DES HABITUDES
Madame Nfcker de Saussork'
Notre influence sur les dispositions des enfants est si précoce, que nous en confondons effets les avec ceux de Jeur constitution. Selon Condillac, les habitudes diffèrent des penchants naturels parce qu'elles ont commencé, mais Ja distinction n'est pas aisée à établir, puisqu'on ne réussit jamais à saisir le commencement des habitudes; elles sont sujettes à se former avec une promptitude singulière, et les soins physiques, régulièrement donnés comme ils doivent l'être, en font déjà contracter. Deux événements se sont-ils immédiatement succédé trois ou quatre fois, le premier fait aussitôt naître chez Tenfanl l'attente de celui qui. doit le suivre, et il résulte de là une multitude de plaisirs et de peines dont nous sommes les auteurs pour lui. J'ai dit que les leçons de Texpérience n'éclairaient qu'avec lenteur dans le premier âge, parce que l'enfant tarde longtemps à tirer une conclusion assez générale des faits qu'il connaît, pour agir en conséquence dans les cas nouveaux. C'est là un acte de jugement au-dessus de sa portée, mais il n'y a qu'un simple souvenir dans l'association des impressions qui se sont suivies. Ci^lles-ci se lient promplement et involontairement dans le cerveau. 11 y a donc, dès les premiers temps, plus de résultats de l'éducation qu'on ne pense, et la part de la nature est difficile à déterminer.