DU PREMIER ANGE
« Il est une terre située au loin dans l’Orient doré où la nature ne connaît pas de nuit, et s’élance sur le seuil des cieux au-devant
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du jour, son glorieux époux. Un matin, que, chargé d’une mission terrestre, je planais pour choisir un lieu de repos, je vis du haut de l'élément azuré (oh vision céleste et fatale !), une des plus belles filles des hommes ; je la vis à demi-voilée dans 3 le cristal transparent d’un ruisseau, qui, sans dérober l’éclat de ses jeunes beautés, les faisait apparaître plus mystérieuses, comme à travers les illusions confuses d’un songe.
» Frappé d’étonnement, je la regardais folâtrer au milieu des ondes qui, en se brisant autour d’elle, multipliaient les feux du jour comme des diamans étincelans, tandis qu’elle s’avançait environnée de la lumière qu’elle venait de créer. Enfin , je descendis lente- u ment pour jouir de plus près d’un si beau spectacle ; mais le tremblement de mes ailes ( car le frisson du plaisir parcourait chacune de mes plumes) vint l’effrayer, comme elle atteignait le rivage de cette onde limpide qui réfléchit encore aujourd’hui ses charmes : elle s’arrêta sur le bord, semblable à la neige que le soleil couchant teint d’un rose plus vif. Jamais je n’oublierai ses yeux , la honte, l’innocente surprise de cette figure brillante.
lorsqu’élevant ses regards elle m’aperçut dans le vague des airs ! On eût dit que chacunejde ses pensées, chacun de ses mouvemens -étaient enchaînés à cette rive, tant elle y demeura immobile, semblable à l’héliotr ope qui fleurit
près du ruisseau, la face tournée vers les
cieux. -t, . V ) ' ,
» Par pitié pour la vierge surprise, quoique fuyant à regret une telle vision, je dirigeai mon vol vers la terre afin de cacher, à l’ombre de mes ailes étendues, le feu de mes regards qui déjà, je le sentais trop bien, était trop ardent pour elle et pour moi ; mais avant que je pusse dévoiler mes yeux impatiens ou entrevoir le ruisseau , la vierge s’était enfuie. Les feuilles de la forêt me l’avaient dérobée tout-à-coup , comme un nuage sombre reçoit dans ses bras la lune parée de tous les charmes de sa vive et rêveuse clarté.
» 11 n’appartient pas au langage d’exprimer le pouvoir, le despotisme que la passion exerça sur moi depuis* cet instant. Jour et nuit je parcourais les lieux voisins de cette rive ; et dans la poursuite de cette douce lumière j’oubliais mon devoir, j’oubliais le ciel même, tout, excepté l’image unique et sé-
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duisantè de celle qui m’était apparue dans cette source argentée. «
» Bientôt, je vis s’écouler près d’elle de longs et heureux jours ; prêtant l’oreille à des paroles dont l’harmonie surpassait les chants des séraphins de notre bel Éden , lors même qu’échauffés par l’amour leurs accens deviennent plus magiques et plus purs ; contemplant ses yeux où brillait pour moi, beau et azuré comme la nue qu’on aperçoit au travers de la vague dormante, un ciel mille fois plus adoré que ma patrie céleste. Oh !
que m’était le paradis tant que je pouvais entendre cette voix, admirer ces regards?
quoique l’air que je respirais sur la terre fût grossier , il était épuré par son souffle ; quoique les fleurs fussent décolorées et les deux sans éclat, dès qu’elle paraissait l’amour leur prêtait sa lumière. Dans toute la création je ne connaissais que deux mondes ; le lieu chéri et consacré où était Léa , l’immense et aride désert où elle n’était^ pas.
