AVANT-PROPOS
vient nous émouvoir et prête à la gaieté un nouveau genre d’intérêt. » Moore dit encore ailleurs : « On a souvent remarqué , et plus souvent senti, que notre musique est le commentaire le plus fidèle de notre histoire. Le ton de défiance auquel succède la langueur de l’abattement , un éclair d’énergie qui brille et disparaît, les douleurs d’un moment perdu dans la légèreté de celui qui suit, et tout ce mélange romanesque de mélancolie et de gaieté, que produisent naturellement les efforts d’une nation vive et généreuse, pour secouer ou pour oublier les maux qui l’oppriment : tels * sont les traits de notre histoire et de notre caractère , si fortement et si fidèlement réfléchis dans notre musique. Je crois difficile d’entendre plusieurs de nos airs sans se rappeler l’époque, ou l’événement dont ils semblent destinés à conserver la mémoire. Quelquefois lorsque les accords vifs , nobles et courageux, sont cependant mêlés de quelques notes tristes , on croit voir les braves alliés deMontrose (i).
(1) On trouve plusieurs détails sur la bravoure des troupes auxiliaires irlandaises dans Y Histoire complète des guerres d’Ecosse , sous Montrose , 1660. Voyez particulièrement la conduite d’un Irlandais à la ba-
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marchant au secours de la cause royale malgré la perfidie de Charles et de ses ministres , et se rappelant assez de leurs souffrances passées pour rehausser la générosité de leur dévouement.
« Les Mélodies plaintives de Carolan nous ramènent au temps où il vivait, à l'époque où nos pauvres compatriotes étaient réduits à adorer leur Dieu dans des cavernes, ou à quitter à jamais leur terre natale ( comme l’oiseau qui abandonne le nid que la main des hommes a souillé). Dans plusieurs chants, nous entendons encore le dernier adieu de l’Exilé ( i ),
taille d’Aberdeen, chap. vi, page 4g > et le tribut payé à la valeur du colonel O’Kyan, chap. vu, page 55. Clarendon avoue que le marquis de Montrose dut beaucoup de ses succès miraculeux à cette petite troupe de héros irlandais, commandée par Macdonnel.
(i)Les associations de la musique des Indous, quoique plus claires et plus définies, sont beaucoup moins touchantes etmoins caractéristiques. ■> Ils divisaient leurs chants selon les saisons de l’année ; et par-là , ils pouvaient ( dit sir William Jones) rappeler le souvenir des amusemens de l’automne à la fin de la moisson , ou les idées de séparation et de tristesse pendant l’hiver, etc.* (Transactions asiatiques , vol. III, sur le Mode musical des Indous.) Ce que l’abbé Dubos dit des symphonies de Lully