Voici la composition du Bureau
Président : Ch.-M. Couyba. Vice-présidents : MM. Perd. Buisson, député, ancien président de la Ligue française de l’enseignement ; A. Gasquet, directeur de renseignement primaire; Frantz Jourdain , architecte, président du Syndicat de la Presse artistique; Roger Mar.x, critique d’art, inspecteur général au ministère des Beaux-Arts; Henri Turot, homme de lettres, conseiller municipal de Paris. Secrétaire général ; M. Léon Riotor, homme de lettres. Secrétaires adjoints ; MM. Paul-Louis Garnier, Jacques Teutsch, Louis Vauicelles, hommes de lettres. Trésorier général : M. Victor Dupré, directeur de l’Imprimerie nationale, rue Vieille-du-Temple, 87, à Paris (IIP). Archivistes ; MM . Victor Langlois, professeur à la Sorbonne, directeur du Musée pédagogigue, et D' Galtier-Boissière, conservateur des collections au Musée pédagogique.
L’ART A L'ÉCOLE
Il rassembla les bonnes volontés éparses, encouragea les efforts individuels, les coordonna en groupements autour de chaque école, en sections communales et régionales, et leur envoya des instructions longuement élaborées. Ces instructions peuvent brièvement se résumer’ ainsi ; « La section se réunit chaque fois que l’on construit, agrandit, ou modifie des bâtiments à usage scolaire, discute la disposition rationnelle et l’aspect esthétique de ces locaux, présente des avis motivés à la municipalité, aux architectes, à ceux qui participent à l’édification des locaux. Elle intervient de la même façon en ce qui concerne la décoration intérieure et extérieure des locaux : cour, jardin vert, fleurs aux fenêtres, peinture claire et attrayante des murailles, frises, pochoirs, estampes décoratives, ornementation florale intérieure, transformation ou amélioration pour un aspect plus riant ; soins à apporter dans le choix de la j^etite imagerie scolaire, bons points, témoignages de satisfaction, cahiers, de telle sorte qu’elle offre un aspect d’art; affiches et estampes artistiques modelées ; dégagement des murs : retrait dans un placard des tableaux muraux pédagogiques, anti-alcooliques ou économiques, qui seront seulement exposés durant la leçon, à la meilleure place, et le temps nécessaire à l’impression morale.... »
Le conseil, pour aider à la réalisation de ces desiderata, fit appel aux compétences techniques, établit des spécimens et des devis de peintures gaies et hygiéniques, des pochoirs de frises, rechercha dans les estampes déjà publiées celles qui pouvaient être recommandées, fit confectionner des encadrements pour les imageries murales, des tablettes porte-fleurs,
L’ART A L’ÉCOLE
dressa des plans-types pour les écoles à construire, établit des devis d’ « embellissement » pour les écoles existantes. La Société, subventionnée dès son origine, tant elle répondait à un besoin, par le Ministère de l’Instruction publique, la Ville de Paris, le département de la Seine, et une dizaine de conseils généraux, ne s’en tiendra pas là. Elle organisera des expositions et des congrès qui exciteront une louable émulation dans tout le pays. Elle procède par actions locales. Pour fonder une section locale, en conformité des statuts, il suffit de réunir dix membres. Ce groupement nomme aussitôt son bureau et demande sa reconnaissance au Conseil d’administration de la Société.
Les sections, tout en conservant une complète liberté d’initiative et d'action, se conforment aux statuts de la Société et au règlement intérieur. Pour garder l’unité de direction de la Société, toute décision relative à des questions artistiques n’est prise qu’en accord avec le Conseil d’administration. Une fois par an un compte rendu financier, et au moins deux fois par an un compte rendu moral de la section sont envoyés au Conseil d’administration. Plus de trente sections régionales de l’Art à l’École sont déjà formées ou en voie de formation. Toulouse, Lyon, Lille, Nancy, Angoulémc ont réuni des groupements d’élite, actifs et puissants, pour appliquer le programme. Chacun yajoute desidées particulières qui ne sont incorporées qu’après étude. Des sociétés existantes, des communes même ont demandé leur affiliation pour faire servir cette force nouvelle à l’amélioration du domaine général.
La Société, persuadée de l’efficacité de l'imagerie, s’occupa aussitôt du tri et du classement des gravures existantes, de l’obtention de prix de faveur, pour ses
L’ART A L’ECOLE
adhérents (jusqu’à 90 pour 100 de remises), de l’établissement de cadres passe-partout en bois naturel à bas prix et de l’édition de cartes-récompenses à conserver. L’étude de l’application du programme à diverses écoles en construction à Paris l’occupa ensuite. Dans une visite d’un de ces groupes scolaires en construction, la délégation de la Société émettait les vœux suivants, qui peuvent êire cités comme les plus généralement exprimés : 1“ que les préaux soient peints de couleurs claires et ornés de frises florales avec panneaux réservés pour des compositions ou des estampes en couleurs; 2° que les lavabos et portemanteaux soient en harmonie avec le décor général; 5“ qu’un essai de petit musée quotidien sous verre soit tenté dans un des vestibules ou couloirs; 4“ que des arbres et des verdures garnissent les cours et les murailles.
