‹ Les catalyseurs biochimiques dans la vie et dans l'industrieChapitre 118 sur 209 · o HOl · texte numérisé non relu

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La dose d’acide la plus favorable est de 0.5 0/o. Le suc gastrique, contenant de 0.4 à 0.5 % HCl, doit par conséquent agir sur le pancréas de la même façon. L’expérience directe a confirmé cette manière de voir. Quand on introduit du suc gastrique dans l’estomac d’un chien à jeun, la séarétion pancréatique se déclare aussitôt et se prolonge pendant 2 à 3 heures. L’acidité de l’estomac est, comme on le voit, un facteur de première importance : c’est elle qui préside aux digestions gastrique et pancréatique. Dans la première, l’acide intervient directement, en favorisant l’action de la pepsine ; dans la seconde, son rôle, quoique étant indirect, est également capital, puisque c’est lui qui règle la sécrétion.

SÉCRÉTION PANCRÉATIQUE

Influence des matières grasses.— Dans l’action de l’huile sur le pancréas, on possède un exemple encore plus frappant d'un agent qui agit différemment sur les glandes pancréatique et gastriques. La matière grasse, on l’a vu plus haut, agit comme paralysant de la sécrétion stomacale, tandis qu’elle se montre d’une énergie très grande pour exciter le pancréas. Il résulte de là que cette substance, introduite dans l’estomac, provoquera, après 3 ou 5 minutes déjà, une sécrétion pancréatique qui se continuera des heures entières, tandis que l’estomac restera neutre, sans rien sécréter. La sécrétion, déterminée sous l’influence des graisses, diffère sensiblement de celle qui est fournie par les acides : dans la première on trouve, en effet, des quantités de lipase beaucoup plus considérables que dans la seconde. Les deux réactifs principaux du pancréas, les acides et les graisses, provoquent d’ailleurs des sécrétions différant non seulement par leur teneur respective en diastases, mais aussi par leur allure générale.

Influence du pain, de la viande. — L’action du régime alimentaire sur la sécrétion pancréatique a été étudiée par Wassilieff. Cet auteur a constaté que si l’on passe d’une alimentation au pain et au lait à une alimentation à la viande, la sécrétion pancréatique change, et cela au point de vue de son allure générale, et aussi de sa teneur en enzyme protéolytique.

Variation de la sécrétion pancréatique avec l’alimentaton.

Temps

Lait -+- Pain

Viande

en heures

Sécrétion par heure

Pouvoir

digestif

Sécrétion par heure

Pouvoir

digestif

15 cc.

72 cc.

Total

130 cc.

206 cc.

Ainsi donc, pendant que le chien est au régime lait+pain,

il sécrète en tout 130 cc. de suc en 6 heures et la force digestive était, dans les trois dernières, de 2 à 4.5. Le même chien, ayant passé à la nutrition carnée, fournit déjà une sécrétion pancréatique de 206 cc. dans le même temps, et, de plus, le pouvoir digestif a considérablement augmenté, puisqu’il est devenu, dans les trois dernières heures, de 5.25 au minimum à 6. 5 au maximum. On constate, d’ailleurs, avec le changement de régime, une variation correspondante dans le pouvoir amylolytique.

Variation du pouvoir amylolytique avec la nature de l’aliment.

Temps en heures

Pouvoir amylolytique

Lait + Pain

Viande

Pareille influence se retrouve dans la variation de la lipase. A un régime de graisse correspond le maximum de teneur en cet enzyme. La corrélation qui existe entre la composition du suc pancréatique et le régime se laisse souvent difficilement vérifier. L’individualité du sujet mis en expérience joue en effet un grand rôle. Le chien, qui a été maintenu longtemps à un certain régime, finit par sécréter un suc pancréatique d’une composition assez stable et indépendante jusqu’à un certain degré du changement de régime. Au contraire, le chien qui est habitué à une nourriture mixte et variée se montre beaucoup plus sensible. C’est, naturellement, sur un chien de cette catégorie qu’on doit étudier les changements de suc suivant les différents régimes.

