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PANCRÉATIQUE ET SA TENEUR EN MATIÈRE SÈCHE ET EN AZOTE

Pouvoir protéolytique

Matière sèche o/0

Azote o/o

SÉCRÉTION PANCRÉATIQUE

Excitation de la sécrétion pancréatique.

C’est Pawlow qui a établi le premier la corrélation qui existe entre les sécrétions gastrique et pancréatique. Pour lui, cette seconde sécrétion était due à un réflexe nerveux, résultant de l’innervation produite par diverses substances du chyme, et notamment son acidité. Cette manière de voir n’est plus acceptée à l’heure actuelle par les physiologistes. Bayliss et Starling ont, en effet, démontré expérimentalement que le système nerveux n’intervient point dans la sécrétion pancréatique, mais que celle-ci est provoquée uniquement par voie humorale, sous l’action d’une substance spéciale, la sécrétine , qui se trouve contenue dans l’intestin et qui normalement, au cours de la digestion, se répand dans le sang et vient exciter directement les cellules du pancréas.

Tout d’abord, cette sécrétine a pour origine l’intestin : si l’on fait macérer la muqueuse duodéno-jéjunale dans HCl étendu, de l’acide N/10, par exemple, et qu’après neutralisation on injecte dans les veines le liquide obtenu, on constate une sécrétion pancréatique abondante. Cette mise en liberté de la sécrétine se fait aussi in vivo ; en injectant de l’acide chlorhydrique étendu ou une solution de savon dans le duodénum d’un animal, on constate que son contenu intestinal, recueilli après un certain temps et injecté à un autre animal, provoque la sécrétion pancréatique. Il n’est même pas nécessaire d’injecter au préalable HCl ou une solution d’oléate de soude : le simple contenu duodéno-jéjunal d’un animal en cours de digestion, après filtration et élimination des albumoses et des peptones, peut, si on l’introduit dans le système circulatoire d'un animal, faire apparaître chez celui-ci une sécrétion pancréatique.

En second lieu, il est facile de montrer que cette sécrétine libérée, soit normalement, soit sous l’action de HCl, passe dans le sang avant de venir agir sur le pancréas. On constate, en effet, si l’on recueille le sang qui s’écoule des veines mésaréi-

TRYPSINE.

ques d’un animal en pleine digestion, et qu’on l’injecte à un autre animal à jeun, que ce sang détermine chez ce second animal une sécrétion pancréatique manifeste. De même, le sang prélevé dans des conditions identiques chez un animai dans l’intestin duquel on a injecté HG1 étendu ou une solution de savon, injecté ensuite à un second animal à jeun, provoque chez celui-ci une sécrétion pancréatique. Donc, la sécrétine provient de l’intestin et agit sur le pancréas par l’intermédiaire du sang. Enfin, la démonstration peut être complétée en établissant que la sécrétion artificielle provoquée par des injections de sécrétine est, au point de vue qualitatif et quantitatif, comme au point de vue de l’allure générale, tout à fait comparable à celle qu’on obtient dans la digestion normale.

Sécrétions normales et artificielles du suc pancréatique.

I. — Sécrétions observées pendant la digestion chez des animaux à fistule permanente.

Aliments.

Pain et lait Viande Pain et lait

Durée de la sécrétion.

Quantité de suc sécrété.

130 cc.

II. — Sécrétions provoquées chez des animaux à fistule permanente par introduction d’HCl dans l’ estomac.

Quantité d’HCl introduit. Durée de la sécrétion. Quantité de suc sécrété.

200 cc. à 5 %o lh. 50 138 cc.

III. — Sécrétions provoquées chez des animaux à fistule temporaire par introduction d’HCl dans le duodénum.

Quantité d’HOl introduit. Durée de la sécrétion. Quantité de suc sécrété.

210 cc. à $ °/oo 4 h. 10 59.2 cc.

IV. — Sécrétions provoquées chez des animaux à fistule temporaire par des injections répétées de sécrétine.

Durée de la sécrétion. Quantité de suc sécrété.

6 heures. 320 cc.

