QUE Z.E MAITRE DOIT FAIRE APPEL A L'ACTIVITÉ RATURELLE DES ENFANTS
MiCHFL MONTAIGNIS
Michel Eyqiicni de Muiitui|^ne, le célùl)re auteur des Essais, nn(|uil au château de Saint-Michel de Montaigne (Périgord) le 28 février 1533, et mourut au même lieu le 1? septembre 1592.
Le livre des Essais, qui occupe une si grande place dans la littérature du seizième siècle, contient, outre les détails que donne l'auteur sur «a propre éducation, plusieurs chapitres spéciaux consacrés à la pédagogie : le chapitre xxiv du livre !•', ayant pour titre Du Pédantisme; le chapitre xxv du même livre, De V institution des enfants, dédié à Mme Diane deFoix; le chapitre viii du livre second, De V Affection des pères aux enfants, dédié à Mme d'Estissac; on y peut joindre le chapitre x du même livre, intitulé Oe« /ivr««, et le chapitre vm du livre III, De VArt de conférer.
En dehors de cette partie pédagogique proprement dite, on peut dire que le livre de Montaigne est de ceux qui ont contribué, par l'influence qu'il a exercée, à l'éducation générale de notre pays. Si le dix-septième siècle, moins La Fontaine peut-être, le repousse ou le méconnaît ; si Pascal, qui est tout plein de lui, et les Messieurs de Port-Royal le regardent comme un ennemi au nom de leur foi janséniste, les esprits plus libres du dix-huitième siècle, Yoltaii*e, les Encyclopédistes, Rousseau luimême, Hume en Angleterre, comme Locke avant lui, le reconnaissent pour leur ancêtre. Et notre époque contemporaine n*a pas rendu moins hautement justice, non seulement à l'écrivain de génie, mais au penseur délicat dont le scepticisme bien connu n*est pas une étroite négation de . ce qa'il y a de iDeiiJeur en iious, mais la prudente résetN^ d^\iu ^"^ùV^v
ne veut point être dupe, et qu'une défiance trop justifiée par ce qu'il avait sous les yeux portait à faire tomber sur les choses elles-niômcs les contradictions et les extravagances qu'il faut peut-être attribuer plutôt aux théories toutes faites, aux croyances et aux opinions, qui ne sont trop souvent que des ignorances ou des préjuges.
Si, par certains côtés, où la raison toute seule ne suffit point, on a pu trouver quelques lacunes dans les idées de Montaigne sur l'éducation ; si, d'autre part, l'idéal qu'il s'en fait et qu'il en propose convient plutôt à un gentilhomme qu'à un enfant de nos démocraties modernes, il y a néanmoins beaucoup à prendre dans les idées de celui qui recommande avant tout d'enseigner aux jeunes enfants ce qu'ils doivent savoir étant hommes, a Ce n'est point, a dit Guizot, un savant, un philosophe, un citoyen, un père de famille que Montaigne élève, c'est un homme capable de devenir et bon père de famille, et excellent citoyen, et philosophe éclairé, et savant habile, s'il prend le parti d'y consacrer sa vie. Il ne cherche point à lui inculquer exclusivement certains devoirs particuliers qui fixent et bornent d'avance sa carrière, comme le dévouement à sa patrie ou à ses proches; aucune destination déterminée n'est le but de ses préceptes ; il veut faire un homme d'une raison droite et forte, d'un caractère ferme à la fois et flexible, capable de juger et de se conduire par lui-même, de rester toujours le même dans toutes les situations; dont la vertu < sçache aestre riche et puissante et coucher sur des matelats musqués; ayant la (( vie, la beauté, la gloire, la santé ; mais dontroflice propre et particulier « soit sçavoir user de ces biens règlement et les sçavoir perdre constamc ment v ; un homme enfin a qui puisse faire toutes choses et n'aymc à faire a que les bonnes*. »
C'est bien quelque chose que cela.
On ne cesse de criaillera nos oreilles*, comme qui verserait dans un entonnoir ; et notre charge, ce n'est que redire ce qu'on nous a dit; je voudrais qu'il' corrigeât