‹ Les beaux-arts et la nation; introduction de Paul Louis GarnierChapitre 9 sur 31 · L’ART DÉCORATIF A L’ÉTRANGER ET EN FR.\NCE · texte numérisé non relu

L’ART DÉCORATIF A L’ÉTRANGER ET EN FR.\NCE

s’efforçaient par là vers une originalité expressive, les artisans et les constructeurs, dans les pays voisins, ne souhaitaient guère qu’approprier aux besoins pratiques comme au caractère de la vie actuelle le décor extérieur et le cadre intime où se déroulait l’existence affairée de leurs contemporains. Tout comme au xviir siècle français, au temps de Diderot où nos styles répondaient si heureusement aux besoins de l’époque, c’est l’intelligence des nécessités présentes, l’intelligence de la meilleure adaptation aux conditions et aux vœux de la vie contemporaine qui a guidé et inspiré jusqu’en leurs moindres réalisations les décorateurs allemands et hollandais.

Ceux-ci ne se sont point posés en novateurs, en prophètes; ils ont compris leur temps et leur milieu, simplement. Comme ils ne s’étaient embarrassés d’aucun formulaire esthétique rigoureux, d’aucune conception volontairement nouvelle, ils ont pu, sans la moindre gêne, tenir compte des exigences, des particularités les plus prosaïques ou les plus expressives, inhérentes au milieu, à la société, au peuple dont ils interprétaient le cadre. Ainsi ils se sont trouvés d’accord avec le bon sens, la logique et le libre goût. En reflétant leur temps, en collaborant pratiquement à l’œuvre qu’il poursuit, ils ont bien vite gagné, si l’on peut dire, sa « confiance », et c’est là qu’il faut chercher la raison de la vogue qui s’attache à leurs multiples réalisations. » Vit-on jamais rien de plus opposé, de plus dissemblable, de plus inconciliable, à première vue, que ces « buildings » titaniques qui érigent leurs colossales architectures métalliques, à New-York et à Chicago, et ces modernes villas d’Amsterdam et de Berlin, intimes, accueillantes, dont l’ordonnancement intérieur égale en

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précision et en grâce les dispositions de la façade? Et pourtant, de telles constructions, que le goût français ne peut se résoudre à tenir pour vraiment harmonieuses, sont les unes comme les autres également logiques, également saines, également adéquates au milieu et à répoc{ue. A des yeux inhabitués comme les nôtres, les premières sembleront démesurées et froides, les secondes, frustes et trop familières peutêtre, car tel est notre attachement aux manières et aux fastes du passé, naguère logiques, qu’il nous est à peu près impossible de concevoir qu’un édifice ait la seule prétention de répondre strictement à sa destination, celle-ci fût-elle la plus ordinaire du monde.

La beauté, l’aisance et le succès des plus récentes réalisations architecturales à l’étranger — et la formule vaut pour toute la série des arts décoratifs — tiennent donc en ce qu’elles servent parfaitement les fins en vue desquelles on les avait imaginées. Le building de vingt-cinq étages, armé de fer, sobre, hardi, mathématiquement divisé, rehaussé d’ornementations simples et neuves, est bien l’édifice spacieux où seront à l’aise et dans un rapport précis les multiples services de telle banque, de telle maison de commission. L’harmonieux cottage que ce Berlinois a fait aménager sous les belles frondaisons de Charlottenbourg unit au confort la quiétude et la simplicité reposante. C’est alors merveille de voir comme, sous des latitudes différentes, pour des besoins divers, prévaut enfin ce rationalisme hors duquel toute construction moderne et tout art décoratif sont condamnés à l’erreur et au non sens. Pour avoir compris que les arts de la vie évoluent avec les aspirations et les activités de chaque époque et de chaque peuple, pour les avoir adaptés à ces

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