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DE L’ALIMENT

Heures

Quantité de suc sécrété par heure

Force digestive d'après Mett

Viande (100 gr.)

Pain (250 gr.)

Lait (600 gr.)

Viande (100 gr.)

Pain (250 gr.)

Lait (600 gr.)

De 0 à 1 heure

Totaux

Avec le pain, on observe une sécrétion très prolongée. La viande vient ensuite, tandis qu’avec le lait la sécrétion se trouve

VARIATIONS DANS LA SÉCRÉTION

arrêtée dès la 6e heure. En ce qui concerne le pouvoir digestif, on constate également des différences très marquées. En définitive, ce tableau nous montre que non seulement la quantité et la qualité du suc gastrique varient avec chaque aliment, mais que c’est en quelque sorte l’allure même de la sécrétion qui est caractéristique de chaque nourriture.

Influence sur la sécrétion pancréatique. — Si maintenant on fait l’étude de la sécrétion du suc pancréatique, grâce à une fistule placée dans le canal de Wirsung, on trouve encore la même sensibilité vis-à-vis de l’aliment ingéré. Mais ici la question est plus complexe. La dépendance porte en effet : 1° sur l’allure générale de la sécrétion, c’est-à-dire sur la rapidité avec laquelle le suc se déverse par heure dans l’intestin; 2° sur la quantité de suc sécrété, par unité d’azote, par exemple; 3° sur la teneur en ferments : trypsine, amylase et lipase.

Voici un tableau nous montrant cette influence de la nature de l’aliment sur la quantité et la composition du suc pancréatique sécrété :

Influence de l’alimentation sur la sécrétion pancréatique.

Aliments

Quantité de «uc produit

Pouvoir digestif (Mett) au carré

Quantité totale de

Trypsine

Amylase

Lipase

600 gr. lait .

250 gr. pain .

100 gr. viande

Nous voyons donc que pour le pouvoir protéolytique du suc pancréatique, on obtient le même ordre de classement qu’avec le suc gastrique. C’est le pain qui provoque le maximum de trypsine ; la viande vient en second lieu, et le lait ensuite. En ce qui concerne l’amylase, le pain en exige beaucoup, la viande, moins, et le lait, moins encore. Pour le ferment lipolytique, c’est le lait, riche en matière grasse, qui en nécessitera la plus grande quantité.

D’une façon générale, Pawlow et ses élèves ont observé

que l’activité protéolytique du suc pancréatique varie suivant les régimes auxquels sont soumis les animaux. Mais par quel mécanisme se fait cette adaptation ? Diverses explications pouvaient être données de ce fait. On pouvait tout d’abord penser que les différences d’activité observées dans les sucs recueillis par la méthode de Pawlow étaient dues aux variations de la sécrétion kinasique fournie par le lambeau de muqueuse intestinale que l’on a fixé à la peau avec l’embouchure du canal de Wirsung. Il n’en est rien : Frouin a montré que le suc intestinal recueilli, au moyen d’une fistule permanente de Thiry, chez le chien (carnivore) ou chez le bœuf (herbivore), possède, à volume égal, une activité kinasique sensiblement la même. D’autre part, le suc pancréatique d’un même animal soumis à des régimes différents, additionné de 1/20 ou 1/10 de son volume de suc intestinal, présente toujours sensiblement le même pouvoir digestif sur l’albumine; ce n’est donc pas sa teneur en trypsine qui varie. Voici un exemple :

I. — Suc pancréatique de chien nourri depuis 2 mois avec de la viande crue exclusivement, + 1/20 de son volume de suc intestinal filtré : le mélange digère 4 mm. tube de Mett en 15 heures.

II. — Suc pancréatique du même chien, soumis depuis un mois au régime du pain, + 1/10 de son volume de suc intestinal : le mélange digère 4 à 4.5 mm. tube de Mett en 15 heures.

Donc, égalité d’activité. Et comme, d’autre part, les animaux nourris au pain sécrètent 4 à 5 fois plus de suc que ceux soumis à la viande, il s’ensuit que, sous le régime pain, la sécrétion pancréatique totale peut digérer 4 à 5 fois plus d’albumine; s’il y a une adaptation, elle semblerait en sens inverse de celle qu’on aurait pu supposer tout d’abord. La justification des résultats trouvés par Pawlow, ainsi que l’a montré Frouin, réside vraisemblablement dans ce fait que les quantités minima de suc intestinal nécessaires pour conférer au suc pancréatique le maximum de pouvoir digestif, sont très différentes. Tandis qu’il suffit d’ajouter au suc sécrété sous l’influence de la viande 1/500 ou même 1/1000 de son volume de suc intestinal pour lui donner l’activité digestive maximale,

MÉCANISME DE LA SÉCRÉTION

il faut ajouter au suc sécrété par le pain 1/20 ou 1/10 de son volume pour arriver au même résultat. Ce fait nous montre donc bien que, s’il est vrai qu’à volume égal les sucs pancréatiques activés ont des pouvoirs digestifs égaux, ils n’en présentent pas moins une très grande différence d’activabilité sous l’influence des différents régimes.