Ayant divisé Paris et le département de la Seine en six secteurs, elle institua un corps de visiteurs délégués avec l’assentiment du directeur de l’Enseignement et des inspecteurs. Chaque secteur comprend un service de secrétariat organisé, qui centralise les rapports au point de vue spécial de l’hygiène et de la décoration de l’école. Les rapports font l’objet de communications à la Direction de l’Enseignement et aux intéressés. La Société a encouragé les remarquables tentatives de son collaborateur, M. Gaston Quénioux, pour la réforme de l’enseignement du dessin, et la curieuse exposition de dessins d’enfants qui eut lieu en 1907 à la mairie du 1V“ arrondissement. Elle a présidé à la construction et à l’exposition au Salon d’automne d’une classe d’école avec mobilier scolaire nouveau ^architectes MM. Sauvage et Sarrazin), admis au Musée pédagogique. De nouveaux essais sont en préparation, avec
L’ART A L’ÉCOLE
les conseils des inspectrices des écoles maternelles, Mmes S. Brès et Jeanne Girard, du docteur Galtier-Boissière, conservateur du Musée pédagogique. MM. Sauvage et Sarrazin étudient maintenant l’école € maternelle ». M. Mathieu Gallerey, à qui l’on doit les cadres harmonieux mis en usage par la Société, s’ingénie à créer les meubles nouveaux, chaires, placards, tableaux noirs, tablettes porte-fleurs. M. Henri Simmen prépare des maquettes au dixième des diverses salles, préaux, vestibules, contenant et contenu.
Sur l’initiative de M. Louis Guébin, inspecteur principal de l’enseignement du dessin, la Société, à peine créée, fut appelée à présider à la Sorbonne, le 24 novembre 1907, la distribution solennelle des prix aux élèves des cours de la Ville et du Département de la Seine.
Au cours de cette cérémonie nous eûmes l’occasion de prononcer le discours suivant :
Mesdames, Messieurs, Chers élèves,
C’est un grand honneur et une grande joie pour moi de présider cette fête de l’art et de la jeunesse et je vous demande la permission d’en exprimer tout d’abord mes respectueux remerciements à M. de Selves, l'éminent préfet de la Seine, et à M Bédorez, le distingué directeur de l’Enseignement de la Ville de Paris. Alors que tant de représentants de la Municipalité parisienne s’intéressent avec un sens avei’ti aux choses de l’art et méritent plus que moi cette place d’honneur, pourquoi l’a-t-on confiée à votre très humble président occasionnel, c’est ce que je me réserve de vous dire à la fin de cette causerie.
Pour l’instant, je veux m’acquitter de mes devoirs envers la brillante assemblée qui m’entoure, envers ceux et celles surtout pour lesquels cette fête est instituée et sans lesquels elle n’existerait pas. J’ai nommé les maîtres, les maîtresses, les lauréats et les lauréates des cours de dessin municipaux ou subventionnés. Au premier rang, qu’il me soit per-
l.’Aliï A L’ÉCOLE.
mis de féliciter l’homme auquel,, avec rap[)ui du Conseil municipal et de M. Bédorez, nous devons l’organisation rationnelle et vivante de ces cours et de ces expositions annuelles ou périodiques qui en consacrent les progrès. Vous avez tous et toutes deviné qu'il s'agit de l'Inspecteur principal du dessin, du sympathique et infatigable M. Guébin.
Hier, en examinant avec lui et avec un illustre peintre, M. Albert Besnard, les œuvres exposées à la salle Saint- Jean, je ne pouvais m’empêcher de lui exprimer ma surprise d’abord, et ensuite mon admiration. Mais, de ces éloges mérités, la modestie de M. Guébin ne voulut accepter que la plus petite part et il me pria de conserver la plus grande pour ses patrons de l'IIôtel de Ville, pour son directeur, pour ses collaborateurs et collaboratrices, MM. les inspecteurs et Mmes les inspectrices du dessin, Mmes et MM. les professeurs, et pour cette pléiade d’élèves, enfants, jeunes gens et jeunes filles, que nous nous apprêtons à applaudir et à couronner aujourd'hui, comme les ap[ilaiulirait demain tout Paris, si le tout-Paris des fabricants et des industries d’art se rendait h l’Hotel de Ville et à la salle Saint-Jean, devenue pour quelques jours le Musée de la jeunesse artiste! Honneur donc à fauteur, à tous les auteurs de cette manifestation d’intelligence et de beauté!
J’ai dit « ma surprise d’abord! •• Et, en effet, je ne vous cacherai point que j’étais venu à votre exposition avec l'idée préconçue de la trouver puérile, au mauvais sens du mot, dans le sens des anciennes expositions auxquelles il me fut donné jadis de participer ou d’assister, dans quelques préaux de collèges, de lycées, voire d’écoles des beaux-arts. Ah! les « académies romaines » au fusain et au crayon Conté de ma jeunesse, selon les modèles stéréotypés des anciens programmes, quel triste souvenir j'en ai conservé! Que de fois je me suis surpris à maugréer contre la méthode géométrique de M. Guillaume succédant à la méthode soidisant intuitive de M. Ravaisson! Et que de mies de pain j’aurais voulu transformer en boulettes pour en bombarder le casque en stuc de la « Minerve » ou le nez en plâtre de la « Junon ! »
El cette rancune d’écolier déçu fut si tenace contre les poncifs du « Grand Art • que je ne pus m’empêcher de la
L’ART A L’ÉCOLE
traduire, comme député, dans quelques rapports des budgets de l’Instruction publique et des Beaux-Arts. Bousculons, disais-je, avec mon maître M. Rocheblave, bousculons résolument les anciens programmes! Rayons provisoirement ces listes de modèles auxquels on a fait un sort spécial, et donnons liberté de choix au maître! Surtout avisons-nous, dans les programmes très sobres qu’il faudra tracer à nouveau, que notre élève est un Français, nullement destiné à continuer Périclès au xx' siècle! Faisons-le souvenir que, depuis le xi* ou le xir siècle, la France, célèbre entre toutes les nations par sa littérature, ne l’a pas moins été par son art; que l’art ogival, le plus grand qu’ait connu le monde après l’art antique, est tout entier son oeuvre; que la Renaissance, qui s’opérait sagement et nationalement dans son sein, a -été corrompue, gâtée par l’afflux des modes italiennes, et que nous avons souffert deux siècles, que nous souffrons encore, après la Révolution, après le romantisme, après le réalisme, des survivances d’un art académique, c’est-à-dire faux et étranger!
