‹ Les amours des anges, et les melodies irlandaises, de Thomas Moore. Traduction de l'anglaisChapitre 2 sur 81 · DE L'AUTEUR · texte numérisé non relu

DE L'AUTEUR

Ce poème qui, dans l’origine, avait une forme différente et une étendue beaucoup plus limitée, était destiné à faire partie , comme épisode, d’un ouvrage dont je me suis occupé à différens intervalles , pendant les deux dernières années. J’appris , il y a quelques mois , que mon ami lord Byron , par l’effet d’un hasard singulier et imprévu, avait choisi le même sujet pour une composition dramatique ; comme je ne pouvais manquer de sentir le désavantage d’arriver après un rival aussi formidable, j’ai jugé qu’il valait mieux publier sans retard mon humble esquisse, avec les chaugemens et les additions que le temps m’a permis d’y faire , afin de me donner la chance, eu paraissant ainsi le premier sur l’horizon littéraire , d’avoir ce que les astronomes appellent un lever liéliaque , avant que l’astre , dont la lumière devait, m’éclipser , eût encore brillé.

Comme plusieurs personnes, dont je res-

IO PRÉFACE

pecte les opinions, pourraient me blâmer d’avoir fait choix d’un semblable sujet dans la Sainte-Écriture, je crois devoir remarquer qu’en point de fait, le sujet n’appartient point à 'la Bible : la notion, sur laquelle il est fonde' (celle de l’Amour des Anges pour les femmes), ayant pris son origine dans une erreur commise par les Septante , en traduisant un verset du sixième chapitre de la Genèse ', seule autorité à l’appui de cette fable (*). Le fondement de mon poème a donc aussi peu de rapport avec la Sai nte- Ecriture , que les rêveries des derniers Platoniciens ou les visions des théologiens juifs. En appropriant ainsi cette notion à, la poésie, je n ai fait que la fixer dans la région des fictions , parmi lesquelles les opinions des pères de l’Église, les plus raisonnables, et celles de tous les autres théologiens chrétiens, l’avaient classée depuis long-temps.

Outre la convenance du sujet pour la poésie , il me frappa aussi comme propre à fournir un voile allégorique , au travers duquel je pourrais retracer et nuancer (comme j’ai essayé de le faire dans les Histoires suivantes) la chute de lame de sa pureté originelle ; la perte

(•) Voyez la note i re à la fin du volume.

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DE LAUTEUH

de la lumière et du bonheur qu’entraîne la poursuite des plaisirs périssables de ce monde ; enlin les châtimens de la conscience et de la justice divine, suite infaillible de l’impureté, de l’orgueilet de la présomptueuse curiosité qui veut sonder l’abîme des secrets de Dieu. La table charmante de Cupidon et de Psyché doit son charme principal à cette espèce de sensvoilé, et j’ai désiré ( quoique j’aie pu échouer dans cette tentative ) communiquer à mon ouvrage

le même intérêt moral

Le monde était dans sa fleur ; les étoiles brillantes venaient de commencer leur course radieuse, et le temps, jeune alors , comptait ses premiers jours par le soleil ; à la lueur du crépuscule de la nature joyeuse, les anges et les hommes s’assemblaient sur le sommet des collines et dans les riantes prairies. C’était avant le règne de la douleur, avant que le péché eût étendu son voile sombre entre l’homme et les cieux. La terre alors était plus près du ciel que dans ces jours de crime et de désolation : alors, les yeux des mortels rencontraient sans surprise de s yeux angéliques contemplant, du haut des airs , le monde qui s’étendait au-dessous. Hélas! fallait-il que la passion eût déjà profané cette belle matinée de la terre, qu’elle eût souillé des coeurs d’origine céleste; et, soutenir plus triste encore, que cette sombre malédiction fût née de l’amour de la femme.

Un soir de ce printemps du monde, trois

beaux jeunes hommes conversaient sur le penchant d’une colline dorée par un rayon du soleil couchant qui semblait assoupi au milieu des parfums. Par intervalles, ils regardaient le ciel lointain où le jour repliait ses ailes radieuses, et leurs fronts sublimes décelaient en eux des habitans de la patrie céleste : créatures de lumière qui se jouent autour du Seigneur comme les atômes dans l’éclat du soleil, et qui, à chaque instant de la nuit et du jour , transmettent , à travers leurs innombrables légions , l’écho de sa parole lumineuse * .

Ils parlaient du ciel, et plus souvent encore des Eves brillantes qui les en avaient fait descendre. Cédant par degrés à la douce influence de l’air embaumé du soir, de l’ha.leine silencieuse des fleurs , de la lumière adoucie qui brillait au-dessus d’eux, comme dans leurs premiers jours d’égarement et de bonheur , chacun raconta l’histoire de ses amours : l’histoire de cette heure funeste, où, semblable à l’oiseau qui abandonne son nid élevé, fasciné par des yeux séducteurs, il échangea les cieux contre le sourire d’une femme.

Le premier qui parla , semblait le moins céleste des trois; esprit d’une trempe légère, prompt à recevoir les impressions terrestres ;

DES ANGES. ’ l5 '

dans le ciel même , il n était pas un de ceux qui avoisinent le trône, mais il prenait place parmi les cercles étincelans qui s’étendent dans l’espace sans bornes et dont les ailes ne réfléchissent que de faibles lueurs de la lumière du centre.

Beau et glorieux, il brillait cependant d’un éclat moins pur que ses compagnons. La lumière d’Éden lui restait encore, mais altérée, mais ternie. Ce n’était pas l’amour seul qui , dans son passage rapide , avait obscurci son front; d’autres joies plus terrestres y avaient laissé leur empreinte profonde.

Tandis que la mémoire , semblable à l’explorateur des antiques tombeaux, parcourt le passé nuageux et soulève chaque linceuil que le temps a jeté sur des espérances évanouies, l’ange se recueille un instant, puis il soupire et dit :

HISTOIRE

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