VICTOR COUSIN
et du bien, contient, sur la morale et Testhéliquc, des pages que tout lo monde doit avoir lues.
. Ce qu'il faut surtout éviter, c'est la prétention de rendre tout si facile que, pour cela, souvent on fausse tout et qu'on n'apprend rien aux enfants qu'ils ne doivent plus tard désapprendre. S'il est nécessaire de ne demander à cet âge que l'atlention dont il est capable, il ne l'est pas moins d'en exiger toute celle dont il est capable. Il faut bien se garder de lui faire croire qu'il sait ce qu'il ne sait pas, ni qu'on peut vraiment rien apprendre sans se donner quelque peine : c'est le plus mauvais service'qu'on puisse rendre aux enfants. Voilà pour le côté scientifique; quant à la partie morale, le grand défaut de certains livres, dé* faut qui tient beaucoup à celui que je viens de signaler, c'est cette fade sentimentalité qui pense faire merveille de s'adresser beaucoup plus à ce qu'on appelle le cœur et ù l'imagination qu'à la raison et à l'esprit. Cette nouvelle instruction n'inculque point de principes véritables, sans lesquels il n'y a point de moralité. Loin de là, je pense, avec Kant, que les enfants sont plus susceptibles qu'on ne le croit de comprendre les principes de la morale dans toute leur vérité, c'est-à-dire dans toute leur gravité, quand on sait les leur bien exposer. 11 y a là une grandeur très capable de frapper leur âme en l'élevant. Ce sont déjà des êtres moraux auxquels il faut parler un langage moral. Je ne voudrais pas être trop sévère ; mais je crains bien que la plupart des livres qu'on mot chez nous entre les mains de l'enfance, à force d'être superficiels et fades, soient plus dangereux qu'utiles. Berquin ne s'adresse qu'aux enfants bien nés et à la bonne compagnie : il est ingénieux, mais maniéré, el sa morale est d'une élégance que la vraie morale ne comporte point. Comme si l'austérité n'était pas précisément ce qui caractérise la morale ! Comme si, l'austérité et l'obligation inflexible écartées, il reslail o^vv^Va^^ chose qui fût de la vraie vertu ! Effort el aamÇvc^^ nq^V
les conditions pour savoir quelque chose et pour être honnête : déguiser à l'enfance ces conditions, c'est la tromper sur la vie humaine.
(Rapport sur V instruction en Allemagne ^ pages 67 et 68.)
DE Uk HÉHOIRE
F. Gdizot*
On a reconnu de tout temps que la mémoire était une des facultés qu'il importait le plus de cultiver dans l'enfance. C'est à elle de remplir les magasins de l'esprit. La vie humaine est si courte qu'on ne saurait prendre trop de soin pour n'en rien perdre et pour en bien employer les différentes époques. On pourrait presque dire que chaque faculté a son âge, un temps où elle s'exerce de préférence, plus que toutes les autres ; et les années où l'homme est encore peu capable de juger et d'imaginer sont sans contredit celles pendant lesquelles il doit amasser et préparer les matériaux qu'il mettra en œuvre plus tard. D'ailleurs, en y regardant de près, on verra que, sans la mémoire, les plus belles facultés restent inutiles et que toute faculté vraiment supérieure a pour aide et pour base une mémoire forte. On a donc raison de choisir cette faculté comme la première dont on exige un travail fréquent et soutenu. L'enfant reçoit des impressions, il se les rappelle, ainsi que les objets qui les ont produites; c'est par là qu'il commence à connaître: tel est l'ordre de la nature; l'éducation doit s'y conformer.
Par malheur, elle n'a pas toujours assez examiné comment s'exerçait la mémoire, quels étaient ses procédés, et à quelles autres facultés elle se rattachait. Ainsi, l'on oubliait souvent autrefois que la mémoire dépend essentielle-
i. Voir la notice, p. 13
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ment de l'attention, et Ton faisait apprendre aux enfants des choses qui ne pouvaient fixer leur attention, soit parce qu'elles n'avaient aucun attrait pour eux, soit parce qu'elles étaient fort au-dessus de leur portée. On se trompait en croyant cultiver ainsi leur mémoire. Nos facultés sont liées entre elles par une dépendance réciproque ; elles influent Tune sur l'autre d'après une certaine généalogie qu'il faut connaître et suivre pour favoriser et diriger avec succès leur développement. Comment l'enfant parvient-il à se rappeler ? C'est ce qu'il importe de savoir avant de chercher par quels moyens on peut aider et fortifier sa mémoire.
J'ai dit que la mémoire dépendait beaucoup de l'attention : c'est ce dont personne, je crois, n'aura de peine à se convaincre. « Il n'est pas douteux, dit Quintilien, que l'attention n'ait une grande influence en se fixant, comme les yeux du corps, sur les objets qu'elle considère sans s'en détourner jamais. •> Bacon fait à ce sujet une remarque fort simple. « Si vous lisez un passage vingt fois, dit-il, vous ne l'apprendrez pas par cœur aussi facilement que si vous le lisez dix fois seulement, mais en essayant par intervalle de le réciter de souvenir, et en regardant le livre lorsque la mémoire vous manque. » Beaucoup de parents, sans doute, engagent leurs enfanls à faire usage de cette méthode pour s'aider dans leurs leçons, et ils n'ignorent pas que son utilité vient de l'effort auquel se soumet l'attention de l'élève, qui sait qu'après avoir lu, il cherchera tout de suite à se répéter ce qu'il vient de lire. On peut affirmer sans crainte que, lorsque nous voulons apprendre pour nous rappeler, c'est de la force de l'attention que dépend surtout le succès de la mémoire.
Mais cette faculté agit quelquefois sans qu'une volonté continue y intervienne; un objet, une idée nous en rappellent une foule d'autres : la mémoire dépend donc aussi de l'association des idées, et cette opération de l'esprit lui est d'un grand secours. Une occas\oift. ^^ Y^fes»«o&fc ^ no^s, où nous avons besoin de nous Te\Tac.^t Vw5^• ç^-o^^
152 LECa'URES PÉDAGOGIQUES
nous savons sur un certain sujet : en vertu delà loi d'association, cette occasion fait naître une série d'idées qui s'y rapportent et parmi lesquelles nous choisissons celle dont nous voulons nous servir ; sans ce principe, la mémoire, réduite à des actes isolés et sans liaison, serait pénible, incomplète et insuffisante. Elle tire principalement de l'association des idées son étendue et sa facilité.
(Conseils d'un père sur. Védxœaiio