Montrons à l’élève, disais-je encore avec mon maître, la liberté s’établissant peu à peu dans l’art moderne par la reprise successive de tout ce que l’académisme et « l’esprit Louis XIV » avaient étouffé chez nous : observation stricte, naïve, discrète de la nature ; formes appropriées aux usages ; respect des mœurs, du costume et de la coutume ; goût des choses nationales; utilisation, non seulement du type de la figure ordinaire (et non esthétique !) ainsi que de la flore et de la faune ordinaires; mais utilisation générale de toutes les matières naturelles ou industrielles, bois, fer, étain, verre, étoffes, dentelle, etc.
Qu’il sache enfin où nous en sommes du dessin d’ornement actuel, de la décoration actuelle, et qu’il nous laisse une fois pour toutes les acanthes, les volutes et les trois ordres grecs, flanqués du toscan et du composite ! Bref, que l’élève devienne de son pays et de son temps par le dessin, comme il le devient par les lettres et les sciences, par les lettres françaises et par les sciences nationales et internationales !
Je me répétais tout ce réquisitoire en visitant à l’étranger les écoles de dessin manifestement supérieures à celles des nôtres que j’avais autrefois connues. Je me le répétais hier
L’AUT A L’ÉCULK.
encore, avant d’entrer dans la salle Saint-Jean. Et voici que tout d’un coup cette prévention s’évanouit devant la spontanéité naturelle et vivante de vos dessins, Messieurs, devant la délicate et moderne ingéniosité de vos travaux d’art appliqué. Mesdemoiselles; et je crois aujourd’hui que vos œuvres ne feront point du tout mauvaise figure en comparaison de celles des écoliers anglais, à la prochaine exposition de l’Entente cordiale à Londres.
Avec l’heureuse application des nouveaux programmes de la Ville de Paris, avec ce doux et hardi réformateur qui s’appelle M. Gnébin, vous avez compris que le dessin n’est la probité de fart qu’à la condition d’être la transcription sincère de la réalité. Aidés de disciples tels que vous, vos maîtres et vos maîtresses parviendront sans nul doute à réaliser cette double fonction artistique et pédagogique de l’art: 1“ former l’œil et la main en enseignant surtout « l’alphabet raisonné des formes » et la réalisation rapide, courante, d’une forme et d’une couleur quelconques, grâce à la pratique familière du croquis et à l’observation de la nature; 2' former l’esprit en expliquant l’évolution de l’art et spécialement du nôtre, conjointement avec celle de l’histoire, de la littérature et des mœurs.
Ainsi, au sortir de vos cours d’adultes, vous deviendrez, mes chers petits amis, non pas des artistes, au sens « académique » du mot, mais des artisans avertis, des ouvriers d’élite, et vous. Mesdemoiselles, non pas des pédantes, mais des jeunes filles, des jeunes femmes douées d’un goût assez affiné et assez pratique pour créera peu de frais, sur vous, chez vous et autour de vous, la simplicité saine de l’ornementation et l’attrait familial de la beauté. El comme la joie ne doit jamais être égoïste, quand vous aurez fait votre chemin les uns et les autres, quand vous vous serez acquis une situation et un foyer agréables, je vous demanderai de songer à ceux et à celles qui viendront après vous, comme je vais le demander tout de suite pour vous à vos parents, à vos maîtres et à vos maîtresses.
C’est ici qu’intervient l’explication, la raison d’être de ma présence à cette cérémonie. Ce n’est pas au titre d’homme politique, ni d’ancien professeur, mais de président de la Société nationale de l’Art à l’École que je dois la faveur d’être
L’ART A L'ÉCOLE
au milieu de vous; et c’est à ce titre que je veux, en terminant, faire appel à votre esprit d’initiative, de propagande et à vos efforts généreux d’amis de l’école la'ique.
Fondée il y a neuf mois, sous le haut patronage de M. le président de la République, du ministre de l’Instruction publique, du sous-secrétaire d’État des Beaux-Arts, du Conseil municipal de Paris et du Conseil général de la Seine, qui vient de l’honorer d’une subvention dont nous le remercions vivement, la Société de l’Art à l’École » se propose de créer dans chaque école une atmosphère de goût, d’harmonie et de beauté; d’orner, d’embellir, de fleurir les locaux scolaires; de les égayer par des chants; de donner aux enfants le sentiment de la nature et des belles choses, en décorant les murs de couleurs claires, d’images lumineuses et fréquemment renouvelées ; en glorifiant sous leurs yeux et à leurs oreilles l’histoire illustrée de leur pays, de ses héros, de ses monuments, de ses sites, de ses costumes, et surtout de ses métiers !
Depuis la création de sociétés analogues en Belgique, en Hollande, en Angleterre, en Allemagne, en Suisse, les écoles primaires sont pour ainsi dire des conservatoires et de petits musées, grâce aux contributions volontaires des municipalités, des groupements d’anciens élèves et de leurs parents, devenus les bienfaiteurs de l’école qui fut leur bienfaitrice.
