‹ Lectures pédagogiques à l'usage des écoles normales primairesChapitre 6 sur 226 · Z.ES ENFANTS · texte numérisé non relu

Z.ES ENFANTS

John Locke

Le philosophe anglais John Locke (1632-1704) a été le principal représentant des idées libérales au nom desquelles l'Angleterre, s*émancipant définitivement de la tyrannie des Stuarts, a remplacé la monarchie absolue par le gouvernement parlementaire, et le dogmatisme religieux par la tolérance. Ses principaux ouvrages sont le Traité sur le gouverne' ment civil et Y Essai sur l'entendement humain , publiés tous les deux en 1690. Locke a eu une grande influence sur la philosophie française du dix-huitième siècle, qui lui a emprunté sa psychologie pour Topposer aux doctrines de Descartes.

Locke a publié en 1695 un traité sur l'éducation {Some thoughts con" ceming éducation), où se trouvent en germe la plupart des idées qu'ont développées après lui Rousseau, Basedow, et les autres réformateurs du dix-huitième siècle. Il n*existait de ce livre qu'une seule traduction française, par Goste (1695) ; une traduction nouvelle vient d'être donnée par M. Gompayré (Hachette et Gie, 1882).

c Pour apprécier les Pensées sur Véducation k leur juste valeur, dit le ïxouyeau traducteur dans sa préface, il ne tauàiail \eia Vvx^ ^v^\\.\

avoir relu l'Emile, qui leur doit tant. Oui, au sortir d'une lecture de Rousseau, après le brillant éblouissement et presque le vertige que procure à eon lecteur un écrivain de génie dont l'imagination se monte sans cesse, dont la pensée s'emporte, et qui mêle à tant de hautes vérités des paradoxes impatientants et des déclamations bruyantes, c'est pour l'esprit comme un repos et une douce détente de se mettre à l'étude de Locke, et de trouver une pensée toujours égale, un style simple et calme, un auteur toujours maître de lui-même, toujours correct malgré quelques erreurs, un livre enfin rempli non d'éclairs et de fumée, mais d'une lumière agréable et pure. »

Un esprit sain dans un corps sain*, telle est la brève, mais complète définition du bonheur dans ce monde. L'homme qui possède ces deux avantages n*a plus grand chose à désirer. Celui auquel manque lun ou l'autre ne saurait guère profiter de n'importe quel autre bien. Le bonheur ou le malheur de l'homme est en grande partie son œuvre. Celui dont l'esprit ne sait pas se diriger avec sagesse ne suivra jamais le droit chemin; et celui dont le corps est faible et délabré est incapable d'y marcher. Il y a, je l'avoue, des gens dont le corps et l'esprit sont naturellement si vigoureux, si bien constitués, qu'ils n'ont pas grand besoin du secours d'autrui. Dès le berceau, par la seule force de leur génie naturel, ils sont portés à tout ce qui est excellent; par le seul privilège de leur heureuse organisation, ils sont en état de faire merveille. Mais les exemples de ce genre sont rares; et je crois pouvoir dire que les neuf dixièmes des hommes que nous connaissons sont ce qu'ils sont, bons ou mauvais, utiles ou nuisibles, par l'effet de leur éducation. C'est l'éducation qui fait la différence entre les hommes. Même des impressions légères, presque insensibles, quand elles ont été reçues dès la plus tendre enfance, ont des conséquences importantes et durables. Il en est de ces premières impressions comme des sources de certaines rivières : il suffit à la main de l'homme d'un petit effort pour détourner leurs dociles eaux en diffé-

/. <r Mens sana in coi^yore sano. » Juvéna\, saU X, v. 550.

LOCKE. — MONTAIGNE i*

rents canaux qui les dirigent dans des sens opposés , de ^orle que, selon la direclion qui leur a élé imprimée dans leur source, ces rivières suivent différents cours, et finissent par aboutir dans des contrées fort éloignées les unes des autres. J'imagine que l'esprit des enfants pourrait être dirigé d'un côté ou d'un autre, aussi facilement que l'eau elle-même.

(Pensées sur lédîtcation, Préambule. — Traduction nouvelle de M. G. Compayré.)

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