‹ Lectures pédagogiques à l'usage des écoles normales primairesChapitre 26 sur 226 · J.-J. ROUSSEAU · texte numérisé non relu

J.-J. ROUSSEAU

mieux qu*il les ignore, que s*il faut que vous les lui disiez.

(Êmiley liv. II.)

NÉCESSITÉ DBS JEUX

J.-J. Rousseau *■

Laissez longtemps agir la nature avant de vous mêler d*agir à sa place, de peur de contrarier ses opérations. Vous connaissez, dites-vous, le prix du temps, et n'en voulez point perdre. Vous ne voyez pas que c'est bien plus le perdre d'en mal user que de n'en rien faire, et qu'un enfant mal instruit est plus loin de la sagesse que celui qu'on n'a point instruit du tout? Vous êtes alarmé de le voir consumer ses premières années à ne rien faire! Gomment! n'est-ce rien que d'être heureux? n'est-ce rien que de sauter, jouer, courir toute la journée? De sa vie il ne sera si occupé. Platon, dans sa République, qu'on croit si austère, n'élève les enfants qu'en fêtes, jeux, chansons, passetemps; on dirait qu'il a tout fait quand il leur a bien appris à se réjouir; et Sénèque, parlant de l'ancienne jeunesse romaine : « Elle était, dit-il, toujours debout, on ne lui enseignait rien qu'elle dût apprendre assise . » En valaitelle moins parvenue à l'âge viril? Effrayez- vous donc peu de cette oisiveté prétendue. Que diriez-vous d'un homme qui, pour mettre toute la vie à profit, ne voudrait jamais dormir? Vous diriez : « Cet homme est insensé; il ne jouit pas du temps, il se l'Ôte ; pour fuir le sommeil, il court à la mort. » Songez donc que c'est ici la même chose, et que l'enfance est le sommeil de la raison.

{Emile, liv. II.) 1. Voir la notice, p. 57.

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