‹ Les amours des anges, et les melodies irlandaises, de Thomas Moore. Traduction de l'anglaisChapitre 5 sur 81 · I.F.S AMOURS · texte numérisé non relu

I.F.S AMOURS

» Par tous tes charmes si puissans, je t implore, esprit lumineux et adoré; brille cette nuit seulement à mes yeux ravis ; cette nuit bien heureuse, exauce-moi ! »

» Epuisée, respirant à peine en achevant ces mots brulans, elle laissa retomber sa tète languissante sur les marches de l’autel, comme si cette émotion eut été la dernière : mais bientôt tressaillant au souille de mes lèvres qui répétaient ses soupirs, elle leva tout- à -coup la tête , et m’aperçut debout sur l’autel ; non plus resplendissant d’un éclat divin , tel que je lui étais apparu dans ses derniers songes , mais encore brillant et paré de la grâce des mortels. Ma couronne de fleure, trop radieuse pour ce monde , était restée suspendue à la voûte étoilée ; mes ailes étaient repliées comme les étendards , quand la paix condamne leur pompe à l’oubli ; ou comme les nuages d’automne qui retiennent les éclairs prêts à s’échapper de leurs flancs , pour laisser briller une jeune étoile à son lever. Je n’avais gardé que les attributs de l’amant glorieux d’une simple mortelle ; mes yeux peignaient un feu aussi ardent, aussi passionné que le sien, mon cœur brûlait des mêmes flammes ; ma faute , mon délire étaient les mêmes ; et mon ame

égarée perdit à cette heure funeste , plus de gloire et de lumière que le ciel même ne peut en redonner.

» Et cependant cette heure !....»

Ici l’Esprit s’arrêta , comme si les paroles cédaient aux flots impétueux de ses pensées, semblables aux cordes qui se brisent sous les doigts du Barde inspiré , quand il veut en tirer de trop mâles accens, tandis qu’appuyant fortement la main sur son front, il semblait vouloir étouffer les souvenirs qui l’agitaient ! mais bientôt tout s’apaisa. Ce réveil accidentel du feu assoupi des jours passés , ces restes d’une flamme trop dévorante et trop vive pour se rallumer , disparurent après un moment, et l’ange se tournant vers ses brillans compagnons , reprit ainsi son récit :

« Les jours , les mois s’écoulaient : en possession de tout ce que j’avais le plus désiré sur la terre, étais-je enfin heureux? Tu lis, grand Dieu ! au fond du cœur des coupables , à travers leurs sourires , leur dissimulation, leur orgueil : tu sais de quel bonheur ils jouissent ! C’était l’angoisse la plus amère, aiguisée par l’amour et ses délices, dont elle venait interrompre les transports ,

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comme les vapeurs immondes et les lueurs terribles échappées des Enfers, qui s'élancent entre le ciel et les habitaus du Purgatoire, au moment où ces derniers entrevoient la région céleste ! Le seul sentiment qui ressemblait à de la joie, ou plutôt l’unique rêlàche à ma peine, était de voir ma jeune amie heureuse. Elle, si fraîche, si belle, si fière de son sort; et pourtant source de tous les maux de mon ame éperdue, après laquelle je soupirais sans cesse et dont le charme était toujours nouveau. La voir heureuse , réfléchir sur elle l’éclat obscurci de mon ancienne splendeur, les derniers rayons de ma gloire qui se jouaient encore autour de moi : sur elle, dont j’étais la lumière, et dont lame adorait jusqu’à mou ombre ; c’était, je l’avoue, une douce jouissance : le seul et dernier éclair de joie qui me restât. Brillante créature, si remplie d’orgueil, que les plus hautes pensées de royauté et de domination , nourries dans le cœur de la femme, ne sont rien auprès de ce qu’elle éprouvai».

Fille ne courbait son beau et noble front que devant le Très-Haut, tant elle était fière de l’amour de son Chérubin ’ 8 .

