CHAPITRE II
Trypsines d’origines diverses
Trypsines et protéases animales
Trypsines animales. — En dehors du suc pancréatique des Vertébrés, où la trypsine a tout d’abord été découverte, on peut dire que cet enzyme protéolytique se rencontre dans toute l’échelle des animaux. On doit à Krukenberg un certain nombre de travaux dans lesquels il établit la présence d’un ferment protéolytique, travaillant en milieu neutre, chez les Spongiaires, les Ecbinodermes, les Insectes, les Crustacés, etc. Fredericq et Grofithus signalent la présence de la trypsine chez plusieurs invertébrés. Sellier constate dans le suc digestif des Céphalopodes une protéase donnant avec la caséine du tryptophane : toutefois, cette diastase travaille surtout bien en milieu légèrement acide : 1 à 2 %o HCl. Boussoure a reconnu dans les intestins de différents insectes de la famille des Coléoptères, la présence d'un enzyme protéolytique dissolvant la gélatine à 5 %> mais sans action appréciable sur l’ovalbumine coagulée. Cette diastase se rencontre en plus grande quantité chez les Dytèques, insectes franchement carnivores, que chez les Mélolonthiens, qui sont nettement insectivores.
Mesnil, en étudiant la digestion intracellulaire des Actinies, a signalé une trypsine spéciale, Yactino-protéasc, dans les filaments mésentériques de cet organisme. De même, Mouton, dans ses recherches sur les Amibes, a décrit un enzyme digestif, Yamibo-diastase, tout à fait comparable à la trypsine. Ce dernier auteur a isolé du sol une espèce d’amibes qu’il a pu obtenir en culture mixte, associé à une seule espèce microbienne : le bact. coli. Par centrifugation des amibes et digestion du dépôt dans la glycérine, Mouton obtient un
PROTÉASES ANIMALES.
liquide diastasique qui, traité par l’alcool, donne un précipité qu’on peut redissoudre dans l’eau et qui renferme l’amibodiastase. Celle-ci a une action protéolytique très nette qui la rapproche de la trypsine, tant par sa réaction optima que par les produits de son activité. En effet, l’amibo-diastase gélifie la gélatine, quoique l’action s’arrête aux albumoses. La réaction de milieu doit être comprise entre la neutralité à la phénolphtaléine et la neutralité au tournesol. La diastase est sensible à l’action de la température : à partir de 54°, son activité est très atténuée, et à 60°, elle disparaît complètement. L’amibodiastase agit bien sur la fibrine; elle se fixe sur elle, comme le font généralement les diastases qui attaquent cette substance. L’action est poussée plus loin qu’avec la gélatine : on obtient les produits de fermentation trypsique : tyrosine et tryptophane. Sur l’albumine coagulée, l’action, quoique nette, reste toujours faible. Au reste, toutes ces actions sont bien dues à la diastase considérée, le coli-bacille étant un microbe qui ne sécrète que peu ou pas d’enzyme protéolytique.
Protéases animales. — Tous les éléments de la série médullaire contiennent une protéase très active. Depuis les travaux d’AcHALME, en 1899, puis ceux de Müller et Jochmann, en 1906, on peut affirmer l’existence d’un ferment protéolytique dans les globules blancs. Si, par exemple, on met une goutte de sang provenant d’une leucémie myélogène sur des plaques de Loeffler préparées avec du sérum de bœuf coagulé et maintenues à l’étuve à 65°, on voit se former, après 24 heures, des cupules de dépression là où le sang a été déposé ; cette attaque est due à un ferment appartenant aux polynucléaires. Fiessinger et P.-L. Marie ont mis en évidence un pareil ferment dans les éléments figurés du pus : cette protéase, qu’ils ont isolée, digère très bien l’albumine à 10 % dans l’eau distillée; elle pousse l'hydrolyse jusqu’à la formation d’acides aminés, de leucine et de tyrosine. Elle agit de préférence en milieu alcalin, et son action est seulement enrayée par de fortes doses d’acide acétique. Elle n’est pas détruite par le formol à 10 %, mais le chauffage à 75° pendant 20 minutes suffit à la rendre inactive.
TRYPSINES D’ORIGINES DIVERSES.
