‹ Les beaux-arts et la nation; introduction de Paul Louis GarnierChapitre 11 sur 31 · EN ALLEMAGNE · texte numérisé non relu

EN ALLEMAGNE

A Vienne et surtout à Berlin s’érigent à présent, en témoignage de l’intelligence logique qui caractérise l’art des architectes modernes de ces capitales, de grands édifices harmonieux, simples, vastes. L’avenir s’en servira sans doute pour étayer d’exemples éloquents l’histoire de la renaissance de la construction industrielle dans le siècle présent. Magasins, banques ou fabriques, ces édifices sont également hardis, nets et rationnels; certains même laissent une impression de grâce et de vigueur accordées qu’on n’oublie pas.

L'ART DÉCORATIF

Non loin de la Potsdamerbanhof, l’un des centres berlinois les plus industrieux, les plus affairés, un magasin de nouveautés propose aujourd’hui à l’admiration des gens de goût l’inattendue merveille de son eurythmie. Sous une ossature harmonieuse de métal, c’est comme une volière géante, un hall immense inondé de lumière. Point de fenêtres, de corniches, de rebords ouvragés à l’antique ! Point de statues, d’allégories épaisses, pompeuses; pas de surcharges ni de maçonnerie; rien que des baies vitrées, dont les lignes sveltes, audacieuses, légères composent, sous le revêtement métallique qu’elles épousent une arabesque hardie. Sur quelque détail de l’édifice cju’il s’arrête, le regard ne découvre que des harmonies simples, fondamentales, que des accords de proportions et de perspectives, calculés en vue d’obtenir la meilleure adaptation à la fonction. Aussi, nulle erreur, nulle partie sacrifiée, laissée dans l’ombre; point de façade prétentieuse, empiétant dans son faste inutile sur des dispositions nécessaires à l’agencement normal de l’intérieur. Tout au contraire, c’est une entente harmonieuse et sobre, une entente « loyale » de toutes les valeurs, de tous les rôles, de toutes les nécessités qui assure le parfait équilibre et le strict rapport des services de ce magasin modèle. Aux quatre coins, de grands fûts de pierre, dont l’ornementation a été empruntée d’un peu trop près au gothique, flanquent l’édifice et rehaussent de l’éclat de leur matière l’armature qu’ils semblent étayer. Le porche enfin est vaste, aisé à franchir; tout en glaces, il est cerclé d’une décoration de cuivre massif neuve et sobre, qui le pare de luxe et ne l’obscurcit point. Le jour pénètre par ces portes comme il passe dans les verrières étagées sur toute la hauteur.

L’ART DÉCOR.VTll’ A L’ÉTRANGER.

Et l’en.semble de cette gigantesque construction que la lumière du ciel habite, de la base aux combles, donne vraiment la mesure de la grandeur où peuvent atteindre la logique, la hardiesse et la raison mises au service des besoins de la vie moderne.

Cet exemple, d’ailleurs, n’est à Berlin que l’un de ceux qui apparaissent comme des plus significatifs. Tels quartiers nouveaux, à l’ouest du Thiergarten et de Charlottenbourg, en fourniraient bien d’autres, en des genres divers. Et l’on prendrait d’ailleurs à les commenter d’autant plus d’intérêt qu’ils attestent, avec une force singulière, une renaissance de la construction industrielle et privée, au sein d'une capitale qu’écrasent d’affreux monuments à l'antique et maintes bâtisses officielles, lourdement copiées, qui visent à la grandeur et à l’apparat et n’atteignent qu’à la morgue.

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