Mécanisme de la sécrétion.

Nos organes, au cours de la digestion, fournissent des agents de transformation très différents qui se déversent sur les aliments au fur et à mesure que leur intervention est nécessaire. L’apparition de ces réactifs se fait successivement, dans un ordre rationnel. Tout d’abord, la nourriture se trouve diluée à l’aide de la sécrétion salivaire, qui, par sa réaction alcaline, atténuera l’acidité des aliments et fournira ainsi des conditions favorables à l’action de la ptyaline. D’ailleurs, pour permettre à cette diastase d’agir, la sécrétion stomacale subit un faible retard. Puis, après que les féculents ont subi une transformation suffisamment profonde, le suc gastrique apparaît avec sa réaction nettement acide, ce qui facilite grandement l’action de la pepsine. La quantité de suc qui est ainsi produite est proportionnée à la quantité de nourriture absorbée. La vitesse d’écoulement et l’allure générale de la sécrétion s’effectuent d’après un plan parfait et suivant les besoins réels. Dans cette phase du travail, la matière albuminoïde est transformée en albumose et en peptone. Le suc pancréatique achève alors la digestion des aliments azotés et des féculents, en même temps qu’il décompose les matières grasses. On constate dans l’intervention du suc pancréatique encore plus de précision, l’adaptation aux exigences du travail digestif, de la réaction de milieu et de tous les réactifs, se faisant cette fois d’une façon presque rigoureuse. Nous avons vu, en particulier, que, suivant l’aliment absorbé, il y a une différence dans la quantité et la

durée de la sécrétion, ainsi que dans les propriétés chimiques de ce suc.

Action mécanique. Impulsion psychique. — Voyons maintenant comment est réglé ce mécanisme merveilleux qui fabrique automatiquement, en quantités convenables, tous ces divers réactifs et les déverse judicieusement, au moment opportun. On a cru pendant longtemps que les sécrétions étaient dues à l'irritation produite par les aliments au cours de leur passage dans le tube digestif, et que l’action mécanique se manifestait ensuite, et surtout, dans l’estomac même. Le non fondé de cette manière de voir est maintenant établi. Les glandes stomacales et intestinales ne réagissent pas comme les glandes salivaires à l’égard des irritations mécaniques, et, d’autre part, Pawlow a démontré que l’introduction dans l’estomac de corps inertes, comme du sable, ou toute autre matière non alimentaire, ne modifie en rien, ni la sécrétion, ni même la réaction du milieu.

D’ailleurs, le fait que les actions mécaniques ne jouent aucun rôle dans l’élaboration des sucs digestifs avait déjà été mis en évidence autrefois par Bidder et Schmitt, qui avaient constaté, chez un chien muni d’une fistule stomacale, que l’écoulement du suc peut se produire par la simple vue de la nourriture, rien qu’en raison du désir de manger qu’elle provoque immédiatement. Cette observation est restée longtemps sans confirmation, bien qu’elle fût en concordance complète avec les données qu’on possédait alors sur la sécrétion salivaire. Reprise par l’école de Pawlow, elle lui servit de point de départ à toute une série d’études très approfondies relatives aux influences psychiques sur les sécrétions.

Nutrition inconsciente. — En adoptant des méthodes d’expérimentation très exactes et en se plaçant dans des conditions favorables, on a pu constater que les influences psychiques jouent un rôle de la plus grande importance. Si l’on donne de la viande à un chien muni d’une fistule et opéré de l’œsophagotomie, on n’observe pas seulement une sécré-

MÉCANISME DE LA SÉCRÉTION

tion abondante pouvant se prolonger pendant des heures entières, mais on peut aussi remarquer, chez des sujets sensibles, que la quantité de suc écoulé dépend de la nourriture, et aussi de la quantité de substances alimentaires qui se trouvent en présence de l’animal.

La vue de la viande provoque généralement une sécrétion plus abondante que la vue du pain, et, d’autre part, la vue d’une forte quantilé de nourriture détermine un écoulement de suc plus grand que celle d'une faible ration.

Sonotzky, en faisant subir pendant 5 minutes à un chien une pseudo-nutrition, a constaté que la sécrétion qui en résulte se prolonge pendant des heures entières. Sans doute, le maximum de l’effet correspond aux cinq premières minutes, mais il est à remarquer que la sécrétion est encore très sensible après 3 h. 1/2 et que son pouvoir digestif, à ce moment, est toujours élevé :

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