SÉCRÉTION PANCRÉATIQUE

En ce qui concerne la nature chimique de la substance excito-sécrétorielle, on ne sait que peu de chose. La sécrétine n’est pas un produit diastasique, car elle résiste à l’ébullition ; cependant, maintenue longtemps à 120°, elle se détruit ; les acides minéraux et les alcalis à 100° l’altèrent aussi très rapidement. Cette matière appartient évidemment au groupe albuminoïde, car la trypsine et l’érepsine la digèrent facilement et lui font perdre sa propriété spécifique. Cette action destructive de l’érepsine permet de comprendre pourquoi on n’obtient point de sécrétine quand on fait macérer les muqueuses dans de l’eau pure, et non dans de l’acide étendu : c’est que, dans le premier cas, le ferment protéolytique digère la sécrétine qui s’était déjà diffusée dans le liquide. Les choses se passent bien ainsi, car si l’on additionne une solution de sécrétine déjà préparée d’un extrait aqueux intestinal, on constate que le mélange, en quelques heures, perd considérablement de son pouvoir excito-sécrétoire.

La sécrétine préexiste dans l’intestin : elle ne s’y trouve pas à l’état de prosécrétine, que le traitement à HCl aurait pour effet de transformer en substance active, ainsi qu’on l’a cru quelque temps ; la meilleure preuve en est qu’on peut isoler cette sécrétine sans le concours de l’acide, en traitant la muqueuse duodénale par l’eau salée bouillante, par les solutions de peptone de Witte à 10 °/e, par les sels biliaires, par l’urée, par la presse même, etc.

Cette sécrétine agit sur les cellules pancréatiques uniquement par voie humorale. La sécrétion pancréatique normale, différant en cela de toutes les autres sécrétions, ne comporte aucun mécanisme nerveux. Sans doute, Popielski a montré que la macération de muqueuse duodénale, à côté de son pouvoir excito-sécrétoire, possède aussi la faculté de provoquer une action vaso-dilatatrice, d’où résulte un abaissement de la pression artérielle. Mais il a été établi depuis, par de nombreux expérimentateurs, que ces deux actions physiologiques ne sont pas sous la dépendance de la même cause ; on peut, en effet, au moyen de l’alcool absolu bouillant, séparer la

TRYPSINE.

sécrétine brute en deux substances, dont l’une provoque la sécrétion du pancréas sans abaissement de la pression sanguine et dont l'autre détermine cet abaissement sans influer sur le pancréas. La distinction est donc très nette (1).

Nous venons d’établir que l’excitation de la sécrétion pancréatique pouvait être réalisée par des injections dans le sang de sécrétine, ou encore en introduisant dans le duodénum certaines substances, comme les acides, les savons, les graisses neutres, l’éther, le chloroforme, le chloral, l’alcool, l’essence de moutarde, le chlorure de baryum, etc. Le plus souvent, le suc pancréatique, obtenu sous l’influence d’excitants, n’est pas directement protéolytique; c’est le cas notamment de celui qui s’écoule après des injections intestinales d’acide ou de macération de muqueuse duodénale dans HCl. Mais il peut arriver aussi que le suc qu’on recueille soit actif sur l’albumine d’œuf; c’est ce qui se produit quand on provoque la sécrétion par des injections de pilocarpine, de choline, ou même de peptone de Witte. Il est très probable que, dans ces cas, le mécanisme d’action est tout différent de celui étudié avec la sécrétine pure, ces corps n’agissant plus comme des excitants normaux, mais comme de véritables poisons de la cellule. Il est à remarquer, en outre, que la muqueuse intestinale n’est pas la seule source de sécrétine; on a constaté, en effet, que les macérations de foie, de cerveau, de rein, de thyroïde, de ganglions mésentériques, de testicules, etc., produisent aussi, dans des conditions déterminées, la sécrétion pancréatique.

Nous venons de voir que l’injection directe d’une solution de peptone, ou encore l’injection d’une macération de muqueuse intestinale faite dans une solution de peptone à 10%, provoque la sécrétion pancréatique. En fait, l’action n’est pas toujours aussi simple. Frouin a constaté, en effet, que si l’on emploie la peptone, non plus comme on vient de le dire, mais en l’ajoutant aux solutions d’acides minéraux ou organiques que l’on doit injecter, on obtient des résultats très différents. Avec HCl,

(l) On trouvera un exposé complet de la question, et toute la littérature s’y rattachant dan3 l’ouvrage tout récent de Terroine : La sécrétion pancréatique.