Sans aller jusqu’à peindre à fresques les murs de nos écoles communales, comme Anvers, ni éditer des séries de planches en couleurs des artistes locaux, comme Bruxelles, pourquoi nos grandes cités, et Paris la première, ne feraient-elles pas ce que firent d’abord Bruxelles et Anvers : prélever chaque année une portion, si infime soit-elle, sur le crédit pour achat d’œuvres d’art, et l’employer à la décoration intérieure d’une école ? Les toiles s’entassent parfois dans tes greniers des villes, les plâtres et les marbres encombrent les squares trop exigus, et les écoles où se forme la nation de demain demeurent çà et là maussades et désolées.
Nous connaissons assez le goût, le zèle, la compétence artistique de M. le directeur de l’Enseignement et des représentants de la ’Ville Lumière, pour être assurés que Paris prendra bientôt la tête de ce mouvement, qui entraîne la France tout entière vers l’Art à l’École, depuis Lyon, Tou-
L’ART A L’ÉCOLE
louse, Besançon, Lille, jusqu’aux plus petits villages des provinces les plus éloignées.
Mais le concours des municipalités ne suffit pas. Il faut intéresser à la vie et à la beauté de chaque école les ci-, toyens et les citoyennes qu’elle a gratuitement élevés et qui lui doivent le tribut de leur fervente gratitude. Mesdames, messieurs, vous qui connaissez les bienfaits et les récompenses de l'instruction, une fois retournés dans vos quartiers, autour de chacune de vos écoles, unissez-vous aux maîtres et aux maîtresses qui les dirigent et qui, sous la haute impulsion de M. Bédorez, vous donneront les indications nécessaires et les statuts de notre Société. Une cotisation de deux francs par an, ce n’est rien pour une famille. Multipliée par plusieurs familles, c’est beaucoup pour l’embellissement de la maison commune de vos enfants. Formez donc autant de sections de « l'Art à l'École •> qu’il y a [d’écoles existantes !
Contribuez, chacun selon ses moyens, tous avec une égale bonne volonté, à ce but idéal de l’éducation d’un peuple libre : faire aimer à l’enfant son école par le beau répandu en elle et autour d’elle, par la vision ou l’audition de belles œuvres comme celles que l’excellent inspecteur du chant, M. Chapuis, et ses collaborateurs viennent de nous faire entendre; parles fêtes scolaires et civiques dont rêvaient nos grands ancêtres de la Révolution ; par l’éclosion de véritables travaux comme ceux que nous allons couronner et qui affirmeront chaque année davantage la renommée artistique de Paris et la gloire la plus pure de la France et de la République! »
A la suite de cette cérémonie, la Société nationale de l’Art à l’École eut la joie de voir le Conseil municipal de Paris entrer dans ses vues, et décider notamment que certaines œuvres d’art inutilisées dans les réserves de la Ville seraient employées à la décoration des écoles après examen sérieux de leur qualité artistique et de leur appropriation possible aux milieux scolaires.
D’autres manifestations suivirent. Les statuts et premiers documents de la Société nationale ont trouvé
L’ART A L’ÉCOLE
place à l’Exposition franco-britannique de Londres (1908), dans la section de l’Instruction publique et des Beaux-Arts. Enfin la Société vient de tenir le premier Congrès national de l’Art à l’École, à Lille, du 5 au 8 juin 1908 (fêtes de la Pentecôte) pour y traiter des questions suivantes : l’architecture scolaire et la décoration extérieure de l’école. Rapports de l’art à l’école avec l’hygiène. Décoration intérieure de l’école. Les jardins à l’école. Organisation de l’enseignement de l’histoire de l’art dans les établissements de l’enseignement secondaire. Organisation de l’enseignement de l’histoire de l’art dans les écoles normales d’instituteurs. Formation du goût musical chez les enfants. Organisation de l’enseignement du chant dans les écoles primaires. Prononciation et déclamation. La question de l’art à l’école et l’avenir de l’art dans les démocraties modernes. Propagande générale, etc.
Il importe, en effet, de s’éclairer sur les nouveaux moyens de former l’éducation du goût pour maintenir la suprématie de l’industrie française. Comparer, juger, discuter ces moyens, propager les meilleurs est une œuvre de véritable éducation nationale à laquelle participeront tous les amis de l’enfance et de l’école. La nécessité de cette manifestation n’était pas douteuse. La nation entière se forme aujourd’hui par l’école qui s’améliore chaque année au triple point de vue du programme esthétique, de la construction et du décor. Les travaux et les vœux du Congrès, réunis et résumés, serviront à établir les premiers i Cahiers de l’Art à l’École » que réclament de toutes parts les éducateurs et les éducatrices de la jeunesse française.
vu
LE CONSERVATOIRE
Les réformes au Conservatoire.
Un décret et un arrêté organiques en date du 8 octobre 1905 ont réorganisé le fonctionnement du Conservatoire national de musique et de déclamation. Diverses mesures ont été prises depuis cette date pour compléter ou perfectionner cette organisation:
1“ Par décret du 3 novembre 1905, il a été créé deux emplois de professeurs supplémentaires de chant sans traitement. Ces professeurs remplacent de droit, suivant l’ordre de nomination, les professeurs titulaires avec traitement dont le poste deviendrait vacant.
A notre avis la nomination de professeurs supplémentaires sans traitement, mais avec garantie de succession à la prochaine vacance, ne paraît pas être, en principe, un procédé bien recommandable. Ce sera, parlai suite, ou tout au moins il est à craindre que ce ne soit un moyen de faciliter l’entrée au Conservatoire de personnalités secondaires et favorisées. Administrativement, il faut voir là un expédient, peut-être légitimé par des circonstances particulières ; il serait bon qu’on se gardât d’en faire une règle. L’abus est toujours proche de l’expédient prolongé.