Influence des alcalis. — L’influence prépondérante des acides sur la sécrétion pancréatique nous permet déjà de sup-

SÉCRÉTION PANCRÉATIQUE

poser que les alcalis joueront un rôle défavorable dans la sécrétion : effectivement, les sels alcalins exercent déjà cette action inhibitrice à des doses minimes. Voici quelques données, dues à Becker, sur cette influence : On introduit successivement dans l’estomac d’un chien, d’une part 250 cc. d’eau ordinaire, d’autre part 250 cc. d'eau alcalinisée à raison de 0.8 % de bicarbonate de soude, et l’on détermine, heure par

heure, la sécrétion pancréatique :

Temps.

Eau ordinaire.

Eau alcaline.

1 heure

D’ailleurs, Becker a démontré que l’action de l’alcali est très persistante et qu’elle se manifeste encore sur le pancréas longtemps après que l’eau alcaline a disparu de l’estomac. C’est ainsi qu’en donnant à un chien, d’une part un repas composé de lait et de pain, d’autre part le même repas, précédé, 2 heures avant, d’une absorption de 400 cc. d’eau minérale alcaline, on trouve les résultats suivants :

Influence de l’alcalinité sur la sécrétion pancréatique.

Temps

Repas composé de lait pain

Môme repas précédé 2 heures avant de 400 cc. eau alcaline

Repas de nouveau sans eau alcaline

1 heure

2 heures

Totaux. . .

Nous voyons ainsi, d’après la marche des sécrétions, que l’ingestion, 2 heures avant le repas, de 400 cc. d’eau alcaline, a eu pour résultat d’abaisser la quantité de suc sécrété de 25 % environ par rapport aux expériences témoins faites avant et après l’expérience type.

Si nous comparons maintenant l’action des agents chimiques sur les glandes stomacales et sur la glande pancréatique, nous constatons que l’alcali agit défavorablement sur les deux sécrétions, et que l’acide, au contraire, se montre indifférent sur la sécrétion gastrique, mais très activant sur la sécrétion pancréatique. Certaines peptones, l’extrait de Liebig, sont très favorables à la sécrétion gastrique; elles ne paraissent pas avoir d’action directe sur la sécrétion pancréatique. Les graisses, très défavorables, au point de vue gastrique, produisent au contraire une action stimulante sur le pancréas. L’eau agit sur les deux sécrétions, mais d'une façon indépendante ; en effet, la dose, qui est déjà active sur le suc pancréatique, est encore inactive sur le suc gastrique. Les hydrates de carbone, l’albumine, la viande cuite, sont sans action sur les deux sortes de sécrétions, mais ces substances deviennent actives par les produits de leur hydrolyse.

Parallélisme entre les glandes salivaires et les glandes stomacales et pancréatique. — Nous venons de voir que les glandes gastriques et pancréatique, indifférentes aux actions purement mécaniques, réagissent aux influences psychiques et chimiques. Ces deux facteurs paraissent à priori être d’essence très différente. On serait tenté d’admettre que l’innervation joue un rôle important dans l’impulsion psychique et qu’elle n’entre pas en jeu dans l’impulsion chimique. En réalité, ces deux facteurs ont la même origine. Les substances chimiques provoquent une sécrétion spécifique par leur action directe sur les muqueuses, la sensation produite étant transmise, par innervation, aux glandes ; une substance active introduite dans l’organisme par une autre voie que l’estomac restera donc sans action sur les glandes sécrétorielles. La vue de la nourriture, l’odeur, le désir même de manger, en un mot, l’appétit, excitent les nerfs sécrétoriaux par action psychique; une excitation analogue est provoquée par certaines substances alimentaires sur les muqueuses stomacales : c’est l’action chimique. On se trouve en présence d’un mécanisme d’innervation, semblable dans les deux cas,