ZYMOGÈNE ET TRYPSINOGÈNE.

S04H\ N03H, la sécrétion est diminuée; elle est, au contraire, augmentée avec les acides tartrique, citrique, oxalique. Si l’on met comparativement à macérer de la muqueuse intestinale dans des solutions d’acides minéraux ou d’acides organiques, on constate que l’addition de 5 % de peptone à chacun d’eux a pour effet, dans le premier cas, de diminuer in vitro la formation de sécrétine (de là, le ralentissement dans la sécrétion pancréatique), tandis que, dans le deuxième, elle l’augmente sensiblement. Les résultats obtenus varieraient donc avec le mode d’emploi. Par contre, les hydrates de carbone, le maltose, le saccharose, et surtout le lactose, en solution à 10 à 20 % dans HCl à 3.6 °/00, augmentent nettement la sécrétion produite par l’acide chlorhydrique.

Zymogène et trypsinogène. — Entérokinase.

L’extrait de pancréas frais possède un pouvoir protéolytique très faible. Avec le temps et sous l’influence de conditions encore mal connues, ce pouvoir augmente, pour atteindre un maximum stable. Kühne a donné le nom de zymogène au corps inactif, qui se transforme ensuite en trypsine. La transformation du zymogène en trypsine a été attribuée par différents auteurs à l’oxygène de l’air. On a cru aussi pendant longtemps que la réaction acide favorisait cette apparition de la diastase protéolytique. En réalité, celle-ci peut être observée aussi bien en milieu alcalin qu'en milieu acide. Une solution de zymogène additionnée d’alcool fournit un précipité qui se montre très actif. Le pancréas des animaux tués en cours de digestion fournit un extrait susceptible d’être activé très rapidement. Au contraire, le résultat paraît être moins bon avec des pancréas d’animaux restés longtemps à jeun. Les extraits de pancréas de veau ou de chien s’activent en général assez facilement. Le pancréas de chat fournit, par contre, un extrait difficile à activer.

TRYPSINE.

Les extraits de pancréas faits dans la glycérine hydratée ou dans l’eau, l’une ou l’autre bouillie, se montrent inactifs ; l’eau non bouillie, ou légèrement acidifiée par l’acide acétique ou l’acide lactique, donne, au contraire, des extraits facilement actifs. L’activation s’accentue si l’on ajoute à ces liquides de l’extrait de foie ou des acides aminés.

Le suc pancréatique de l’homme et des animaux se comporte tout différemment des extraits de pancréas frais correspondants. Le suc pancréatique ne contient pas, lui non plus, de trypsine toute formée : il renferme un proenzyme qui ne s’active pas dans les mêmes conditions que le zymogène du pancréas. Kühne le considère donc comme différent du proenzymo du pancréas, et lui donne le nom de trypsinogène. Le suc pancréatique qu’on recueille à l’aide d’une fistule se montre quelquefois actif, tandis que, dans d’autres cas, il ne l’est pas. Pawlow a attiré l’attention sur cette anomalie, et, en collaboration avec Schepowalnikow, il a établi, en 1899, le fait, très important, que le suc intestinal augmente considérablement l’activité du suc pancréatique. En 1902, Delezenne et Frouin reconnurent que le suc pancréatique à l’état pur, recueilli avec précaution, par cathétérisme du canal de Wirsung, sur des animaux porteurs d’une fistule permanente, est toujours inactif sur de l’albumine coagulée, et que le suc intestinal n’intervient pas seulement comme un agent favorisant, mais comme un véritable générateur de la trypsine. Delezenne a donc établi que la trypsine se trouve dans le suc pancréatique sous forme de proenzyme et que c’est sous l’influence d’une substance active spéciale, contenue dans le suc intestinal, que ce proferment se transforme en trypsine. A cette substance active, découverte par Pawlow, on a donné le nom d 'entéro kinase. Elle paraît se rapprocher des ferments solubles, car un suc intestinal bouilli et filtré perd sa propriété d’activer le suc pancréatique. Par contre, l’activation se fait très rapidement avec un suc neuf à l’étuve à 38°.