2“ Par arrêté du 5 novembre 19Ü5 le nombre des classes de vocalisation et de chant a été porté de huit à dix.
3° Une instruction en date du 5 novembre 1905a pour objet de préciser la méthode à suivre pour l’enseigne-
LE CONSERVATOIRE
ment du chant. Elle modifie les conditions générales de cet enseignement sur quelques points essentiels ; la première année d’études sera consacrée entièrement à des exercices et vocalises, et il est recommandé d’étudier quelques morceaux italiens, avec vocalises, choisis parmi les meilleurs auteurs du xvii“ siècle particulièrement, car la facilité que donne la prononciation de la langue italienne pour l’émission vocale doit être considérée comme un excellent procédé gymnastique dans l’enseignement du chant.
Dès lors qu’on prescrivait le chant vocalisé sur des paroles italiennes « comme un excellent procédé de gymnastique vocale *, on aurait bien fait d’ajouter du même coup, le chant sur des paroles allemandes. Personne ne conteste « la facilité que donne la prononciation de la langue italienne pour l’émission vocale » ; mais on admettra quela langue allemande, avec la force de son accentuation, oblige le chanteur à une fermeté d’attaque et à une pureté de déclamation plus nécessaire aujourd’hui que jamais. Il suffit d’entendre les mélodies de Schubert et de Schumann et les parties vocales de Wagner en allemand et en français, pour s’apercevoir de la différence des accents. Sous prétexte que notre langue n’est pas accentuée (affirmation courante, mais sur laquelle il y aurait à discuter), on laisse les chanteurs prononcer à peine. Chose plus fâcheuse encore, plusieurs compositeurs apportent la plus regrettable négligence à l’observation musicale delà prosodie.
Voici une excellente mesure : L’obligation de choisir les morceaux de concours dans les ouvrages dont la première audition remonte à plus de trente ans ou à plus de dix ans est supprimée. Les maîtres et les élèves ont la plus grande latitude dans le choix des morceaux
LES RÉFORMES AU CONSERVATOIRE. 173
d’étude sous la seule condition, dont le Directeur du Conservatoire est juge, que ces morceaux présenteront quelque intérêt au point de vue musical.
4“ Par arrêté du 8 novembre 1905, le nombre maximum des élèves est porté de 10 à 12 dans les classes de violon (supérieures et préparatoires) et la prescription qui limitait à 4 au maximum le nombre des élèves femmes dans les classes d’instruments à archet, est rapportée.
5° Par arrêté du 50 novembre 1902, le nombre maximum des élèves est porté de 10 à 12 dans les classes préparatoires de piano, les classes de harpe, alto, violoncelle, contrebasse et instruments à vent.
6“ Le décret du 5 février 1906 crée une 6' catégorie de professeurs, les professeurs supplémentaires sans traitement, nommés par le Ministre dans les mêmes conditions que les professeurs titulaires, c’est-à-dire sur une liste de candidats comprenant deux noms au moins et trois au plus présentée par la Section compétente du Conseil supérieur d’enseignement. Aux deux professeurs supplémentaires de chant qui existent déjà, il ajoute un professeur supplémentaire d’une classe d’ensemble de diction lyrique. Un professeur de diction lyrique pour les chanteurs, c’est fort bien. Mais il serait bon de penser aussi à un professeur de prosodie appliquée à la musique pour les compositeurs. Plusieurs de nos musiciens croient prosodier correctement, et l’on ne voit que trop en lisant leurs partitions, qu’ils se doutent à peine de la qualité du système verbal, de l’accent fixe et de l’accent mobile, de l’accent périodique, des valeurs égales et des valeurs inégales dans une phrase française, par rapport à la notation musicale et au développement méthodique. Les Allemands se
LE CONSERVATOIRE
moquent volontiers de la manière des Français de prosodier contre La musique et malheureusement ils n’ont pas tort. 11 faut trouver le professeur en état de faire ce cours? Toute cette partie du culte de notre langue a été trop négligée. Raison de plus pour qu’on y pense !
7° Un arrêté en date du même jour crée cette classe et la rend obligatoire pour tous les élèves des classes de déclamation lyrique (opéra et opéra-comique).
8“ Un arrêté en date du 50 mars 1906 apporte quelques modifications au règlement organique.
Voici les principales ;
a) Le nombre maximum des élèves a été fixé à 15 dans les classes de contrepoint. Étaient seuls admis dans ces classes les élèves qui se destinaient à la composition et qui avaient déjà fait une année d’études dans une classe d’harmonie. On a ajouté que les aspirants qui ne rempliraient pas cette condition pourraient être admis s’ils possédaient les connaissances nécessaires et une aptitude suffisante pour justifier une exception.
b) Les aspirants aux classes de déclamation dramatique en âge d’être incorporés dans l’année justifieront qu’ils ont terminé leur service militaire actif ou qu’ils ont été ajournés ou réformés.
c) Les aspirants désignés par un vote spécial du jury pourront être appelés, par ordre de mérite, à remplacer non seulement les élèves qui viendraient à démissionner avant le 31 décembre, mais aussi ceux qui seraient rayés à l’examen de janvier par application des dispositions réglementaires.
d) Les élèves de nationalité étrangère des classes de solfège (instrumentistes) et des classes préparatoires de piano et de violon sont autorisés à concourir après leur première année d’études.
