de muscle
Il y a donc dans le muscle environ 10 fois et dans le poumon 3.7 fois moins d’érepsine que dans le rein. Dans l’intestin grêle même, l’érepsine n’est pas uniformément répartie. C’est surtout dans le jéjunum qu’elle est abondante; on en trouve très peu dans le duodénum. On a aussi constaté la présence d’érepsine dans différentes graines, ainsi que dans la farine de froment. On en a trouvé dans les feuilles de Brassica oleracca et dans plusieurs champignons, notamment le glamerella ruformaculans et le sphoeropsis molorum.
Au reste, pour déceler la présence de cet enzyme dans les organes, on met à profit la propriété qu’elle possède de se fixer très facilement sur la fibrine, et surtout sur l’élastine : c’est cette dernière substance qu’on emploie de préférence dans ces sortes de recherches.
Préparation et propriétés. — Le moyen le plus employé pour se procurer l’érepsine consiste à partir d’un intestin grêle de chien sacrifié en pleine digestion. Après avoir lavé l’intestin, on racle la muqueuse, on broyé avec du sable le produit obtenu, et l’on met à macérer quelque temps le magma dans de l’eau physiologique additionnée de toluol ;
2 parties de liquide de macération sont alors additionnées de
3 parties d’une solution de sulfate d’ammoniaque saturée. On laisse déposer le précipité et l’on filtre : le coagulum est ensuite délayé dans l’eau et débarrassé du sulfate d’ammoniaque par dialyse. On obtient finalement, après filtration, une solution du ferment ne renfermant qu’un peu d’albuminoïdes.
Blood a réussi à préparer l'érepsine au moyen du Brassica oleracca. Les feuilles étoilées sont réduites en pâte et pressées. Le suc, additionné de toluol, est dialysé contre de l’eau, puis
PROPRIÉTÉS
précipité par le sulfate d’ammoniaque. Le coagulum est recueilli après 24 heures, dissous dans l’eau, puis dialysé à nouveau jusqu’à disparition de tout le sulfate. Il reste un liquide neutre au tournesol et très riche en érepsine.
La muqueuse de l’intestin grêle desséchée peut aussi servir comme source d’érepsine. Le tissu est déshydraté par l’alcool et on le dessèche finalement sur de l’acide sulfurique. Le produit obtenu supporte la température de 100° pendant plus d'une heure sans s’altérer et se montre très actif.
L’érepsine n’agit pas sur les matières albuminoïdes naturelles, telles que l’albumine, la fibrine, l’édestine, mais elle se montre active sur les albumoses et les peptones. Elle décompose facilement les deutéro et les proto-albumoses, mais les hétéroalbumoses sont déjà beaucoup plus résistants. Cette diastase transforme également la caséine et l’histone du thymus. L’érepsine donne son maximum d’effet en réaction neutre ou très faiblement alcaline : elle se montre, en effet, beaucoup plus sensible à l’alcalinité que la trypsine. En outre, la réaction acide lui est tout à fait contraire : déjà, dans un liquide neutre au méthylorange, elle reste inactive. Sa température optima est de 28 à 30°. Chauffée à 63°, elle est rapidement détruite.
Individualité de l’érepsine. — On a beaucoup discuté pour savoir si l’érepsine était réellement une diastase bien caractérisée et on l’a confondue longtemps avec la trypsine. En réalité, la trypsine ainsi que la pancréatine contiennent toujours de faibles quantités d’érepsine. On a aussi admis que l’érepsine se trouvait à l’état de proenzyme et que c’était le pancréas qui la rendait active. Cette façon de voir a été réfutée par Conheim, qui a montré qu’un chien, qui a survécu 7 jours à l'extirpation du pancréas, fournit cependant un extrait de muqueuse intestinale agissant encore très fortement sur la peptone, quoique inactif sur l’albumine et la fibrine.
