‹ Lectures pédagogiques à l'usage des écoles normales primairesChapitre 56 sur 226 · ACTIVITE · texte numérisé non relu

ACTIVITE

Uadaue Necker de Saussure

Mme Necker de Saussure, nièce par alliance du célèbre ministre Necker, et fille du naturaliste H.-B. de Saussure, naquit à Genève en 1766 et mourut le 20 avril 1841 . Elève de son père, intime amie de Mme de Staël, vivant à Coppet dans la société des Bonstetten, des de GandoUe, des Pictet, des Sismondi, elle put développer, dans ce milieu privilégié, les rares qualités d'une intelligence faite d'observation et de réflexion et tournée de bonne heure vers l'étude des choses intérieures. Son principal ouvrage, VÉdiLcation progressive ou Étude du cours de la vie (Paris, 1828-1852, 2 vol. in-8; 1838, 3 vol. in-8), est le développement de cette pensée de Mme de Staël qui lui sert d'épigraphe : « Gette vie n'a quelque prix que si elle sert l'éducation religieuse de notre cœur. » Elle y suit les développements successifs de l'esprit et de l'âme de l'enfant depuis la naissance jusqu'à quatorze ans, et une seconde partie, spécialement consacrée aux femmes, embrasse tout l'ensemble de leur vie jusqu'à Tâge muret à la vieillesse. G'est un livre auquel manque l'agrément, et où l'on sent comme l'empreinte de l'ancienne austérité genevoise, mais de sentiments très délicats et d'une saine et forte pensée . a II est impossible» a dit M. Guizot en parlant de Mme Necker de Saussure, de porter dans l'observation de la nature humaine au sein de l'enfance plus de rectitude et de finesse d'esprit, une intelligence plus tendre, une sensibilité plus raisonnable, une imagination plus ingénieuse et plus fidèle. » — a J'avoue, dit de son côté M. Silvestre de Sacy, que, si l'on se contente de parcourir quelques pages de l'ouvrage de ^me ^ttVLCî, A ^wv^r^^ paraître Lien sérieux, bien sévère. Le style ïa*AUï\ue ^^ ^eVVs. «yav^^

plessc qui flntic l'esprit du lecteur et le mène en semblant le suivre. Il faut aller jusqu'au bout : on est bientôt frappé de la justesse et de la profondeur morale des observations de Mme Kecker ; on cède à , Tascendan d'une âme qui juge sainement, parce qu'elle s'est élevée audessus d'cUe-ménic.. . . L'éuiotion s'empare peu à peu du lecteur et pénètre jusqu'au fond de ses entrailles : on est subjugué par celte éloquence de la vérité et de la vertu ! »

Le plaisir d'exercer leurs forces est inépuisable chez les enfants; il leur suffit d'avoir l'idée d'une action pour en essayer, et tout ce qu'ils voient exéculer les tente. Aussi s'en tiennent-ils à l'extérieur de tout ; ils imitent nos mouvemenls, nos opérations diverses, sans s'embarrasser des causes ni des résullals. Leur mère passe une aiguille dans une étoffe, leur père trace des lignes noires sur du papier; ce sont là des amusements très naturels, dont ils prendront leur part dès qu'ils le pourront. Un plaisir s'explique assez de lui-même, il n'est pas besoin d'y chercher un but. Aussi voit-on le besoin du but arriver dans la vie à mesure que la jouissance attachée à la simple action s'affaiblit.

Regardez une troupe d'enfants de différents âges. Celui qui commence à marcher traîne avec orgueil un petit chariot vide; le bruit des roues derrière lui suffit à son bonheur ; un autre un peu plus grand s'empare-t-il du chariot, il faut qu'il y place une poupée; enfin si le chariot tombe entre les mains d'un enfant de cinq à six ans, celuici y met du sable, de l'herbe, de la paille, il veut exécuter des travaux champêtres qui ont déjà quelque ombre de réalité. Le besoin pur et simple de l'activité, puis celui des plaisirs de l'imagination, puis enfin de l'utilité réelle ou supposée, telle est la gradation des besoins moraux dans le jeune âge.

Fournir des aliments continuels à l'activité des enfants, sans employer des stimulants trop énergiques, est peutêtre l'abrégé de l'éducation. C'est là le seul moyen de faire avancer l'intelligence.

(L Éducation progressive ou Étude du cours de la vie^y

DE L'ATTEMTIOH

F.GoifOT*

L'enfant reçoit des impressions des objets extérieurs: ces impressions excitent en lui le besoin de connaître ce qu'elles sont et ce qui les cause; il fait attention à la sensation qu'il éprouve, et à l'objet d'où elle lui vient; VatterUion est donc, après la sensibilité, la première faculté agissante, et cela doit être, puisque c'est elle qui tient les objets assez fermement présents à l'esprit pour donner aux autres facultés le temps de s'appliquer à les bien connaître. On doit donc commencer par nourrir et fortifier l'attention. Elle doit être exigeante, c'est-à-dire qu'elle ne doit pas se contenter d'un premier effort, d'aperçus vagues et incomplets: l'instinct de curiosité des enfants vient ici à votre aide; habituez-les à considérer un objet sous toutes ses faces; portez leur attention sur ses diverses parties; que chacun de leurs sens en reçoive l'impression que cet objet peut produire ; qu'ils en connaissent bien, s'il y a lieu, le son, la matière, la forme, l'apparence visible, l'odeur, et plus tard, la nature, l'usage, etc. Outre l'avantage que vous trouverez à fournir ainsi à leur jeune intelligence des matériaux nombreux et bien déterminés qui ne lui permettront ni de rester oisive, ni de s'exercer dans le vague, vous leur ferez contracter l'habitude de ne pas exercer leur attention d'une manière partielle et exclusive; vous leur enseignerez l'art si important d'observer, ^|> comme tous les avantages s'enchaînent, vous verrez *^ientôt que cette faculté que vous avez rendue exigeante ^fiviendra patiente ; car sans patience son exigence ne pourï^ait être satisfaite; elle ne craindra pas de s'arrêter assez