LES RÉFORMES AU CONSERVATOIRE
ei Les élèves qui ont moins de six mois d’études dans l’année ne peuvent être admis à concourir.
f) Les élèves qui sont entrés dans une classe de solfège après l’àge de treize ans, par suite de leur admission dans une classe d'instruments, seront rayés du solfège lorsqu’ils cesseront de faire partie de leur classe d’instruments, à moins qu’ils n’aient obtenu une mention à leur dernier concours de solfège.
9° Par décret du 3 avril 1906, voix délibératrice est conférée au secrétaire général du Conservatoire national dans les séances du Conseil supérieur d’enseignement, des Jurys d’admission, des Comités d’examen des classes et des Jurys de concours.
10“ Enfin, par un arrêté en date du 9 juillet 1906, la limite d’âge maximum pour l'admission dans les classes de déclamation est portée, pour les femmes, de 20 à 21 ans.
Les concours de l’Enseignement du chant au Conservatoire.
A propos de ces réformes et des concours du Conservatoire de 1906, l’érudit critique musical du Temps, M. Pierre Lalo, s’est exprimé ainsi, rendant un hommage mérité au directeur, sans ménager ses justes critiques à l’enseignement du chant proprement dit :
« Les concours de cette année sont les premiers auxquels préside M. Gabriel Fauré. Maintes personnes, les unes bienveillantes et les autres moins, attendaient curieusement cette occasion de juger la réforme accomplie au Conservatoire, depuis qu’avec un nouveau directeur une pensée nouvelle habite la maison. Mais le Conservatoire es une machine trop vaste et trop lourde, l’enseignement de la musique une discipline où la patience et la longueur de
LE CONSERVATOIRE
temps ont trop de part, pour qu’on les puisse métamorphoser en moins d’un an. La réforme ne s’y doit point traduire par un changement à vue, où il ne pourrait y avoir rien que de factice et de superficiel; elle doit s’exécuter lentement au fond des esprits et des méthodes : ses effets se manifesteront peu à peu. On aurait donc tort de compter dès aujourd’hui sur les concours pour révéler une transformation du Conservatoire. Mais on peut y discerner des .indices et des promesses de progrèSo
«... Il y a longtemps déjà que l’enseignement du chant est la partie la plus faible du Conservatoire. L’objet d’un bon enseignement du chant est d’abord de poser, de développer et d’assouplir la voix; puis, de donner aux élèves la diction et le style. Je ne parle point de la sensibilité, de l’émotion, du pathétique, qui sont des dons individuels : un professeur ne saurait les faire naître; il ne peut que leur préparer par l’éducation technique les moyens de se manifester. C’est précisément cette éducation technique qu’à notre époque le Conservatoire a paru incapable d’assurer aux jeunes artistes. Non seulement la plupart de ceux qu’il a depuis quinze ans présentés dans les concours avaient un style artificiel et faux, une diction sans fermeté et sans art; non seulement la souplesse et la virtuosité manquaient à leur chant; non seulement leurs vocalises étaient inégales, irrégulières ou « savonnées », mais les qualités matérielles les plus nécessaires leur faisaient défaut. Leurs voix n’avaient reçu aucun développement; on eût dit au contraire qu’elles étaient amoindries et appauvries : elles apparaissaient irrémédiablement petites, étroites, destituées d’ampleur et d’expansion. Enfin, ces voix mal développées étaient plus mal posées encore : elles tremblaient, elles chevrotaient déplorablement; incertaines, chancelantes, fragiles, elles semblaient à vingt ans, usées et fatiguées. En ces derniers temps, si Ton excepte quelques aimables talents d’opéra comique, les classes de chant du Conservatoire n’ont pi'oduit aucun élève véritablement remarquable, dans l’avenir de qui l’on puisse avoir foi. Les rares grands chanteurs que nous possédons aujourd’hui n’ont pas d’héritiers désignés : on ne voit paraître personne pour tenir leur place. Par qui seront interprétées plus tard les œuvres des maîti'cs? Il est temps d’aviser; sinon, un jour prochain
LES RÉFORMES AU CONSERVATOIRE
viendra où elles n’aurontplus d’interprètes du tout. Quelles sont les causes de cette décadence? Le changement qui depuis un quart de siècle s’est accompli dans l’art musical a-t-il eu pour conséquence de troubler l’enseignement du chant, d’en rendre la méthode incertaine et les principes indécis? Les professeurs ont-ils été déconcertés par la ruine de l’opéra meyerbeerien, qui fut l’éducateur de la plupart d’entre eux, et par l’avènement du wagnérisme, avec lequel ils n'avaient pas de familiarité! Ont-ils pensé, bien à tort, qu’à une musique nouvelle il fallait une nouvelle manière de chanter, et ne savent-ils plus ce qu’ils doivent enseigner! Oublieux de la tradition vocale des Italiens d’autrefois, qui formait des chanteurs parfaits; impuissants à créer une autre discipline pour la remplacer, sont-ils réduits par ignorance ou par désarroi à des expédients hasardeux! Chacune de ces raisons sans doute agit pour sa part; et toutes vont s’ajoutant l’une à l'autre, et l’une l’autre s’aggravant.