» Mes vœux étaient vains et mon délire plus vain encore. Pour obtenir un regard terrestre de ses yeux ou un désir coupable de son cœur , j’eusse avec joie arraché mes ailes , et j’en eusse jeté les débris dans ce feu dévo-
rant qu’on ne nomme point aux cieux. Mais inutile espoir ! elle restait pure et calme comme le lis dont la blancheur éclate da-
vantage sous les rayons brûlans du midi. Elle m’aimait cependant ; elle m’aimait avec ardeur, mais ce n’était pas comme mortel
Non..., il n’y avait rien de terrestre dans son amour. Elle n’aimait en moi qu’un être de race angélique, qu’un habitant de ce séjour radieux qu’elle avait vu si souvent dans ses songes , de ce ciel auquel ses prières étaient adressées chaque matin, et dont le soir elle contemplait l’éclat en désirant des ailes pour s’élancer de ce monde obscur vers cette libre et glorieuse région.
» Je crois la voir encore assise à mes côtés , à la lueur rosée du crépuscule du soir , tournant la tête vers l’étoile qui apparaissait à l’horizon comme la jeune épouse qui se penche sur le bord du lit nuptial, à cette heure dé mystère et de silence. « Oh , disait-elle , pourquoi mon » destin ne m’a-t-il pas fait naître esprit de cette » belle étoile 4 , habitant sa brillante sphère, » pure et isolée comme tous ces êtres rayon- » nans , sans autre emploi que de prier et de
» briller , d’allumer mon encensoir au soleil ,
» et de lancer ses feux et ses parfums vers » l’autel du Très-Haut ! »
» T elle était 1 innocence de la vierge que mon crime ou plutôt le destin me faisait aimer, et pour laquelle je brûlais d’une flamme qui surpassait les feux les plus violens de la terre. Si vous eussiez vu son regard lorsque mon premier aveu s échappa de mes lèvres délirantes! Ce n était point l’expression de la colère. Non.... elle n’était pas irritée, mais triste. C’était une douleur aussi calme que profonde, un deuil qui ne permet point de larmes, tant l’amertume qui remplit le cœur s’ y fixe et s’y glace! Penser que des êtres angéliques , que moi dont elle avait chéri l’amour comme le lien qui unissait son ame au ciel , je m’étais précipité des hauteurs d’une gloire si pure dans le pe'cliéle plus flétrissant de tous ; le péché qui , de tous ceux qui souillent lame , est le seul qui éteigne sa lumière sans retour! Penser quelle , être humain et fragile , essayait, comme le jeune oiseau de mer , de s’élever dans une région sublime , tandis que moi , créature née dans les cieux, la rencontrant dans ma chute du ciel, de la lumière et du repos, je lui faisais tourner de nouveau son vol vers la terre pour y boire avec moi la coupe amère du péché et mourir !
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»> Cette nuit même mon cœur était devenu impatient du feu qui le dévorait ; le terme de mon séjour était aussi écoulé, et dès qu’un météore venait à bri lier entre les cieux et cette zône terrestre, les célestes gardiens 5 qui veillent près du trône croyaient voir rayonner l’aile de leur diligent messager. Souvent mes lèvres s’entr’ouvrirent pour prononcer le mot puissant et sacré dont se servent les envoyés du ciel, lorsque l’heure arrive de quitter cette terre et de regagner la région céleste ; une fois même il fut si près d’être achevé , que déjà mon plumage, étendu aux rayons et à la brise du ciel , commençait à s’agiter. Mon cœur faiblit , le charme fut rompu. La parole divine expira dans ma bouche en murmures confus , et mes plumes, prêtes à s’élever , retombèrent comme avant sans force et sans vie.
» Comment aurais-je pu quitter un monde que , tendre ou inflexible , elle me rendait plus cher que ma patrie , que la gloire , que l’éternel bonheur ? Comment fuir tant qu’il y avait encore une chance, un espoir de périr même par ce fatal regard ? Qu’importait le lieu où j’errais , pourvu que ses yeux y fussent attachés, quelle y vécût, quelle y respirât? La douleur, la désolation, la mort étaient plus douces avec
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elle que les plus brillantes joies des cieux sans elle!
