‹ Lectures pédagogiques à l'usage des écoles normales primairesChapitre 78 sur 226 · RABELAIS · texte numérisé non relu

RABELAIS

sur la fin de sa yie curé de Meudon, près Paris. Il est mort probablement â Paris Ters 1553. Il va sans dire que Les horribles et espouvantables faictz et prouesses du très renommé Pantagruel, roi des Dipsodes^ filz du grand géant Gargantua^ et La vie inestimable du grand Gargantua^ père de Pantagruel, ne touchent que bien incidemment à la pédagogie, et cependant les chapitres que Rabelais a consacrés, dans ses deux romans satiriques, à l'éducation de Gargantua et à celle de Pantagruel, sont incontestablement mie des parties les plus originales de ces œuvres où, jusqu'aux points les plus extrêmes du meilleur et du pire, déborde l'originalité.

€ Un écrivain, a dit Guizot, qui a exagéré la licence à une époque où It liœnce était excessive, qui a dépensé en inventions audacieusement bizarres les richesses de son imagination, et qui semble s'être imposé la loi de ne jamais dire sérieusement que des extravagances, ne parait pas devoir être, en fait d'éducation, un grand maître. Et pourtant, il a reconnu et signalé les vices des systèmes et des pratiques d'éducation de son temps ; il a entrevu, au début du seizième siècle, presque tout ce qu'il y a de sensé et d'utile dans les ouvrages des philosophes modernes, entre autres de Locke et de Rousseau. Il a tracé tout un plan et raconté toute une histoire d'éducation sensée, douce et libérale.... Il ne prévoyait pas, sans doute, à quel grand système de principes, de connaissances et de faits un aatre siècle rattacherait un jour ses idées. Mais telle est la force du bon sens qu'il démêle et saisit quelquefois les vérités les plus hautes, comme les plus fines, au milieu des plus orageuses ténèbres-. C'est ce qu'a fait Rabelais, en matière d'éducation comme sur plusieurs autres sujets, dans un siècle qui n*y pensait guères, et dans un livre où l'on ne s'attend pas à rien rencontrer de semblable. j> (Méditations et Études morales.)

La lettre que nous citons est une des belles pages de Rabelais sérieux.

Pantagruel étudiait fort bien et profitait de même, car il avail l'entendement à double rebras et capacité de mémoire à la mesure de douze oyres (outres) et bottes d'olif (olive), ilt, comme il était ainsi là demeurant, reçut un jour lettres de son père en la manière que s'ensuit :

c Très cher fils, non sans juste et équitable cause,

je rends grâces à Dieu, mon conservateur, de ce qu'il m'a donné pouvoir voir mon antiquité chenue refleurir en ta jeunesse. Car, quand, par le plaisir de lui qui tout gérit et modère, iQon âme laissera cette habitation humaine, je ne me réputerai totalement mourir, ains passer d'un lieu en autre» attendu que en toi et par toi je demeure en mon

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image visible, en ce monde, vivant, voyant, et conversant entre gens d'honneur et mes amis, comme je voulais*. Laquelle mienne conversation a été, moyennant l'aide et la grâce divine, non sans péché, je le confesse (car nous péchons tous et continuellement requérons à Dieu qu'il efface nos péchés), mais sans reproche. Par quoi, ainsi comme en loi demeure l'image de mon corps, si pareillement ne reluisaient les mœurs de l'âme, l'on ne te jugerait être garde et trésor de l'immortalité de notre nom, et le plaisir que prendrais serait petit, considérant que la moindre partie de moi, qui est le corps, demeurerait, et la meilleure, qui est l'âme, et par laquelle demeure notre nom en bénédiction entre les hommes, serait dégénérante et abâtardie. Ce que je ne dis par défiance que j'aie de ta vertu, laquelle m'a été jà par ci-devant éprôuyée, mais pour plus fort t'encourager à profiter de bien en mieux. Et ce que présentement t'écris n'est tant afin qu'en ce train vertueux tu vives, que d'ainsi vivre et avoir vécu tu te réjouisses, et te rafraîchisses en courage pareil pour l'avenir. A laquelle entreprise parfaire et consommer, il te peut assez souvenir comment je n'ai rien épargné, mais ainsi t'y ai-je secouru comme si je n'eusse autre trésor en ce monde que de te voir une fois en rtia vie absolu et parfait, tant en vertus, honnêteté et prudhomie comme en tout savoir libéral et honnête, et tel te laisser après ma mort, comme un miroir représentant la personne de moi ton père, et sinon tant excellent et tel de fait comme je te souhaite, certes bien tel en désir.

« Mais encore que feu mon père de bonne mémoire Grandgousier eût adonné toute son étude à ce que je profitasse en toute perfection et savoir politique, et que mon labeur et étude correspondît très bien, voire encore outrepassât son désir, toutefois, comme tu peux bien en-, tendre, le temps n'était tant idoine ni commode es lettres

i. Comme j'en avais l'habitude (ut solebam).

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