MÉLODIE XLI
Harpe chérie ! j’éveille encore une fois tes doux accords si long-temps assoupis ; à nos derniers adieux je t’ai baignée de larmes , et mes pleurs t’accueillent aujourd’hui. Aucune lueur de joie n’a brillé sur toi ; semblable à ces Harpes, dont les accords célestes ont raconté un esclavage aussi sombre que le tien , tu es restée suspendue aux longs rameaux du saule.
Et cependant, depuis que tes cordes ont résonné pour la dernière fois , une heure de paix , de triomphe a sonné ; plus d’un cœur généreux a bondi d’espérances , maintenant ensevelies dans la honte. Alors même , quand la Paix planant sur la terre et la mer , chantait son hymne d’allégresse , quoiqu’elle apportât au monde la joie et l’espérance , elle n’apportait pour toi que de nouvelles larmes!
Qui peut donc demander les accens du plaisir à tes cordes plaintives, ô ma Harpe ! Hélas , le chant
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joyeux et matinal de l’alouette résonnerait aussi mal au déclin du cygne! Comment, moi qui t’aime, qui te bénis , invoquerais-je ton souffle pour des accensdc Liberté , quand les guirlandes même, dont je té pare, sont tristement mélangées de chaînes et de fleurs!
Mais reprenons courage : si l’accent de la joie peut encore t’animer, retrouve pour moi tes joyeux accords ; montre au monde étonné combien ta musique peut encore être douce , malgré tes fers et ta douleur : avec quelle légèreté, au milieu des ténèbres qui t’environnent, tu peux encore t’éveiller au frisson du plaisir ; semblable à la statue brisée de Memnonqui , du sein des ruines, fait entendre de doux et harmonieux accens(i)!
(j) « Dimidio magicft résonant ubi Memnone ehordæ ,
» Atque vêtus Thebecentum jaeetobruta portis. >*
( Juvénal . )