Les données de Delezenne et de Pawlow ont été confir-

ENTÉROKINASE.

mées ensuite par Popielski, Hekma, Zunz, etc. Sur le mécanisme de l’action du suc entérique on a émis différentes hypothèses. Celle qui paraît le mieux fondée admet une action directe du suc intestinal sur la protrypsine, sans que celui-ci touche en rien aux matières albuminoïdes qui doivent être ensuite transformées. Cette activation du suc pancréatique résulterait donc d’une action diastasique spéciale, provoquée par un ferment sur un proferment. Le rôle de l’entérokinase se bornerait seulement à transformer le trypsinogène en trypsine, sans intervenir directement dans l’hydrolyse qui en résultera.

Entérokinase. — D’après ce qui précède, l’entérokinase est la substance active du suc intestinal, qui transforme le trypsinogène du suc pancréatique en trypsine. Elle se trouve en abondance surtout dans la portion duodéno-jéjunale de l’intestin, mais on la rencontre aussi dans les ganglions lymphatiques, dans les leucocytes, etc. D’après Dastre et Stassano, on obtient l’entérokinase par la méthode suivante : on sacrifie des chiens 5 ou 6 heures après un repas abondant de viande de cheval. On lave les intestins grêles et on râcle la muqueuse intestinale avec le dos d’un scalpel. Le produit obtenu par ce râclage est traité par une solution à 1.5 e/oo de C03Na2, on laisse quelque temps en contact, on filtre, et le liquide clair est précipité par de l’acide acétique. Le précipité est desséché à 40°, puis réduit en poudre. Ce produit contient l’entérokinase mélangée avec les nucléo-albumines précipitées par l’acide. 1 gr. d’entérokinase brute peut activer de 300 à 400 cc. de suc pancréatique après un séjour de 24 heures à l’étuve à 38°.

Le suc intestinal normal diffère sensiblement, d’après sa teneur en différents enzymes, d’une macération de muqueuse. Dans le suc intestinal, à côté de la kinase, on trouve de l'amylase et de la maltase. Dans le jus de macération on trouve, en outre de ces trois substances actives, de l’invertine et de la lactase. Ces deux dernières diastases proviennent des cellules de revêtement épithélial ou des débris de cellules mortes.

Zunz, pour étudier la marche de l’activation du suc pancréatique par l’entérokinase, se sert d’une solution à 1 %

TRYPSINE.

de poudre d’entérokinase dans une solution à 5 %o de C03Na*. Dans une série de tubes à réaction on verse 2 cc. de suc pancréatique non actif; on ajoute des quantités croissantes de solution d’entérokinase, et l’on complète le volume à 3 cc. au moyen d’eau physiologique. Dans les mélanges ainsi préparés, on plonge des tubes de Mett contenant du sérum sanguin ou du blanc d’œuf. On ajoute quelques gouttes de toluol et on abandonne le tout 24 heures à 38°. Voici les résultats trouvés :

Activation du suc pancréatique par l’entérokinase.

Quantité d’entérokinase en gouttes

Longueur d’albumine digérée, en millimètres

Sérum sanguin

Blanc d’œuf

Ainsi qu'il résulte de ce tableau, la quantité d’albumine digérée dépend directement de la quantité d’entérokinase ajoutée au suc pancréatique. Sans entérokinase, pas d’action protéolytique. Avec une goutte, on a digéré 2 millim., et avec une quantité double ou triple, on digère une longueur double ou triple d’albumine. Les solutions d’entérokinase chauffées pendant une demi-heure à 60° perdent une notable partie de leur pouvoir activant. Portées à 75°, elles sont complètement détruites. Le caractère diastasique de l'entérokinase se manifeste encore par ce fait qu’avec une quantité très minime de cette substance on peut activer, en prolongeant suffisamment

le temps de l’essai, des quantités considérables de trypsinogène. Il faut encore ajouter ce fait que la vitesse d’activation est, à très peu près, proportionnelle à la quantité de kinase employée.