Les mêmes auteurs, en examinant le liquide céphalorachidien de plusieurs méningites cérébro-spinales à méningoccoques, ont constaté que les éléments figurés de ces liquides possèdent un très fort pouvoir protéolytique. Ils ont isolé la protéase de ces polynucléaires et lui ont trouvé des propriétés très voisines de celles de la protéase du pus. En outre, ces auteurs ont observé un fait très intéressant : c’est que le sérum antiméningococcique contient, comme d’ailleurs le sérum normal de l’homme ou du cheval, un antiferment capable d’entraver très fortement l’action de la protéase leucocytaire. Cette inhibition peut se produire in vivo , les injections intra-rachidiennes de sérum antiméningococcique déterminant très rapidement une baisse considérable du pouvoir protéolytique des polynucléaires, en même temps que leur nombre diminue. Comme, d’autre part, il est démontré que l’injection de ferment protéolytique provoque dans l’organisme une réaction aiguë et fébrile, analogue aux réactions générales des méningites aiguës, Fiessinger et Marie se demandent si dans cette maladie il n’y aurait pas, en plus de l’affection microbienne, une auto-intoxication,due aux protéases des polynucléaires en voie de cytolyse et si l’efficacité du sérum antiméningococcique ne tiendrait pas autant à son rôle antibactérien qu’à son action antifermentaire. Cette opinion serait d’ailleurs appuyée par cette observation, que la simple injection intra-rachidienne de sérum non spécifique produit déjà une amélioration nette et rapide des méningites cérébro-spinales à méningococciques.
Protéases végétales.
Les premières indications sur la présence d’enzymes protéolytiques dans les graines ont été fournies par Gorup- Besanez. Celui-ci a constaté en eflet dans le malt, le chanvre, le lin et la vesce, l’existence de substances actives dont l’activité se manifeste aisément en présence de 0.2 •/<, HCl. Green a
PROTÉASES VÉGÉTALES.
étudié diverses trypsines végétales, notamment celles qu’il retire des cotylédons du Lupinus hirsutus et de l’endosperme du Ricinus communis. Avec le lupin, l’étude a porté sur des graines germées pendant 4 jours. Green sépare alors les cotylédons, qu’il traite par de la glycérine. L’extrait obtenu se montre actif en Iprésence de 0.2 % HCl ; la digestion de la fibrine donne alors des peptones, de la tyrosine, de la leucine. La température optima est de 40°. Avec 0.5 °/0 de NaOH, le ferment protéolytique est détruit. Le NaCl se montre défavorable vis-à-vis de cette diastase. L’extrait glycériné de graines non germées est inactif ; mais si l’on additionne la glycérine d’HCl et qu'on laisse le tout quelque temps à 40°, on constate que l’extrait devient actif : ces graines contiennent donc normalement un proferment qui se décompose au cours de la germination, ou simplement par l’action de l’acide.
Les données de Besanez, confirmées et complétées par Green, ont rencontré beaucoup de contradicteurs. Le travail de peptonisation dans les graines mêmes, c’est-à-dire la transformation des matières albuminoïdes pendant la germination, a été attribué par certains à l’activité purement vitale. Les travaux de Fernbach et Huber, de Weiss et surtout ceux de Butkewitsch, ont définitivement établi l’existence de ces protéases végétales qui donnent de la tyrosine, de la leucine et d’autres produits d’hydrolyse profonde. Butkewitsch a expérimenté sur un certain nombre de plantules de lupin, de vesce et de ricin. Ayant fait germer du Lupinus angustifolius, il dessèche à 40° les jeunes plantes et les abandonne ensuite pendant 12 jours à l’autodigestion en présence d’eau additionnée de thymol. Le témoin est constitué par les mêmes graines, soumises préalablement à l’ébullition :
{Voir tableau comparatif, page 426.)
Dans l’essai témoin, il reste, après les 12 jours d’étuve, 4.96 % d’azote insoluble. Au contraire, dans les graines non bouillies on en trouve 3.40. L’action digestive a surtout pour eflet d’augmenter la proportion d’azote non précipitable par l’acide phosphotungstique, azote qui passe de 0.56 à 1.72 %.
TRYPSINES D’ORIGINES DIVERSES.
Autolyse de graines de lupin germées.
Éléments dosés
Témoin
Après une autodigestion de 12 jours à 40°
Substance employée
10,5063 gr.