CHAPITRE PREMIER
THROMBINE.
Préparation de la thrombine et du fibrinogène.
Le sang des mammifères, à sa sortie des vaisseaux, reste, suivant les conditions, de 5 à 10 minutes liquide, puis, assez brusquement, se transforme en une gelée qui, après un certain temps, se contracte, pour donner un caillot rouge baignant dans un liquide clair, transparent, appelé sérum. Le caillot est constitué par de la fibrine, qui englobe dans son réseau filamenteux les globules sanguins, hématies et leucocytes.
La vitesse de coagulation varie beaucoup avec l’espèce de l’animal. Le sang de cheval, en particulier, qui se coagule assez lentement, se prête, à cause de cela, mieux que tout autre à l’observation du phénomène. Quand on abandonne ce sang à une température de 5 ou 10°, on voit bientôt se déposer au fond du vase les globules rouges, qui sont nettement plus denses que le liquide environnant. Puis sur cette couche vient se superposer une seconde, constituée par des cellules gris jaunâtre, qui sont les leucocytes. Le liquide sanguin, séparé des éléments figurés, est ce qu’on appelle le plasma. Le plasma,
THROMBINE.
fortement coloré en jaune, reste encore quelque temps liquide, puis il s’épaissit, se prend, enfin se rétracte en formant un caillot d’où exsude le sérum.
La coagulation du sang, que nous venons de décrire, due à l’apparition de fibrine concrète, résulte de l’action d’un enzyme spécial sur certains albuminoïdes du sang. La diastase qui intervient dans ce travail a été décrite par différents auteurs sous des noms très variés : surtout dans la littérature allemande, on l’appelle fibrin- ferment ; Duclaux a adopté le terme de plasmase; mais on la désigne aussi par les noms de fibrinase, de thrombine, ou même de thrombose. Nous adopterons le terme de thrombine, parce que, en raison des différentes théories émises sur la coagulation, il prête moins que tout autre à la confusion.
La thrombine a été découverte par Buchanan en 1835. Get enzyme, ou plutôt une des parties constituantes de cet enzyme, se trouve en abondance dans les globules blancs du sang; mais on la rencontre aussi dans les globules rouges, quoiqu’en proportions beaucoup moindres, ainsi que dans de nombreux tissus. Elle existe dans la lymphe, qui a sensiblement la même composition que le sang, et se retrouve dans le pus, qui est une sorte de sérum où baignent des globules blancs ayant subi la dégénérescence graisseuse. Much a constaté la présence de la thrombine dans le staphylococcus aureus, et Higuchi a isolé ce ferment, à l’aide d’eau physiologique, dans la pulpe de placenta.
Pour obtenir la thrombine, on peut se servir soit d’une macération de leucocytes, soit d’extraits de muscles ou de ganglions lymphatiques. Schmidt a le premier isolé le ferment, du sang défibriné, par la précipitation à l’alcool. A une partie de sérum il ajoute vingt parties d’alcool. Il se forme un précipité de matières albuminoïdes qui entraîne la thrombine. On laisse le contact avec l’alcool se prolonger deux ou trois mois, ce qui rend le coagulum à peu près entièrement insoluble dans l’eau. On filtre alors et l’on dessèche le précipité dans le vide sulfurique. En le reprenant par l’eau tiède, on dissout la diastase sans toucher beaucoup aux albuminoïdes. La solution ainsi