» Mais, je m’égare... Ce jour-là même on célébrait un festin , auquel accourait en foule, comme les fleurs qui se jouent dans le zéphyr brûlant de l’été , la joyeuse et belle jeunesse de cette terre brillante. Elle y était aussi, unique et reine au milieu de sesjeunes compagnes, quoique son front modeste fût encore obscurci par le nuage que j’y avais répandu le matin ; le premier de honte ou de douleur qui eût terni l’éclat de sa neige printanière. Le délire s’empara de mon cœur. Excité par le tumulte de la fête bruyante , je m’abandonnai à toute cette joie frénétique, à cet élan de gaieté convulsive,que prennent pour du bonheur ceux qui n’ont jamais senti comment l’excès de la peine peut éclater en rires effray ans. Triste semblant de joie et de vie , éclair du conflit intérieur des passions , semblable aux étincelles qui jaillissent du choc des glaives pendant le combat!
» Alors, ce breuvage enivrant de la terre 6 , à la fois le poison et le consolateur du cœur et de ldHête de l’homme , cette liqueur enchantée qui amène à sa suite les fantômes de toutes les joies défendues , dont les gouttes , commecelles
de l’arc-en-ciel , font sourire les brouillards qui entourent l'homme , brillautent la terre , et réfléchissent aussi les cieux dans leurs globes étincelans! Alors, la coupe fatale épancha pour la première fois sa liqueur sur mes lèvres 7 , éclipsant tout ce qui restait encore de lumière dans mon ame égarée, et la remplissant de vaines illusions, de folles pensées, et de ce désir du mal qui nous poursuit en l’absence des rayons du ciel ; semblable aux feux livides qui rampent à la surface de la terre dès que le jour a disparu.
» Écoutez maintenant la suite. Le banquet fini , je la cherchai dans le bocage où depuis peu nous nous réunissions souvent après le coucher du soleil, lorsque le monde rentrait dans le repos , à cette même heure de calme et de
douce clarté. Je la trouvai hélas ! si belle !
pourquoi les anges malheureux partagent-ils avec les hommes le fatal privilège de voir 8 ? Pourquoi les cieux ne sont-ils pas ornés de fleurs aussi belles que la femme ? Ses yeux étaient tournés comme de coutume vers son étoile bien aimée , qui semblait brûler ce soirlà d’un feu plus pur et plus vif, tandis qu’en la contemplant , elle devenait plus brillante ,
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comme si ce bel astre eût été l’urne sacrée où ses yeux puisaient leur éclat humide.
» Ily avait dans cette scène un charme divin, un pouvoir de sainteté, qui, si le poison du délire n’eùt égaré mes sens, eut retenu mes transports , comme si je m’étais trouvé devant le trône du Seigneur .L’atne toute de flammes , les lèvres desséchées de l’ardeur de mes soupirs , je demeurais immobile de liQnte et de respect. Le souvenir d’Éden revint dans toute sa force lorsque je vis ses yeux : chacun de mes regards prouvait trop bien à la vierge timide , combien l’amour saus frein dont je brûlais pour elle était loin , hélas ! d’être divin et digne d’un autel si pur. Cependant elle dut voir ( oh oui , il m’est doux de penser qu’elle le vit ) quelle tendresse profonde, sincère, sentie jusqu’au fond de lame, quel hommage de crainte et de respect , un ange rendait à une simple mortelle que son chaste amour élevait bien au-dessus de lui ! et tous les efforts de cet esprit déchu pour réprimer l’excès du délire qui ébranlait sou ame , lorsque d’une voix où la passion répandait toute la profonde mélancolie de sa puissance, de son immense et sombre puissance, je lui dis : « S’il le faut,... si je dois revoler vers les cieux
UES ANGES
» sans être aimé, sans être plaint , sans qu’un » gage chéri donné par toi me console dans ce » ciel solitaire — un seul regard comme ceux » que les jeunes amans échangent au moment » du départ, surpasserait, même en souvenir, » tout ce que le ciel peut maintenant m’of- » frir de bonheur!