L’entérokinase ne se trouve pas seulement dans le suc intestinal : c’est une diastase très répandue que Delezenne a signalée dans le venin de serpents, dans les champignons, notamment les amanites, et dans les microbes. Cet auteur a constaté, en effet, que si l’on ensemence du suc pancréatique avec du bacillus subtilis ou du bacillus mesentericus, le liquide, après que les microbes se sont développés, filtré sur bougie, a acquis un pouvoir protéolytique des plus manifestes. Néanmoins, la culture bactérienne, filtrée avant son mélange avec le suc pancréatique, ne lui confère aucun pouvoir. Enfin, Hougardy a constaté que dans le lait il y a une substance capable aussi d’activer le suc pancréatique, substance assez analogue à l’entérokinase de Pawlow. Elle est détruite par un chauffage d’une demi-heure à 75°, et porte le nom de lactokinase.

Activation du suc pancréatique par le calcium.

L’activation du suc pancréatique peut encore se produire en dehors de l’intervention de l’entérokinase. En 1905, Larguier des Bancels démontra que cette activation peut être déterminée par l’action combinée des sels minéraux et des matières colloïdes : à de l’albumine coagulée, imprégnée d’un colloïde, le bleu de quinoléine, il ajoutait du suc pancréatique inactif, additionné d’un sel alcalino-terreux, et il constatait que, dans ces conditions, on avait une solubilisation de l’albuminoïde. En réalité, le rôle du colloïde ne paraît pas indispensable; c’est du moins ce qui ressort des observations de Delezenne, qui, à la même époque, constata que l'activation du suc pancréatique peut se produire uniquement sous l’influence des sels de calcium. Voici comment cet auteur conduit ses expériences : Dans une série de tubes, contenant

TRYPSINE.

du suc pancréatique inactif, il ajoute des doses croissantes de chlorure, de nitrate et d’acétate de chaux; il amène au même volume et introduit de l’albumine coagulée dans les liquides. Tandis que le tube n’ayant pas reçu de calcium se montre intact, la digestion, au contraire, se poursuit très activement dans les autres tubes. On remarque cependant que le maximum d’effet se produit après un certain temps de contact entre le liquide et le sel de calcium et que l’addition d’un grand excès de sel est nettement défavorable à la réaction.

Ce rôle du calcium dans l’activation a été étudié de très près par Delezenne et ses résultats furent confirmés depuis par Zunz. De leurs expériences il résulte que les sels de calcium fournissent des résultats constants. Sans doute, on obtient, dans certains cas, une faible activation par le baryum, le strontium, le magnésium et le cadmium, ainsi que par certains acides aminés. Mais l’action de ces corps est peu régulière, et dans la plupart des cas incertaine. L’action des sels de calcium, tout en étant spécifique, dépend des ions métalliques contenus dans le liquide. Les doses équimoléculaires de différents sels de calcium ont la même action activante sur un même suc pancréatique, mais les doses activantes de calcium varient sensiblement avec la provenance du suc essayé.

La plupart du temps, le calcium, à raison de 5 %0, fournit l’action la plus favorable. Il faut remarquer que la plus grande partie de la chaux employée, et cela jusqu’à 80 %, sert à précipiter les carbonates et autres sels contenus dans le suc. La partie effectivement active sur le proferment est extrêmement petite. Gomme la précipitation des sels du suc peut aussi se faire par des sels de baryum, de strontium ou de magnésium, on peut arriver à l’optimum de l’action à l’aide d’une quantité très réduite de chaux, le reste du métal nécessaire étant remplacé par des alcalino-terreux divers. Voici d’ailleurs une observation qui témoigne la sensibilité très grande du suc pancréatique à l’égard du calcium. Ayant constaté que du suc pancréatique, complètement inactif sur la gélatine et l’albumine, porté dans un dialyseur de collodion ou de parchemin

végétal à l’étuve à 39°, ne tarde pas à acquérir une activité protéolytique très intense, déjà sensible au bout de 2 heures, on rechercha quelle était la cause de ce phénomène. Pozerski reconnut que cette activation était due à la petite quantité de chaux contenue dans la membrane. Il suffit, en effet, de décalcifier celle-ci par une trempe de 18 heures dans HCl à 1 %, puis de la laver pendant 6 heures dans de l’eau distillée, pour obtenir un dialyseur qui reste tout à fait dépourvu d’action sur un suc pancréatique inactif.

