‹ Lectures pédagogiques à l'usage des écoles normales primairesChapitre 85 sur 226 · MADAME DE RÉMUSAT · texte numérisé non relu

MADAME DE RÉMUSAT

piquant pour des êtres blasés, on les verrait chercher tioujours les mêmes amusements, redemander l'histoire déjà contée, la chanson déjà connue. 11 est facile et agréai)le de lire sur leur visage le progrés de leur intelligence, mieux frappée à mesure que vous leur répétez le ïnême discours. A^ussi, serait-il également déraisonnable de vouloir être compris par eux du même coup, ou de ne leur dire que ce qu'ils comprendraient sur-le-champ. Commencez à semer, quoique dans un espoir très éloigné, ne vous troublez pas de cette petite mine froide ou distraite qui annonce que vous êtes encore inintelligible; reprenez dans un autre moment, le lendemain, et tous les lendemains sans relâche ; n'essayez point de mener trop de vérités de front; mais saisissez-en une, que tous vos soins, par exemple, tendent à faire entrer celle dont je viens de parler; que tous vos efforts se rendent au même but, comme les rayons se portent au même cenire; et ' quand il vous aurait fallu une année entière pour faire un seul pas, que votre conscience à son tour soit satisfaite, car vous n'avez pas perdu votre temps. Après avoir obtenu d'une petite fille qu'elle ait attaché son idée, toute légère qu'elle soit, à cette phrase: « Je suis contente de moi o, qu^une mère traduira presque aussitôt par celle-ci : « Nous sommes contentes de toi, » l'on pourra entreprendre l'étude des devoirs, et c'est ici que je recommanderai bien d'amener l'enfant à conclure que chacun est dans le monde pour faire quelque chose qu'on nomme devoir, précisément par la conduite qu'il verra tenir à sa mère. On a dit avec raison que les enfants ne concevaient guère d'idées générales par rapport à eux-mêmes, tandis qu'ils les acceptent par rapport aux autres. La première opinion fausse que les circonstances, et parfois notre faute, font naître en eux, c'est qu'une mère est une personne faite pour être obéie de tout le monde, affranchie de toute obligation d'agir autrement par sa volonté, grondant ou pouvant gronder dés qu'on lui résiste, enfin, qui n'est

dans ce monde que pour y faire ce qui lui plaît, et même pour se permettre tout ce qu'elle défend à son enfant.

(Essai sur V éducation des femmes,)

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