‹ Lectures pédagogiques à l'usage des écoles normales primairesChapitre 77 sur 226 · UL MORALE · texte numérisé non relu

UL MORALE

T alleyrasd-Périgob d

Le morceau qu'on va lire est extrait du rapport sur Tinstruction publique présenté à l'Assemblée constituante par M. de Talleyrand-Périgord, au nom du Comité de constitution, dans les séances des 10 et 11 septembre 1791. On trouvera d'autres fragments de ce rapport, groupés sous le titre de Plan d'instruction publique présenté à la Constituante, p. 459. «

Ce n*est pas assez d'apprendre à penser à l'être raisonnable, d'apprendre à communiquer sa pensée à l'être social, il faut particulièrement apprendre à faire le bien à l'être moral.

Faire le bien, le faire chaque jour mieux par un plus grand nombre de motifs et avec moins d'efforts, c'est là que tout doit tendre dans une association quelconque. Hors de là, rieA n'est à sa place, rien ne marche à son but. Ainsi les méthodes pour apprendre à communiquer ce qu'on pense ne doivent elles-mêmes être réputées que dçs moyens indirects pour atteindre jusqu'à la morale, qui est le dernier résultat de toute société; car les désordres ne sont bien souvent que des erreurs de la pensée et souvent aussi les habitudes vertueuses que le résultat naturel de la communication des esprits.

Mais ces moyens éloignés réclament l'appui des méthodes particulières et directes.

Avant de les présenter, défendons-nous de séparer ici, comme tant ae fois on a osé le faire, la morale publique de la morale privée. Celte charlatanerio de la corruption est une insulte aux mœurs; quoiqu'il soit vrai que les rapports changent avec les personnes et les événemenls, il est incontestahle que le principe moral reste toujuors le

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même, sans quoi il n*existerait point. On peut bien, on doit même appliquer diversement lés règles de la justice; mais il n'y a point deux manières d*êlre juste; mais il est absurde de penser qu'il peut y avoir deux justices.

Pour arriver à Texacte définition de la morale, il faut la chercher dans le rapprochement des idées que le commun des hommes, livrés ou rendus à eux-mêmes, ont constamment attachées à ce mot. Celle qui paraît les comprendre toutes, et qu'indique un instinct général autant que la raison, présente à Tesprit l'art de faire le plus de bien possible à ceux avec qui Ton est en relation, sans blesser les droits de personne. Si les relations sont peu étendues, la morale réveille l'idée des vertus domestiques et privées; elle prend le nom de patriotisme, lorsque ces relations s'étendent sur la société entière dont on fait partie ; enfin elle s'élève jusqu'à l'humanité, à la philanthropie, lorsqu'elles embrassent le genre humain. Dans tous les cas, elle comprend la justice qui sent, respecte, chérit les droits de tous; la bonté qui s'unit ^par un sentiment vrai au bien ou au mal d'autrui ; le courage qui donne la force d'exécuter constamment ce qu'inspirent la bonté et la justice ; enfin ce degré d'instruction qui, éclairant les premiers mouvements de l'âme, nous montre à chaque instant en quoi consistent et ce qu'exigent réellement et la justice et la bonté et le courage. Tels sont les éléments de la morale. De là résultent deux vérités: la première, qu'elle est inséparable d'un bien produit ou à produire; que par conséquent l'effort le plus hardi qui n'aboutit point là lui est absolument étranger. Ce n'est point de l'étonnement, c'est de la reconnaissance qu'elle doit inspirer. La seconde, qu'elle ne peut se trouver que dans des relations qui nous unissent à nos semblables ; car elle suppose des droits, des devoirs, des affections réciproques, et particulièrement ce sentiment eïpansif qui, nous faisant vivre en autrui, devient par la réflexion le garant de la justice, comme il est naturellement le principe de la bonté. Il faut donc ici identité de nature.

Sans doute que les rapports de Thomme avec Dieu , avec soi, et Qi^me avec les êtres inférieurs à lui, ne sont pas étrangers à la morale ; mais si la raison y découvre des motifs souvent très puissants pour la pratiquer, si, sous ce point de vue, ils doivent être cultivés, ils doivent être respectés, il est sensible, à la simple réflexion, qu'ils ne peuvent faire eux-mêmes partie de cette morale science dont il est question. On doit seulement les considérer comme moyens, tandis que les rapports sociaux sont ici à la fois et le principe et ,1e but.

La morale ainsi, analysée, ainsi circonscrite, quelles méthodes doit mettre en usage une grande société pour en pénétrer fortement les membres qui la composent? Trois principales s'offrent à l'esprit et embrassent les moyens d'instruction pour la vie entière : la première est de faire faire à l'enfance un apprentissage véritable de ce premier des arts et comme un premier essai des vertus que la société lui demandera un jour, en organisant cette petite société naissante d'après les principes de la grande organisation sociale; la seconde, de multiplier sans cesse autour de tous les individus, et en raison de leurs affections, les motifs les plus déterminants pour faire le bien ; la troisième est de frapper d'impressions vertueuses et profondes les sens, les facultés de l'âme, de telle sorte que la morale, qui pourrait d'abord ne paraître qu'un produit abstrait de la raison ou un résultat vague de la sensibilité, devienne un sentiment, un bonheur, et par conséquent une forte habitude. (Rapport sur Vinstruction publique, présenté

à la Constituante,)

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