DE L'IMAGINATION DANS UBS JEUX
George Sand *
Un jour entre autres, je jouais dans la chambre de ma mère avec Ursule et Hippolyte, tandis qu'elle dessinait. Elle était tellement absorbée par son travail, qu'elle ne nous entendait pas faire notre vacarme accoutumé. Nous avions trouvé un jeu qui passionnait nos imaginations. 11 s'agissait de passer la rivière. La rivière était dessinée sur le carreau avec de la craie et faisait mille détours dans celte grande chambre. En certains endroits elle était for profonde, il fallait trouver l'endroit guéable et ne pas tromper. Hippolyte s'était déjà noyé plusieurs fois;nou l'aidions à se retirer des grands trous où il tombait toujours car il faisait le rôle du maladroit ou de l'homme ivre, nageait à sec sur le carreau en se débattant et en se lamer tant. Pour les enfants, ces jeux-là sont tout un dram toute une fiction scénique, parfois tout un roman, tout poème, tout un voyage,' qu'ils miment et rêvent durant d heures entières, et dont l'illusion les gagne et les saisit ritablement. Pour mon compte, il ne fallait pas cinq uutes pour m'y plonger de si bonne foi, que je perdais la notion de la réalité, et je croyais voir les arbres, les ea&^Jijr, les rochers, une vaste campagne, et le ciel tantôt cla». ir, tantôt chargé de gros nuages qui allaient crever et augmenter le danger de passer la rivière. Dans quel vaste espace les enfants croient agir, quand ils vont ainsi de la table au lit et de la cheminée à la porte !
Nous arrivâmes, Ursule et moi, au bord de notre rivière, dans un endroit où l'herbe était fine et le sable doux. Elle le tâta d'abord, et puis elle m'appela en me disant : « Vous
i"! Voir la notice, p. G3.