» Ah ! que cette tète se penche une minute » sur ce bras tremblant ! que ces yeux si doux » se fixent sur les miens sans terreur , sans une » pensée d’ell’roi ! que ces lèvres trop aimantes » pour me craindre, rencontrent une seule » fois mes lèvres tressaillantes! — ou si c’est » trop te demander , apporte du moins leurs » parfums près de moi ! Oh , ne tremble pas » ainsi !... un seul regard ,... un seul mot donné » avec tendresse , et je m’envole ; vois .... déjà » mes plumes ont frémi, elles tremblent pour u leur patrie céleste. Séparons-nous... que ta » joue touche la mienne!... Une erreur d'une » minute nous sera pardounée , et l’instant qui » suivra m’entendra prononcer la parole di- » vine qui dirige mon vol vers les cieux. »
» Tandis que je parlais ainsi ,1a vierge craintive, effrayée de moi et d’elle-même , se tenait à l’écart : ainsi une f^ur se roule devant le souffle brûlant du vent du midi. Mais lorsque je
prononçai ( hélas ! je me le rappelle maintenant trop bien , quoiqu’égaré alors ) , dès que je prononçai la parole sacrée , son front et ses yeux se levèrent de nouveau ; une sainte ardeur trahit la lumière soudaine qui venait de l’éclairer : « Le mot sacré ! le mot sacré !... s’écria-t-elle ; redis-le-moi, et je te bénirai ! *> Ignorant ce que je faisais , enflammé, déjà perdu , j’imprimai sur son front un baiser de feu , et je répétai la parole magique qui, jusqu’alors , n’avait frappé les oreilles d’aucune créature vivante sortie du limon de la terre. A peine fut-il prononcé , qu’aussi rapide que la pensée, ses lèvres, semblables à l’écho, s’emparèrent du son divin. Ses mains et ses yeux se dirigèrent aussitôt vers la nue , elle le redit ti’ois fois au ciel , de cet air de triomphe que prend la foi , lorsqu’aucun nuage de crainte ou de doute , vapeur de cette vallée de larmes, ne s’élève entre elle et son Dieu ! A ce moment sacré tout son corps devint brillant et radieux ; )é vis se dérouler de ces épaules d’albâtre , deux ailes aussi magnifiques que celles qui rayonnent autour du trône éternel. A mesure quelle s’élevait au-dessus de moi, ses plumes flottantes brillai^pt à la clarté de la lune d’une lumière pure , qu’à sa teinte igno-
rée sur cette terre je reconnus pour la lumière d’Eden étincelante au travers de son plumage. Vision divine! Jamais, depuis le jour où Lucifer entraîna dans sa chute le tiers des étoiles brillantes 9 , rien de si radieux ne s’était élevé revêtu de la beauté terrestre , '
pour réparer , dans les deux , cette perte de lumière et de gloire 10 !
» Mais pus-je contempler avec calme sa fuite aérienne? Ne proclamai-je pas aussi trois fois la parole puissante qui devait ce soir-là ( au ciel même , c’eût été trop de bonheur ! ) réunir dans le paradis nos cœurs et nos âmes ?
Oui... je recommençail’invocation divine,.,. je priai, je pleurai, mais en vain ; pour moi le charme n’avait plus de pouvoir. Une chaîne pesante semblait me retenir et déjouer mes efforts dès que je tentais de m’élever. Mes ailes sans vigueur demeuraient immobiles, comme elles l’ont été tjepuis cette heure funeste, comme elles le seront à jamais : ainsi l’ordonne un Dieu offensé.
» Ce fut vers cette étoile lointaine que je la vis diriger son vol à travers l’espace lumineux , vers cette lie étincelante au milieu du firmament bleuâtre que son imagination avait si souvent visité dans ses rêves et dans se6
désirs , et qui devait être maintenant ( digne récompense de sa pureté) sa glorieuse patrie de lumière!
