‹ Les beaux-arts et la nation; introduction de Paul Louis GarnierChapitre 22 sur 31 · LES · texte numérisé non relu

LES

MANUFACTURES NATIONALES

La Manufacture nationale de Sèvres

Le Conseil supérieur des beaux-arts chargé, en 1890, de procéder à une enquête sur le mouvement de la céramique en France et de déterminer la nature des services que l’industrie était en droit de réclamer à la Manufacture nationale de Sèvres, faisait appel tant aux représentants de l’industrie qu’aux amateurs et aux artistes les plus désignés pour l’éclairer de leurs avis. 11 posait ensuite les bases d’une organisation que devait définir et consacrer le décret du 15 dé cembre 1891.

A la fois établissement artistique, centre de recherches scientifiques et école supérieure, la Manufacture nationale de Sèvres devait êire soumise à un nouveau régime qui répondît à ce triple caractère.

D’un côté, la réunion des services scientifiques et de la fabrication devait, par des recherches incessantes et des essais continus, conduire à de nouvelles applications venant ouvrir un champ plus vaste à l’activité de l’industrie française. D’autre part, il ne fallait pas perdre de vue que, dans notre Manufacture nationale, la direction d’art devait toujours marcher de front avec la direction technique, par l’étude de motifs de décoration bien appropriés aux formes et par la création de modèles bien conçus par la matière employée. Afin de réaliser ce double dessein, on recommandait l’association plus intime aux artistes de l’établissement des artistes libres que la nature et la souplesse de leur

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talent désignait plus particulièremeni pour les applications décoratives.

Cette association devait s’étendre aussi aux sculpteurs de notre époque, car ils avaient les mêmes titres que leurs devanciers aux honneurs de la reproduction de leurs œuvres. Oui pourrait prétendre que l’emploi du biscuit, cette matière fine et délicate, convienne seulement à des œuvres mignardes, alors que, dès 1770, les sculpteurs de Sèvres composaient des modèles, sans se croire astreints à ne pas dépasser certaines limites dans les proportions à leur donner? Oui oserait dire que les auteurs de la Baigneuse, du Pygmalion et du Prométhée, Falconet et Boizot, s’égaraient lorsque, après les petits sujets, groupes et figurines, de la première époque du biscuit, ils osaient créer ces œuvres de plus haute envolée, avec lesquelles peuvent marcher de pairies modèles des maîtres de la statuaire moderne. Carpeaux, Paul Dubois, Falguière, Boucher, Cariés, Frémiet, Gardet, Larché, Léonard, Marqueste, Michel, Mercié, Rivière, Saint-Marceaux, Bottée, Chaplain, Roty, Vernon, etc., etc. ? Toutes les œuvres modernes éditées à Sèvres ne sont sans doute pas d’égale valeur. Mais c’est surtout à propos de celles qui ont été spécialement commandées pour la reproduction en biscuit de porcelaine qu’on a éprouvé le plus de mécomptes. Sans aller jusqu’à condamner le système des commandes, on peut dire que le choix à exercer parmi des œuvres connues et appréciées est encore le mode d’action le meilleur, parce qu’on connaît d’avance le résultat. C’est ainsi que, depuis six ans, plus de 500 modèles ont été reproduits et ({u’à côté du bénéfice d’un droit d’édition de 25 pour 100, les auteurs ont recueilli les avantages d’une

SEVUES.

publicité qui porte au loin le renom de la sculpture française.

Les gracieux modèles du xviii® siècle n’ont pas été pour cela abandonnés. On a pu en juger il y a peu de temps au Salon de la Société des artistes français, où l -2à groupes et statuettes étaient exposés. Cette rénovation des œuvres d’autrefois a été blâmée par lesuns, comme un retour en arrière, louée par les autres, comme une évocation d’une page charmante de l’histoire de l’art français.

Le programme élaboré d’après les indications du Conseil supérieur des Beaux-Arts a-t-il été bien compris et bien interprété? Voilà ce qu’il importe d’établir.

Les expositions de Sèvres, en 1900, à Paris et, en 1904, à Saint-Louis, ont déjà donné la réponse. Ce que nous avons à examiner aujourd’hui, c’est la suite de ce mouvement. Or, nous constatons que l’impulsion donnée n’a pas été ralentie; les recherches des laboratoires pour fournir à la fabrication, comme à la décoration, de nouveaux éléments, ont été poursuivies avec le même entrain. Sans qu’il soit besoin de raviver les souvenirs laissés par les deux grandes expositions que nous venons de rappeler, nous n’avons qu’à jeter les yeux autour de nous : au musée des Arts décoratifs, au musée municipal des Beaux-Arts, au musée Galbera, à Sèvres même, nous pouvons apprécier et juger, par les résultats obtenus, quels progrès ont été réalisés dans la décoration de la porcelaine dure, dans les perfectionnements apportés à la composition de cette nouvelle porcelaine, qui a permis à Sèvres de rivaliser avec les meilleurs produits de la Chine et du Japon, enfin par la création d’une pâte tendre n’ayant de commun avec l’ancienne que le nom, et qui seni-

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ble appelée, d’après les premiers essais, à un bel avenir.

Déférant à des vœux maintes fois exprimés de rester en contact permanent avec le public et de ne pas attendre les expositions universelles pour montrer les résultats de ses travaux, la Manufacture nationale présentait en 1905, au Salon des Artistes français, une collection de 125 œuvres de choix. Encouragée par l’impression produite, elle apportait au Salon de 1900 une série de plus de 200 pièces. A côté des grands vases d’ornement décorés à l’aide de la nouvelle palette des couleurs de grand feu, les llammés aux lueurs rutilantes et les cristallisations aux reflets soyeux venaient jeter leurs notes de pierres précieuses au milieu des pâtes tendres aux colorations' brillantes tempérées par la matité des grès et des biscuits.

Il suffisait d’étudier dans le détail cette collection d’œuvres variées pour se rendre compte qu’à divers points de vue notre Manufacture nationale ne s’immobilisait pas.

La faveur publique qui lui était revenue n’a pas cessé de la suivre dans sa nouvelle orientation. Nous en trouvons la preuve dans la marche ascendante des recettes, car le produit des ventes annuelles qui était tombé au-dessous de 55 000 francs, dépasse aujourd’hui 200 000 francs.

En résumé, la Manufacture nationale de Sèvres n’a guère cessé de progresser. Les explications que voici sur les travaux de la direction technique et de la direction d’art en fourniront, au besoin, la démonstration.

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