L L’ÉCOLE
L’Art à l’École
Ce n’est point seulement à l’École de la rue Bonaparte, à la Villa Médicis et dans les Écoles régionales d’art décoratif qu’il faut introduire le sens des l'éformes esthétiques; c’est à l'école primaire elle-même, au collège et au lycée que l’on doit initier les enfants à l’intelligence de la Nature et au sentiment du Beau.
Le 14 février 1907, aidé de quelques amis, dont le critique d’art Léon Biotor, nous convoquions trente artistes, pédagogues, hommes de lettres, hauts fonctionnaires de l’instruction publique et des beaux-auts, à l’hôtel de la Société des gens de lettres, à Paris, pour y fonder une Société nationale de l’Art à l’école, à l’exemple de celles qui florissent en divers pays voisins.
L’idée qui nous réunissait n’était pas neuve. Elle avait tenté, cinquante ans auparavant, Victor Duruy, alors ministre de l'Instruction publique, puis successivement d’autres hommes d’État, Jules Ferry, Paul Bert, René Goblet.
En 1879, l’architecte Viollet-le-Duc adressait au Conseil municipal de Paris un rapport dont un passage au moins vaut d’être cité, car il semble avoir été écrit pour dépeindre la préoccupation initiale du nouveau groupement :
« On se plaint, non sans motif, disait-il, que des
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images malsaines, barbares, soient livrées sans cesse à nos enfants. C’est à nous de leur montrer, dès le moment où ils commencent à apprécier ce qu’ils voient, des œuvres de valeur. Nous voudrions, dans les écoles, des représentations très simplement traitées des divers travaux des champs et des métiers, des actes importants de la vie civile avec légendes sommaires. Ces sujets ne devraient guère donner que des silhouettes avec une coloration élémentaire sans modelé. Ces sortes d’imageries, traitées d’une façon primitive, sont beaucoup mieux comprises des enfants que ne peuvent l’être des œuvres d’art d’une exécution plus complète et plus raffinée. Les enfants préfèrent à une gravure d’après un maître une image d’Épinal, non parce que cette image est grossière, mais parce que le procédé est simple, le sujet sommairement expliqué. Faisons qu’à la place de ces productions déplorables, les enfants aient devant les yeux des œuvres dues à des artistes de talent, mais traitées suivant les procédés primitifs, et nous habituerons leurs yeux aux bonnes choses, nous élèverons leur jugement au lieu de le laisser fausser par la vue des productions ridicules ou sauvages qu’on met inconsciemment entre leurs mains. » Durant les séances suivantes, les statuts, élaborés sur le modèle, déposé au Conseil d’État, des sociétés d’utilité publique, furent déclarés conformément à la loi, le 11 juillet, et la fondation publiée au Journal officiel le 11 août suivant. Le président delà République, président d’honneur de la Société, promit son concours effectif et moral. Le ministre de l’Instruction publique la patronna près du personnel du corps enseignant. Un appel fut lancé disant : « Si l’intelligence de la nature et le premier travail de l’esprit imposent à l’être
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humain, dès l’entrée dans la vie, un laborieux effort, la société moderne, loin d’y demeurer insensible, doit s’attacher, par tous les moyens, à en atténuer la rigueur. Comment y parvenir plus sûrement qu’en conviant l'art à accueillir l’enfance! Il apporte avec lui, partout, la joie de la beauté; en même temps, sa valeur éducative est telle qu’il concourt de la façon la plus efficace à la formation morale du citoyen et au développement intégral de ses facultés. »
Parallèlement à l’œuvre jadis entreprise par la Ligue de l’enseignement, la Société de l’Art à l’école désire préparer à la Nation un avenir meilleur en plaçant les générations nouvelles dans un milieu propre à influer salutairement sur l’hygiène, l’esprit et le goût de l’enfance. Elle veut l’école saine, aérée, rationnellement construite et meublée, attrayante et ornée; son champ d’action s’étendra assez loin pour que l’art vienne embellir de son charme tout ce qui, à l’école, est mis entre les mains de l’enfant ou proposé à son regard; elle entend que les distractions mêmes de l’enfance se trouvent ennoblies par le caractère artistique qu’elles sauront revêtir. En s’imposant cette mission, la Société de l’Art à l’école espère favoriser chez l’individu une plus haute conscience de la nature et de lui-même, et contribuer ainsi à une éducation civique mieux entendue, plus conforme à l’esprit d’une civilisation en marche vers des destinées meilleures. Elle fait appel aux éducateurs, aux artistes, aux amis de la jeunesse française, à tous les esprits éclairés, à tous ceux qui s’intéressent à l’art, à l’enfance, à l’école.
Elle leur apporte la puissance d’action de l’association, les avis d’une sollicitude avertie, le concours des pouvoirs publics. Elle réclame l’adhésion morale et
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matérielle non seulement des jeunes gens et des jeunes filles, des ateliers, des sociétés d’art, des individualités et des collectivités, des conseils généraux et des conseils municipaux, mais encore des universités, des écoles, de tous ceux qui façonnent et dirigent la pensée de la nation en travail. Tous tiendront à honneur de se joindre à elle. Quel plus noble but, en effet, que celui que la Société de l’Art à l’École propose à tous ses collaborateurs à savoir de faire aimer à l’enfant la nature et l’art, de rendre l’école plus attrayante, d’aider à la formation du goût et au développement de l’éducation morale et sociale de la jeunesse? Les moyens d’action sont : l’embellissement, extérieur ou intérieur, des locaux scolaires, la décoration permanente ou mobile de l’école, la diffusion de l’imagerie scolaire appropriée à l’âge et aux facultés de l’enfant, et l’initiation de la jeunesse à la beauté des lignes, des couleurs, des formes, des mouvements et des sons.
L’Association se compose de membres bienfaiteurs, fondateurs, titulaires et adhérents. Elle est administrée par un Conseil composé de 45 membres élus pour trois ans par l’Assemblée générale et choisis dans les catégories de membres dont se compose cette Assemblée L Aussitôt élu, le Conseil commença ses travaux.