‹ Les beaux-arts et la nation; introduction de Paul Louis GarnierChapitre 15 sur 31 · AUX ÉTATS-UNIS · texte numérisé non relu

AUX ÉTATS-UNIS

Contestée au point de vue esthétique par les latins que nous sommes, reconnue au contraire par plusieurs autres démocraties libres, la suprématie des États- Unis, dans l’ordre de la construction industrielle, est trop notoire pour qu’il y ait quelque efficacité à s’étendre sur les controverses qu’elle a suscitées. Au reste, voici longtemps déjà qu’en dépit des criailleries de ces pitoyables esthéticiens qui tiennent pour logique

L’ART DÉCORATIF

qu’un temple grec abrite les négoces de bourse, voici longtemps que l’architecture utilitaire et pratique des Américains a gagné son procès devant l’opinion. S’il était de bon ton, il y a quelques années, en Europe de railler la rigueur systématique et la simplicité sûre des fameuses maisons de vingt-cinq étages édifiées à New-York et à Chicago, on s’est aperçu depuis lors qu’un rapport étroit, mathématique, appropriait ces monuments spacieux aux fonctions qui leur sont dévolues; on a compris qu’une grande maison de commerce, une banque, une puissante entreprise industrielle pouvaient simultanément s’installer à l’aise dans ces titaniques « tours carrées » où l’invention hardie des architectes de l’Union a prodigué l’air, la netteté, les facilités, la logique et l’équilibre.

Cette incomparable entente des exigences de la vie active, de la limpidité, de la vitesse, de l’espace et des multiples commodités qu’il faut aux actuelles transactions fut la raison d’être d’une architecture et d’un art décoratif dont on se plait aujourd’hui à reconnaître la beauté. Là encore, si l’on prétend décomposer l’impression d’audace, de grandeur et d’ordre que font naître l’aspect et la visite de ces gigantesques immeubles, on éprouve qu’elle résulte de la simplicité des perfections, de la hardiesse presque téméraire des lignes, de leur sobre et parfaite harmonie, autant que de la beauté des matières employées et de la sécheresse voulue de l’ornementation décorative.

En un volume récent* où il a condensé des observations d’une pénétrante lucidité, au retour de son voyage aux États-Unis, M. Paul Adam résume et

(1) Vues d’Amérique.

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