L’activation du suc par les sels de calcium n’est pas une réaction instantanée. Elle se déclare seulement à la longue et demande, en général, un temps égal à 6 ou 8 heures pour produire le maximum d’effet. Les sels de calcium, comme l’entérokinase. transforment le trypsinogène par voie de catalyse et ne prennent aucune part à l’action protéolytique de la trypsine formée. Ce point a été confirmé par les expériences de Zunz.

Activation du suc pancréatique par le CaCl2.

Longueur d’albumine digérée (Mett)

Liquides employés

Après 24 heures à 38«

Après 48 heures à 38°

Sérum

Blane d’œuf

Sérum

Biano d'œuf

1° Suc pancréatique, sans addition de CaCl2

Millimètre»

Millimètres

Millimètres

Millimètres

2° Suc pancréatique, additionné de CaCl2 pendant 2 heures

+ de 21

3° Suc pancréatique, additionné de CaCl2 pendant 2 heures, puis précipité par oxalate et filtré

4® Suc pancréatique, additionné de CaCl2 pendant 2 heures, puis précipité par oxalate, filtré et additionné de CaCl2

traces

5® On a laissé le CaCl2 agir pendant 12 heures, sans précipiter ensuite

6° On a laissé le CaCl2 agir pendant 12 heures, puis on a précipité et filtré

7° On a laissé le CaCl2 agir pendant 12 heures, puis on a précipité et filtré, enfin on a rajouté CaCl2. . .

TRYPSINE.

Dans le n° 1, le suc pancréatique n’est pas additionné de sel de calcium et l’action protéolytique sur l’albumine, sérum ou blanc d’œuf, est nulle même après 48 heures. Dans le n° 2, le sel de calcium a été ajouté ; il y a une action manifeste sur le sérum et l’ovalbumine. Dans le n° 3, on a laissé la chaux agir 2 heures seulement, puis on l’a éliminée : le suc se montre inactif. Au contraire, si on laisse le suc en contact avec la chaux pendant 12 heures, comme dans (6), on constate que le filtrat, après précipitation, est doué du pouvoir protéolytique. Il faut donc un certain temps pour que la chaux exerce son action. De plus, la non-intervention des sels de chaux dans l’action ultérieure de la trypsine déjà formée résulte encore de ce même essai n° 6. On constate, en effet, que le liquide, une fois activé, peut être débarrassé de la chaux sans qu’il perde son pouvoir protéolytique. En fait, la digestion est un peu plus faible dans (6) que dans (5), où la chaux est restée : mais cela tient à ce que le précipité d’oxalate de chaux formé a entraîné avec lui un peu de trypsine. La preuve en est que si l’on ajoute à nouveau au liquide filtré un peu de GaGl3, comme dans (7), on n’accroît pas sensiblement son activité. La très légère augmentation observée cependant tient à ce que le suc, même après 12 heures d’action de la chaux, contenait encore un peu de proferment.

Non seulement l’activation du suc pancréatique par les sels de calcium n’est pas instantanée, mais encore elle présente dans sa marche une allure très spéciale : après un certain temps perdu plus ou moins considérable, elle se produit toujours brusquement. Voici comment Delezenne a mis en évidence ce fait curieux : soit un suc pancréatique naturel et rigoureusement inactif, auquel on a ajouté une dose suffisante de Cad2 pour en déterminer sûrement l’activation et qu’on maintient à 40°. Si l’on prélève de temps en temps une fraction de ce mélange, qu’on l’ajoute à une solution de géla~ tine et que, après 10 minutes à 40°, on refroidisse le liquide à 10°, on constate que la gélification se produit, tant que le GaGl* n’a pas agi sur le suc pancréatique un certain temps, par exemple

4 h. 35. Si le prélèvement est fait après 4 h. 38, le tube de gélatine ne se prend plus par refroidissement. L'activation s’est donc produite brusquement, en l’espace de quelques minutes. Si l’on précipite la chaux avant que la diastase pancréatique soit activée, soit après 4 h. 15, par exemple, l’activation n’aura plus lieu; si l’on précipite la chaux après que l’activation s’est produite, la trypsine active conserve son pouvoir digestif.