» Une fois ,... ne serait-ce qu’une illusion?... à moitié de son vol vers cette belle sphère , dans tout l’éclat de sa nouvelle gloire céleste, je crus la voir jeter un regard de pitié sur celui quelle laissait ici-bas dans les ténèbres; celui qu’elle plaint peut-être encore , si un vain regret peut habiter les cieux, et que souvent elle se rappelle en regardant ce monde obscur et lointain.
» Mais bientôt cette vision passagère s’éclipsa ; son éclat diminua de plus en plus jusqu’à ce qu’elle m’apparut comme un point aussi petit que ces taches lumineuses qui brillent là-bas à l’horizon, ces gouttes vivantes de lumière échappées les dernières de l’urne épuisée du soleil. Et lorsqu’enfin elle s’élança au loin dans son étoile immortelle , quand mes yeux épuisés eurent saisi le dernier rayon pâlissant de ses ailes , la lumière du ciel et de l’amour s’éteignirent à la fois dans mon cœur.
J’oubliai mon origine céleste, ma glorieuse patrie; je profanai mon ame; je dégradai mon front; je savourai les joies grossières de la terre et je devins, t. ce que je suis maintenant! »
DES ANGES. 2y
L’ange déchu inclina sa tète de honte; honte
qui eût seule révélé de quelle immense hauteur il était tombé , sans ces traits de flamme céleste qui animaient encore son visage obscurci ! cette sainte honte qui ne laisse pas oublier le pur honneur qu’on a perdu, dont la rougeur reste après que la vertu s’enfuit, pour marquer du moins son passage. Une fois seulement , tandis qu'il racontait ses amours, il leva les yeux vers cette étoile heureuse et sans tache où elle habitait dans sa pureté virginale ! Il la contempla une minute; puis, connue si quelque douleur mortelle échappée de sa douce lumière eut atteiut son cœur, il frémit, baissa la tête et ne la leva plus.
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Quel était le second esprit? Celui au front superbe et au regard perçant, dont l’œil, plongeant au loin , contemplait la vaste étendue des deux et semblait pénétrer dans l’immensité , derrière les voiles de cet océan d’azur où Dieu cache ses plus sublimes secrets. Quoique le jour eût disparu , ses ailes diaprées étincelaient de mille feux , qu’animées de l’éclat d’Eden , elles ne tiraient que d’elles-mêmes; jet rapide et continu de rayons vivans moins lumineux qu’autre fois , mais encore si eldouissans et si vifs dans toute leur splendeur, que les yeux des mortels s’abaissaient devant eux.
C’était Rubi", jadis parmi l’élite de ces brillantes créatures nommées esprits de science (*), qui régissent le temps, l’espace, la pensée, et ne le cèdent qu’à celui dont l’éclat surpasse le leur comme le jour surpasse la nuit, et dont ils sont séparés par une distance aussi vaste que celle qui sépare chaque étoile des rivages douteux de l’infini. C’était Rubi, dont l’œil triste recé- \ lait la lumière obscurcie des jours passés ; sa voix , quoique douce , résonnait à l’oreille , comme l’écho de quelque retraite , réveillé
(*) Les chérubins. — Voyez à la fin du volume la note iu.
pour la première fois d’un long repos; son sourire , si jamais le sourire brillait sur son visage , ressemblait à l’arc-en-ciel formé par la lune , gracieux et beau , mais pale , sans chaleur et sans vie. Son orgueil, toujours le même, était cependant adouci et voilé par la douleur; parfois , le feu du dédain ou de la colère se rallumait dans son ame , mais les lueurs inégales qu’il lançait, étaient fugitives comme les dernières flammes, vives et rares, qui s’échappent d’un bûcher expirant.
Tel était l’ange qui rompit le silence gardé par tous trois, depuis que le premier esprit avait fini l’histoire de sa chute fatale. Un éclat céleste , évanoui depuis long-temps , brillanta ses traits ; ses lèvres douées de l’harmonie du ciel s’entr’ouvrirent ; ses yeux , son front , les boucles de sa chevelure qui se déroulaient comme les vagues au coucher du soleil , tout parla , lorsqu’il commença son récit.
HISTOIRE