» Puis, cette passion qui devenait plus forte d’heure en heure , à laquelle son amour même

cédait par intervalles , celle soif «le connaître tout ce que la Terre et le Ciel enserrent de plus rare : non-seulement ce que Dieu se plaît à montrer, mais tout ce qu’il a enseveli dans les ténèbres loin des jeux de l’homme. Ce désir, hélas! si fatal et si dangereux , était sans cesse encouragé par moi. Empressé de le satisfaire, je dévoilais à sa pensée des mondes de merveilles qui, jamais avant, n’avaient brillé pour les jeux des humains. Nous pénétrions ensemble dans les profondeurs de la terre , sous la mer, à travers les cavernes de feu, à travers les plaines de l’air, en tout lieu où le Mjstère assoupi étend son voile épais. L’Amour, toujours à nos côtés , suivait nos courses vagabondes , sûr de trouver une patrie dans chaque élément et d’être partout adoré.

» Ce fut alors que la Nature apprit pour la première fois à venir déposer les richesses «le tous ses rojaumes aux pieds de la femme, en lui disant : « Brillante créature , tout ce que tu vois t’appartient ! » Alors , pour la première fois , les diamans , semblables à des jeux qui brillent au milieu «les ténèbres, furent surpris dans leur retraite obscure , et vinrent éclairer «le leurs rajons , la marche triomphante de la jeune et fière beauté ’ 9 . Alors , la perle enfouie

LES A MOU HS

sous les eaux ou le soleil ne peut briller, comme un Esprit condamné à habiter un lieu triste et lugubre , fut aussi affranchie de sa grossière prison. Elle vint orner la femme d'un éclat que tour à tour elle donne et elle emprunte. Car jamais vierge , quels que fussent les projets ambitieux du moment, n’oublia ce puissant auxiliaire de son sexe , la parure rare , et pleine de goût, qui ajoute une nouvelle force à l'aimant de ses charmes Il n’était rien de beau , de grand, de curieux dans le domaine de mon aile légère , au fond des ondes ou dans l’air , qu’aussi prompt que son désir , je ne volasse chercher avec une vive et tendre impatience ; et lorsque je l’ai vue contempler avec admiration quelque brillante étoile, je lui ai dit : « Oh! ne la regarde pas ainsi , mon amour ; hélas ! je ne puis te la donner. ** »

» Ce n’était pas seulement les merveilles répandues avec profusion sur toute la Nature qu’elle brûlait de connaître , ni les glorieux trésors , visibles et matériels, qui brillent comme autant de lumières dans cette terre enchantée. Non:

c’était tout ce qui , invisible, éthéré, habite loin des bornes de la raison humaine , enveloppé dans sa propre intelligence : le mystère de cette Source éternelle d’où découle l’esprit de vie, le

souffle de L’existence , soit qu’il anime les hommes , les anges , les fleurs ou les soleils ; les inspirations du Tout-Puissant, quand il traça pour la première fois sur le chaos , les contours du monde, et qu’au milieu de l’espace ténébreux, il vit se former graduellement ce vaste et sublime tableau, comme on voit l’arc-en-ciel sortir, teinte par teinte, delà nue pluvieuse; puis , l’alliauCe que Dieu fit avec l’espèce humaine ; les chaînes du Destin auxquelles il se soumit , ainsi que l’homme , jusqu’à ce que sa tâche glorieuse fût accomplie ; jusqu’à ce que, par la voie de la douleur et du péché , le mal ail enfanté le bien , la haine ait enfanté l’Amour, et que le sort brisant sa chaîne de fer , tout redevienne libre et radieux !

» T els étaient les grands mystères , quelquefois même encore plus profonds , plus incompréhensibles qu’elle osait apprendre et moi enseigner , aussi loin que pouvait pénétrer la pensée d’une femme , ou qu’un Esprit déchu et proscrit pouvait atteindre. Remplie de ce savoir céleste, et mêlant sa pure lumière aux fausses lueurs dont l’Imagination avait déjà peuplé son ame, la jeune enthousiaste se livrait à ses transports. Elle parlait eu inspirée, et sa race , encore plongée dans les ténèbres ,

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