Cette expérience montre une certaine analogie entre ce phénomène d’activation et la formation de la thrombine dans la coagulation du sang. En voici une autre, qui justifie mieux encore ce rapprochement. Delezenne a constaté, en effet, que l’activation brusque du suc pancréatique par les sels de calcium est profondément modifiée quand, au lieu d’exécuter les expériences dans des vases de verre, on prend des vases de verre paraffiné. Le CaCl2 n’agit plus qu’au bout de plusieurs heures. D’ailleurs, une fois que le suc est rendu actif, l’action, sur la gélatine, par exemple, peut aussi bien s’effectuer dans un tube paraffiné que dans un tube non paraffiné. C’est bien la nature physique de la paroi qui est en jeu, car l’expérience réussit aussi bien dans un tube de verre que de platine; l’activation, qui ne se produit pas dans un tube paraffiné, se déclare si l’on gratte en un point la paraffine de façon à mettre le verre à nu. D’ailleurs, un morceau de paraffine déposé dans un tube de verre n’empêche pas l’activation. Enfin, la paraffine peut être remplacée par de la cire, de la résine, de la vaseline, de l’huile, ou tout autre substance rendant la paroi non mouillable par l’eau. On le voit, ces faits sont tout à fait comparables à ceux déjà énumérés à propos de la coagulation du sang. Bien que, à l’heure actuelle, il soit difficile de se prononcer sur la cause de ces anomalies, Delezenne pense que des phénomènes d’électrisation de contact pourraient bien intervenir dans ces influences curieuses de la paroi.

Le calcium étant doué de la même faculté d’activer le suc pancréatique que l’entérokinase, on était en droit de se demander si le suc intestinal n’agit pas tout simplement en raison du calcium qu’il contient. Pozerski a nettement montré qu’il n’en

TRYPSINE.

était rien et que le suc intestinal agit surtout par son entérokinase, son calcium étant sous une forme organique, et probablement inactive. Ayant tout d’abord recueilli le suc sur des chiens porteurs de fistules de Thiry, il constate que la sécrétion, telle quelle, c’est-à-dire mélangée de nombreux débris épithéliaux et de leucocytes, renferme 0,0592 g r. Ga %0. Soumettant alors ce même suc intestinal, pendant 2 heures, à la centrifugation, il en sépare le liquide clair des parties insolubles. Pozerski constate que le liquide soigneusement décanté ne contient pas de chaux ou seulement des traces non dosables. Cependant, ajouté, à faible dose, à un suc pancréatique inactif, il se montre toujours très fortement kinasique. D’autre part, le dépôt formé par les éléments d’où dérive l’entérokinase est, au contraire, très riche en calcium. En moyenne, ce résidu, y compris le liquide encore interposé, contient de 0 gr. 106 à 0 gr. 265 %0 de Ga. Mais l’auteur ne dit pas si une pareille émulsion se montrerait capable d’activer le suc pancréatique.

Autres propriétés diastasiques du suc pancréatique.

Nous avons déjà signalé un certain nombre de caractères du suc pancréatique résultant des trois diastases principales qui le constituent. Voici quelques autres propriétés :

I. — Lorsqu’on soumet du suc pancréatique pur à l’action du calcium, on constate que le suc acquiert, en outre du pouvoir protéolytique, la propriété de coaguler très énergiquement le lait. Cette apparition de la présure, signalée par Delezenne, se fait exactement dans les mêmes conditions que celles qu’il avait déterminées précédemment à propos de l’activation de la trypsine. On retrouve ici la même allure dans le phénomène : après un temps perdu plus ou moins long, la réaction se déclare brusquement ; elle est influencée par la nature de la paroi, etc. La coagulation du lait, produite par le suc pan-

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