Oui, l’une des faiblesses de notre Conservatoire est l’éducation vocale. Pourquoi n’y a-t-il pas aujourd’hui un aussi grand nombre de chanteurs érudits qu’autrefois? D’abord le recrutement ne se fait guère par les directeurs des succursales de province et ne se fait plus par les inspecteurs des Beaux-Arts. Ceux-ci autrefois avaient pour mission non seulement de visiter les conservatoires des départements, mais encore d’aller au cœur m.ême du peuple, dans les orphéons, écouter les jeunes chanteurs; s’ils découvraient une belle voix, ils engageaient le chanteur à entrer au Conservatoire de sa ville et celle-ci lui donnait les moyens d’existence pour lui permettre de travailler son art. Les Conservatoires de province, succursales du Conservatoire de Paris, ont maintenu des subventions aux chanteurs jusqu’au jour où le Conservatoire a supprimé le pensionnat qui les recueillait. Les municipalités se sont dit alors avec raison : « Puisque Paris ne peut plus
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entretenir les artistes que nous avons élevés avec nos deniers, il est inutile de continuer des subsides que nous donnions jusqu’ici aux enfants du peuple. »
Ce crédit de bourses de pensionnat aux chanteurs a été divisé en une telle poussière d’allocations destinées à tant d’artistes, violonistes, clarinettistes, violoncellistes, etc., qu’il ne reste pour ainsi dire plus rien pour les chanteurs; et alors ceux-ci, ne pouvant plus se suffire, vont chanter quelquefois dans des cafésconcerts et gagnent leur vie comme ils peuvent au moment où ils ne devraient que s’instruire.
La suppression du pensionnat du Conservatoire, telle est donc la première raison de la décadence des études du chant. La seconde réside dans le nouveau règlement concernant l’entrée des élèves. Un élève chanteur homme ou femme ne peut pas entrer au Conservatoire s’il n’est âgé de dix-huit ans révolus. Autrefois, il n’existait pas de limite d’âge. Généralement les chanteurs qui ont parcouru une brillante carrière ont commencé très jeunes; il nous suffira de rappeler que MM. Lassalle, Maurel, Gailhard, Capoul sont entrés au Conservatoire à dix-sept ans tout au plus. Ces artistes avaient déjà débuté au théâtre avant que la loi militaire ne les appelât; et c’est aujourd’hui que tout le monde est soldat, qu’on vient d’édicter ce fameux règlement. Si un élève qui ne peut entrer qu’à dix-huit ans est obligé deux ans après d’aller faire son servicemilitaire, voilà ses études interrompues à peine commencées. Quand il revient pour les reprendre, il est trop tard; le larynx est trop vieux. Et encore autrefois y avait-il les maîtrises aujourd’hui supprimées, qui pouvaient former les enfants et d’où sont sortis presque tous nos grands chanteurs. Ainsi donc il est
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indispensable que l’on remanie à ce point de vue le règlement du Conservatoire et que l’on abaisse la limite d’entrée.
La même observation pourrait être faite au sujet de la limite d’âge pour les élèves du cours de déclamation : 16 ans pour les jeunes filles, 18 ans pour les hommes. Si Mmes Bartet, Samary, Reichemberg, qui fut sociétaire à 16 ans, n’avaient pu entrer au Conservatoire qu’à 16 ans comme aujourd’hui, où seraientelles? Où seraient aussi les Coquelin? Parmi les réformes oubliées dans les nouveaux règlements, il en est une à notre avis, indispensable, ce serait de rétablir comme autrefois pour les élèves l’apprentissage de la représentation des ouvrages en costume. Voilà une maison d’éducation théâtrale! Un artiste en sort et il ne sait ni comment on marche en maillot, ni comment on marche en manteau romain. Vous me direz qu’il apprend plus tard ces attitudes sur les planches. C’est du temps perdu qu’on aurait pu économiser dès le Conservatoire!
En terminant ce chapitre, nous voudrions appeler toute l’attention du public et de l’administration compétente sur deux très importantes observations présentées par M. Maret, dans son rapport de 1906.
C’est d’abord la nécessité absolue où devraient à l’avenir se trouver les élèves du Conservatoire t de ne plus esquiver les obligations, pourtant égales pour tous, de la loi sur l'instruction obligatoire ». Qui, en effet, n’a été frappé du défaut de culture générale et de culture artistique, de l’ignorance dont se targuent bon nombre de jeunes musiciens du Conservatoire, soucieux seulement d’acquérir une maîtrise technique à nulle autre comparable, de devenir tout uniment de
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prestigieux exécutants, des virtuoses merveilleux? 11 est à peine besoin d’indiquer les déplorables effets d’une telle mentalité; n’explique-t-elle pas suffisamment l’étroitesse d’esprit et la médiocrité conventionnelle des conceptions de ces jeunes gens, leurs erreurs, leurs méprises, [l’incertitude de leurs essais? Nul brevet, nul parchemin, nul certificat, voire le plus anodin, n’est exigé à l’entrée du Conservatoire. Mais, dira-t-on, au Conservatoire même, on se préoccupe de remédier à celte insuffisance de culture par des enseignements spéciaux? A part deux ou trois cours peu suivis, il n’en est rien. Les compositeurs ignorent et continueront d’ignorer la littérature générale, l’art, l’histoire, le théâtre et la mise en scène, etc. ; pour les autres catégories d’élèves, c’est le même abandon. Une technique constamment faussée, ressassée, spécialisée, et c’est tout. On ne s’avise point d’instituer, à côté des enseignements pratiques, un enseignement esthétique que l’absence à peu près générale d’instruction sérieuse rend pourtant indispensable.
