‹ Lectures pédagogiques à l'usage des écoles normales primairesChapitre 71 sur 226 · UL CIVILITÉ ET LA POLITESSE · texte numérisé non relu

UL CIVILITÉ ET LA POLITESSE

CUUDE FlEDRï*

La civilité fait' partie de la morale. Il ne suffit pas de garder les devoirs essentiels de la probité, qui font l'homme de bien ; il faut aussi garder ceux de la société, qui font l'honnête homme. La rudesse et l'incivilité ne se trouveront point dans un homme vertueux/ parce qu'elles viennent ou d'orgueil ou de mépris des autres, ou de paresse à s'instruire de ce qu'on leur doit et à se tenir proprement, ou de facilité à se mettre en colère. De sorte qu'il est impossible qu'un homme ne soit honnête et civil, s'il est liiimble, patient, charitable, modeste et soigneux. Mais, afin que la vertu toute pure puisse faire cet effet, il faut qu'elle soit arrivée à une haute perfection, comme chez ces anciens moines d'Egypte et d'Orient, qui étaient doux et honnêtes, dans les solitudes les plus affreuses. Le commerce du monde est un chemin bien plus court pour donner de la politesse, et la nécessité d'être continuellement les uns avec les autres oblige à avoir au moins toutes les apparences des vertus qui rendent la société commode. On se contente pour l'ordinaire de ces apparences, et on fait consister la civilité en une habitude de cacher ses passions et de déguiser ses sentiments, pour témoigner aux autres le respect ou l'amitié que le plus souvent on n'a pas. De sorte que la civilité nuit à l'essentiel de la vertu, au lieu qu'elle ne devrait en être qu'une suite, et comme cette fleur de beauté que la santé produit naturellement. Cependant ces compliments flatteurs et ces grimaces de civilité sont les premières instructions que l'on donne aux enfants et celles dont on les fatigue le plus. Il semble que ce soit toute l'éducation. Ces expressions de soumission, d'estime,

i. Voir la notice j p. 95.

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