impérissables de morale et de raison sans lesquels l'ordre universel est en péril, et à jeter profondément dans de jeunes cœurs ces semences de vertu et d'honneur que Tàge et les passions n'étoufferont point. La foi dans la Providence, la sainteté du devoir, la soumission à l'autorité paternelle, le respect dû aux lois, au prince, aux droits de tous, tels sont les sentiments qu'il s'attachera à développer. Jamais, par sa conversation ou son exemple, il ne risquera d'ébranler chez les enfants la vénération due au bien; jamais, par des paroles de haine ou de vengeance, il ne les disposera à ces préventions aveugles qui créent, pour ainsi dire, des nations ennemies au sein de la même nation. La paix et la concorde qu'il maintiendra dans son école doivent, s'il est possible, préparer le calme et l'union des générations à venir.
Les rapports de l'instituteur avec les parents ne peuvent manquer d'être fréquents. La bienveillance doit y présider : s'il ne possédait la bienveillance des familles, son autorité sur les enfants serait compromise, et le fruit de ses leçons sorait perdu pour eux. H ne saurait donc porter trop de
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soin et de prudence dans cette sorte de relations. Une intimité légèrement contractée pourrait exposer son indépendance, quelquefois même rengager dans ces dissensions locales qui désolent souvent les petites communes. En se prêtant avec complaisance aux demandes raisonnables des parents, il se gardera bien de sacrifier à leurs capricieuses exigences ses principes d'éducation et la discipline de son école. Une école doit être Uasile de l'égalité, c'est-à-dire de la justice....
Au moment où, sous les auspices d'une* législation nouvelle, nous entrons tous dans une nouvelle carrière; au moment où Tinstruction primaire va être l'objet de l'expérience la plus réelle et la plus étendue qui ait encore été tentée dans notre patrie, j'ai dû, monsieur, vous rappeler les principes qui guident l'administration de rinstruction publique et les espérances qu'elle fonde sur vous. Je compte sur tous vos efforts pour faire réussir l'œuvre que nous entreprenons en commun : ne doutez jamais de la protection du gouvernen\ent, de sa constante, (le son active sollicitude pour ces précieux intérêts qui vous sont confiés. L'universalité de l'instruction primaire est, à ses yeux, l'une des plus grandes et des plus pressantes conséquences de notre Charte : il lui tarde de la réaliser. Sur cette question comme sur toute autre, la France trouvera toujours d'accord l'esprit de la Charte et la volonté du roi....
Le ministre de V instruction publique, Goizot.
L'INSTRUCTIOn PRinAIRC ET UL RÉVOLUTION DE 1848.
H. CaR50T
Le 30 juin 1848, M. U. Carnot, minisire de Tinstructlon publique, déposa sur le bureau de l'Assemblée constituante un projet de loi sur l'instruction primaire.
Bien que ce projet n*ait pas même été discute, nous reproduisons l'exposé des motifs, parce qu'il constitue un document historique : on y retrouve l'opinion du gouvernement républicain de 1848 sur les questions qui touchent à l'éducation populaire. On remarquera que M. Carnot sa prononce nettement en faveur de la gratuité et de Tobligalion, mais qu'il est moins explicite en ce qui concerne la laïcité.
La différence entre la République et la . monarchie ne doit se témoigner nulle part plus profondément, dans le domaine de Tinstruction publique, qu'en ce qui touche les écoles pfimaires. Puisque la libre volonté des citoyens doit désormais imprimer au pays sa direction, c'est de la bonne préparation de cette volonté que dépendront à Tavenir le salut et le bonheur de la France.
Le but de l'instruction primaire est ainsi nettement déterminé, il ne s'agit plus seulement de mettre les enfants en mesure de recevoir les notions de la lecture, de l'écriture et delà grammaire; le devoir de l'Etat est de veiller à ce que tous soient élevés de manière à devenir véritablement dignes de ce grand nom de citoyen qui les attend .L'enseignement primaire doit, par conséquent, renfermer tout ce qui est nécessaire au développement de l'homme et du citoyen, tel que les conditions actuelles de la civilisation française permettent de le concevoir. En même temps qu'il faut introduire dans cet enseignement une plus grande somme de connaissances, il faut aussi le faire concourir plus directement à l'éducation morale, et particulièrement à la consécration du grand principe de fraternité que nous avons inscrit sur nos drapeaux, et qu'il est indispensable de faire pénétrer et vivre partout dans les cœurs pour qu'il soit véritablement immortel. C'est là que l'enseignement primaire vient se joindre à renseignement religieux, qui n'est pas du ressort des écoles, mais auquel nous faisons un appel sincère, à quelque culte qu'il se rapporte, parce qu'il n'y a point de base plus solide et plus générale à Yamout àL^?.\\Q\w\s\!;i,%^ o^'^ç^^^lle qui se déduit de l'amour de ÏÏieu-