En attendant que ces réformes nécessaires se réalisent, et que l’on distingue dans le Conservatoire les trois fins précises que M. Maret y démêle : une école pratique de hautes études musicales, une école de déclamation dramatique et de déclamation lyrique, une école destinée à former des compositeurs, des chefs d’orchestre, des professeurs, n’y aurait-il pas lieu, au moins en ce qui concerne le recrutement des élèves, d’instaurer une réglementation qui sauvegarderait les droits — par trop méconnus — de la loi sur l’instruction obligatoire? Il suffirait d’arrêter qu’à l’avenir les candidats, à quelque catégorie qu’ils appartinssent, ne pourraient être admis au Conservatoire
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que s'ils possèdent le certificat d’études primaires. Cela n’est rien, pensera-t-on, et qui donc n’a pas aujourd’hui cette anodine garantie d’instruction? Gageons au contraire qu’une telle mesure loin d’être inutile, contraindrait bon nombre d’enfants trop pressés à fréquenter un peu plus assidûment ces écoles primaires que, par une inconcevable fatuité, ils prétendent ignorer.
La reconstruction du Conservatoire.
Depuis que j'appartiens au Parlement, il ne s’est passé aucune discussion du budget des Beaux-Arts sans que les rapporteurs vinssent demander au Ministre compétent la démolition du Conservatoire et sa reconstruction sur remplacement de la caserne de la Nouvelle-France. Chaque fois le Ministre a promis son bienveillant concours, sauf à s’entendre avec son « excellent collègue » de la Guerre, détenteur de la caserne nationale. Nous avons attendu dix ans le résultat de cette conversation difficile entre civils et militaires. Aujourd’hui, — les deux Sous-Secrétaires d’État étant des civils, — espérons que l’entente sera tout à fait cordiale. Sinon, « il faudrait regretter que le Gouvernement ne fît pas au Conservatoire de musique une visite collective. Cette excursion serait moins lointaine que les voyages d’Algérie et elle amènerait d’utiles résultats. La reconstruction du Conservatoire s’impose ». L’invitation ainsi libellée date de 1899. Elle porte la signature de M. Dujardin-Beaumetz. M. Chéron, le sympathique Sous-Secrétaire d’État de la Guerre, doit cette visite à son aimable collègue des Beaux-Arts.
En attendant, allons-y voir nous-mêmes! C’est,
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comme vous savez, à deux pas, en plein cœur de Paris, faubourg Poissonnière, à proximité des théâtres auxquels se destinent nos jolies fauvettes. Entrons au Conservatoire! Voici le très aimable et très érudit souschef du Secrétariat, M. Constant Pierre, qui s’otfre à nous conduire à travers les couloirs et les salles de cette vieille bâtisse. C’est là, dans l’ancien hôtel des Menus-Plaisirs du Roi, qu’après une appropriation sommaire on ouvrit, en 1784, l’École Royale de Chant; elle comprenait une douzaine de classes pour quinze élèves, alors qu’aujourd’hui, sur ce même espace, on doit tenir plus de 80 classes et recevoir environ 700 élèves! Cédant aux longues et persistantes démarches du commissaire Bernard Sarrette, la Convention décréta l’installation, dans cet immeuble, de l’Institut national de musique, le 18 brumaire an II (8 novembre 1795), définitivement organisé le IG thermidor an III (5 août 1795), sous le nom de Conservatoire, et inauguré solennellement le 1" brumaire an V (22 octobre 1796).
Le discours prononcé en cette circonstance par Bei’nard Sarrette est assez curieux : « La Convention nationale, disait-il, a voulu, par ce grand établissement, donner à la musique l'asile honorable et l'existence politique dont une ignorance barbare l’avait trop longtemps privée. Elle a voulu créer un foyer reproducteur pour toutes les parties dont se compose cette science. Elle a voulu que, centre de l’étude de l’art, il renfermât des moyens assez étendus et assez complets pour former les artistes nécessaires à la solennité des fêtes républicaines, au service militaire des nombreuses légions de la patrie et surtout aux théâtres, dont l’influence est si importante au progrès et à la direction du bon goût »-
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M. Dujardin-Beaumetz, après avoir cité ce discours, dans son rapport de 1899, concluait : « Nous devons nous efforcer de réaliser la conception de nos anciens, adapter le Conservatoire aux besoins modernes et lui donner un bâtiment indispensable. » Les expressions de Bernard Sarrette et de M. Dujardin-Beaumetz, que je me suis permis de souligner, sont autant d’arguments à faire valoir pour la reconstruction du Conservatoire, auprès des pouvoirs publics.
Tout de même, en 1900, M. Georges Berger dénonçait « l’humiliation patriotique de montrer pareilles ruines aux professeurs et artistes étrangers que l’Exposition avait attirés à Paris ». Le mot ruines n’est pas trop fort. En effet, si, vers deux heures de l’après-midi, vous y voyez clair parmi les couloirs, c’est que vous avez de bons yeux. A tout événement, munissez-vous d’une lanterne, car l’éclairage au gaz est interdit, à cause des risques d’incendie. En moins d’un quart d’heure, ces boiseries vermoulues et ces minces cloisons seraient vite flambées? Vous me direz qu’icilavue importe peu. C’est l’oreille qui doit jouer le principal rôle. En ce cas, je vous plains encore ! Même en quittant les bruyants couloirs, si vous passez dans la cour intérieure du Conservatoire, ce n’est pas une harmonie, mais une véritable cacophonie que vous entendrez : des voix d’hommes et de femmes, ténors, barytons, basses, dominées par un concert tintamarresque de flûtes, de clarinettes, de bassons, de cors, de trompettes, de cornets à pistons; toute la foire de Montmartre! Et cependant, là-haut, les professeurs de fugue et d’harmonie, les élèves des classes dites € silencieuses » sont obligés de travailler. Pauvres martyrs!
Ne croyez pas que j’exagère. Je trouve aux archives