' • Voir la notice, p. 13.

longtemps pour bien examiner et bien connaître; ce qui la forcera nécessairement d'être soutenue, c'est-à-dire de ne pas se laisser distraire par des objets étrangers à celui qu'elle se propose de considérer. La distraction nous trompe en rompant le fil de nos idées, fil si difficile à renouer, surtout dans Tenfance; en nous entraînant è des associations d'idées qui ne sont point motivées par la nature des choses ; en nous empêchant de tout voir. Une attention accoutumée être exigeante, patiente et soutenue, ne saurait manquer de devenir forte, et je n'ai pas besoin d'insister sur les avantages de la force de l'attention.

Sa faiblesse dans Tenfance tient ordinairement à l'une ou à l'autre de deux causes opposées, à la paresse ou à la trop grande ardeur de l'esprit. Ces deux dispositions ne sauraient être traitées de la même manière. Un esprit indolent et paresseux se plaît à errer sur une multitude d'objets; comme pour s'arrêter il aurait à faire un effort, il se laisse aller à ces faciles associations d'idées qui, loin de le contraindre à tourner autour d'un même point, ce qui le fatiguerait, le font glisser doucement sur une longue suite d'objets divers, mais liés entre eux, dont il ne voit et ne sent que la surface. On devine sans peine que la qualité qui manque à une attention disposée à agir de la sorte, et qu'il faut lui donner, c'est Vexigence. En retenant l'attention sur un seul et même objet, en l'obligeant à le regarder fixement et sous divers points de vue, on diminuera cette disposition vagabonde qui lui ôtait sa force en lui donnant le plaisir de s'occuper sans avoir, pour ainsi dire, besoin d'agir. Les esprits de ce genre sont ceux dont il faut le moins étendre et disséminer les études; plus on agrandit le champ qu'on leur fait parcourir, plus on diminue le degré d'attention qu'ils donnent à chaque pas; on entretient leur jeune tête dans un état presque continuel de rêverie, singulièrement propre à augmenter son indolence. Arrêtez-les au con- (raire sur un seul point; contraignez-les à y concentrer

toute leur attention, et vous leur ferez prendre une habitude dont Theureux effet contrebalancera ou du moins affaiblira leur disposition naturelle. Cette disposition a un avantage dont vous pourrez profiter; elle s'allie presque toujours à la patience, qualité très favorable à Tobservation : aussi vous n'aurez aucune peine à rendre patiente cette attention que vous voulez rendre exigeante et difficile ; vous ne la presserez point, car vous n'avez pas à craindre que le temps qu'elle emploie à l'examen d'un seul objet la rebute ou la fatigue ; sa pente naturelle est la lenteur ; permettez-lui de la suivre. Vous aviez à combattre son indolence, il fallait la contraindre à se fixer, à. agir; dès que vous y êtes parvenu, laissez-la agir et se fixer à sa manière ; vous êtes trop heureux d'avoir trouvé à côté d'un défaut dangereux, tel que la paresse, une excellente qualité : la patience.

Avez-vous à lutter contre la disposition contraire, contre une excessive vivacité d'esprit ? des phénomènes correspondants s'offriront à vous, bien qu'en sens opposé. Ce n'est plus de Yexigence que vous avez principalement besoin de donner à une attention empressée, quoique mobile; quand elle ne s'arrête pas assez longtemps sur le même objet, ce n'est pas qu'elle redoute la fatigue d'un examen approfondi, c'est qu'elle est attirée ailleurs par quelque impression plus vive. Elle ne se laisse pas aller à des associations d'idées lointaines; elle est ébranlée, distraite, saccadée à chaque instant par les objets qui l'environnent, et sur lesquels elle est appelée tour à tour par le désir de jouir ou de connaître. Vous devez donc tâcher de la rendre patiente et soutenue^ afin de ne pas laisser perdre en efforts jetés au hasard cette activité qui produira les plus heureux effets si elle se concentre. Pour l'y engager, servez-vous de la curiosité, de l'ardeur qui se joignent à cette disposition; combattez la distraction, c'est-à-dire le& impressions ^ nouvelles et étrangères, en présentant à ce jeune esprit d'une manière vive, nouvelle et saillante,.

chaque point de vue de Tobjet que vous voulez lui faire examiner dans son entier. Que votre instruction soit rapide, animée; excitez sa curiosité^ pour retenir sa mobilité et soutenir sa patience ; votre méthode fournira ainsi à son ardeur naturelle assez d aliments pour qu'il n*aillQ pas chercher de quoi la satisfaire hors du sujet dont vous l'occupez.

{Conseils d'un père sur V éducation.)

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