‹ Les beaux-arts et la nation; introduction de Paul Louis GarnierChapitre 14 sur 31 · EN ITALIE · texte numérisé non relu

EN ITALIE

S’il est vrai qu’un patrimoine glorieux, qu’un prestigieux passé d’art peuvent parfois, à raison de la sujétion où leur éclat tient l’esprit, tarir pour lontemps les sources de l’originalité esthétique d’un peuple, l’Italie, avant toute autre nation de l’Europe occidentale, eût pu se désintéresser de cette grande renaissance décorative dont nous esquissons sommairement l’essor. La splendeur, le lyrisme ardent ou délicat, le caractère propre aux plus fameuses villes d’art de la péninsule ont institué partout, en effet, d’obsédantes merveilles. Et l’on ne peut vivre impunément dans un pareil décor. Aussi bien les styles décoratifs italiens, au siècle dernier, s’inspiraient-ils encore des fastueux et éloquents modèles du passé, qu’ils interprétaient avec cette virtuosité et cette éclatante perfection dont l’Italie contemporaine offre tant de témoignages. Il n’en va plus de même aujourd’hui. Un mouvement d’art décoratif moderne, personnel, vivace et cependant encore très italien, au beau sens, se dessine; des artisans, doués du sentiment des réalités qui encadrent la vie actuelle, en précisent et en corrigent très heureusement l’orienîation. Dans de grandes cités du nord et de l’ouest s’élèvent depuis peu des édifices dont

L’ART DÉCOn\TIF A L’ÉTRANGER.

l’ensemble et le détail valent par une harmonieuse élégance alliée à la nouveauté.

C est notamment à Milan qu’on a pu, récemment, apprécier les meilleurs résultats de la renaissance décorative italienne : tant dans la ville qu’à l’intérieur de l’Exposition, des hôtels, des palais, des bâtiments appropriés aux destinations les plus différentes ont forcé l’admiration des visiteurs avertis; on est tombé d’accord pour en louer à la fois la structure logique et le luxe. La sveltesse déliée et le galbe des façades n’ont pas plus séduit les gens de goût que telles ornementations, tel détail infiniment pittoresque de la décoration intérieure. Une certaine légèreté, un coloris chaleureux et une interprétation vive, lyrique des lignes de l’ensemble, toutes qualités proprement italiennes, ont accordé ces édifices non sans bonheur au décor et au ciel de la péninsule; c’est assez dire qu’il s'agit aujourd’hui, en Italie, non point d’une « importation » des styles décoratifs en vogue dans les pays voisins, mais bien d’un mouvement autochtone, sincère, dont les premières réalisations présagent l’ampleur et l’originalité.

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