SÉCRÉTION PANCRÉATIQUE

mais agissant différemment, tant au point de vue quantitatif que qualitatif. En ce qui concerne l’action chimique, l’innervation produite par certaines substances se porte de préférence sur les glandes sécrétorielles qui fournissent de l’eau et des substances minérales ; d’autres substances, au contraire, provoquent une sécrétion plus faible en liquide, mais elles atteignent les réserves des enzymes et amènent ainsi dans les sucs, suivant le cas, telles ou telles diastases. Dans les sécrétions spécifiques, ce sont les extrémités périphériques des nerfs centripètes des muqueuses stomacales et intestinales qui reçoivent la première impression, et celle-ci est ensuite transmise aux glandes correspondantes. La différence dans la qualité des sucs obtenus s’explique par ce fait, que l’action des différentes substances est élective et qu’elle se porte sur l’un ou l’autre des filaments nerveux, auxquels correspondent des sécrétions spécifiques.

Il résulte des travaux de Glinsky et Wulfson que l’observation faite à propos des glandes stomacales se rapporte aussi aux glandes salivaires. La sécrétion salivaire qui est provoquée par une action mécanique diffère de celle qui est produite par l’action psychique. En outre, on peut constater une sécrétion spécifique correspondant aux différents agents. Les glandes salivaires fournissent une sécrétion qui agit, suivant les cas, par ses propriétés physiques, chimiques et physiologiques. Sans doute, la salive agit sur les matières amylacées par la substance active, la ptyaline, qu’elle contient. Cette action chimique, qui commence dans la bouche et qui se continue pendant quelque temps dans l’estomac, est loin d’être complète, ni même profonde. Le rôle de la ptyaline, au point de vue de la saccharification, est donc très peu considérable. Mais la salive agit avant tout par son alcalinité, et surtout par son action physique. Les substances solides introduites dans la bouche se trouvent réduites en bouillie ou dissoutes, les matières insolubles sont englobées dans une masse visqueuse qui subira facilement la déglutition; c’est grâce à la salive qu’un véritable tamisage se produit entre toutes les substances

qui entrent dans la bouche, celles qui sont étrangères à la nutrition se trouvant décelées et bientôt instinctivement rejetées.

Pour produire ces multiples fonctions, les glandes salivaires possèdent un système d’innervation très complet, et même plus perfectionné que celui des glandes stomacales. Suivant les besoins, la salive devient plus liquide, plus abondante ou plus concentrée et plus gluante. La salive qui se déverse sur la viande changera de nature aussitôt que la muqueuse buccale rencontrera un autre corps, alimentaire ou non. En définitive, il existe donc un parallélisme complet entre l’innervation qui se produit sur les glandes salivaires et celle qui intéresse le tube digestif.

Il convient encore de signaler que la salive, d’après Frouin, aurait sur les glandes stomacales un pouvoir sécrétoriel propre. Cet auteur a constaté, en effet, que l’ingestion à des chiens de salive de chien ou de vache augmente beaucoup la quantité, ainsi que l’acidité et le pouvoir digestif du suc gastrique. Voici les résultats de deux expériences : la première porte sur un chien à petit estomac isolé; on introduit dans son grand estomac, régulièrement pendant 7 jours, 500 gr. de viande crue, et l’on trouve que le petit estomac sécrète en moyenne 58 cc. de suc en 9 heures. En ajoutant aux 500 gr. de viande 100 cc. d’un mélange de salive parotidienne et sousmaxillaire de chien, le petit estomac a fourni 74 cc. de suc dans le même temps. De plus, la sécrétion est plus active dans la première heure et se prolonge davantage. Si la quantité de salive est de 200 cc., la sécrétion en 9 heures est de 82 cc. L’autre expérience porte sur un chien à estomac séquestré. L’animal est soumis à un régime composé de viande et de riz -F 5 gr. NaCl par jour. La sécrétion est de 385 cc. en moyenne par jour. Si l’on introduit 100 cc. de salive parotidienne et sousmaxillaire de chien, la sécrétion devient 482 cc. Si l'on met au contraire 100 cc. de salive parotidienne de vache, la sécrétion devient 500 cc. Il est bon d’ailleurs d’ajouter que cette augmentation manifeste de sécrétion n'est pas due, ainsi que Frouin s’en est assuré, à l’alcalinité de la salive.

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