L’individualité de l’érepsine est, à l’heure actuelle, surtout démontrée par le travail chimique qu’elle produit, travail qui diffère essentiellement de celui de la trypsine. Nous reviendrons d’ailleurs dans un instant sur ce point très important,
ÉREPSINE.
en étudiant la dégradation protéolytique sous l’influence de divers enzymes. GLàssNER et Stauber ont mis en évidence la différence qui existe entre la trypsine et l’érepsine en se servant du sérum sanguin comme réactif. On a vu, dans un chapitre précédent, que le sérum contient une antitrypsine capable de neutraliser l’action de la trypsine. Si donc on ajoute du sérum à un mélange de trypsine et d’érepsine, mélange qui digère à la fois de l’albumine coagulée et de la peptone, on constate que l'action dissolvante sur le blanc d’œuf se trouve annihilée, tandis que le pouvoir de donner des corps abiurétiques persiste en entier. Les deux actions diastasiques se sont donc laissé séparer par ce moyen. On peut encore observer une différence entre la trypsine et l’érepsine quand on fait agir ces diastases sur les toxines. D’après Sieber et Simonowsky, avec 1 partie de suc pancréatique on détruit de 10,000 à 100,000 doses mortelles de toxine diphtérique, tandis qu’avec une quantité équivalente d’érepsine, on n’en détruit seulement que 50 doses. De plus, le suc intestinal, contenant de l’érepsine, se montre sans action sur la toxine de tétanos; au contraire, 0.06 gr. de trypsine peuvent détruire jusqu’à 10,000 doses mortelles de cette substance.
Travail chimique. — Le travail chimique de la pepsine consiste en une hydrolyse suivie de dédoublements. La molécule protéique, dont le poids est d’environ 6000, et qui est constituée par l’union d’un grand nombre d’amino-acides divers, reliés par leurs groupes C02H et NH2, se désagrège graduellement. Sous l’action de la pepsine, la chaîne, en différents points faibles, se brise, des fonctions acides et amines apparaissent, mais les fragments formés représentent encore des polypeptides très complexes, tels que les albumoses, les peptones et des bases. La trypsine apporte un concours plus efficace dans le travail de libération des acides aminés. Cet agent biochimique, en s’attaquant à la matière albuminoïde, va mettre rapidement en liberté les noyaux tyrosiniques et indoliques, mais il restera encore, de la chaîne brisée, de gros fragments qui résisteront à son action. On voit donc appa-
PROPRIÉTÉS
raître dans le liquide de digestion, en même temps que les polypeptides complexes que sont les albumoses et les peptones, de la tyrosine et du tryptophane, ainsi qu’un certain nombre d’acides aminés, d’une structure relativement très simple, comme laleucine, l’acide aspartique, l’alanine, etc. En somme, le travail de la trypsine se distingue de celui de la pepsine par la grandeur du poids moléculaire des produits formés. L’ensemble des corps obtenus après l’action de la trypsine accuse un poids moléculaire moyen beaucoup moindre que celui correspondant à la pepsine. Mais ce fait n’exclut point cet autre, qu’à la fin de la digestion trypsique, tout comme après l’hydrolyse pepsique, on trouve encore dans le liquide de très grands complexes azotés : les mêmes albumoses et les mêmes peptones se forment dans les doux actions, mais une plus grande proportion de ceux-ci sont digérés dans le travail trypsique, qui les amène en outre à un stade de dislocation beaucoup plus avancé.
Les enzymes appartenant au groupe de l’érepsine accentuent davantage encore les résultats de l’hydrolyse en mettant en liberté les divers amino-acides qui étaient précédemment retenus dans les complexes constituant les polypeptides. Il est vrai que ces diastases portent leur action non plus sur des albuminoïdes naturels, mais sur des produits qui ont déjà subi un commencement d’hydrolyse. Dans une solution d’albumine qui a été soumise à la digestion pepsique, on peut séparer trois fractions différentes : 1) les albumoses, qui sont précipités par le S04Zn ; 2) les peptones, qui sont retenus par l’acide phosphotungstique ; 3) les amino-acides et des produits analogues, qui restent dans la solution tungstique. Cette troisième fraction est constituée surtout par des acides aminés ; mais leur grandeur moléculaire est très variable : à côté de corps déjà très dégradés, il en est qui sont encore assez complexes et qui sont susceptibles de se transformer sous l’action de l’érepsine. Quant aux deux autres fractions, l’érepsine est capable aussi de les digérer, mais avec une intensité différente. Ce sont les albumoses qui résistent le plus à l’action de cette diastase, et il
ÉREPSINE.
est curieux de remarquer que parmi ces corps, ce sont précisément les parties qui disparaissent le plus facilement dans les digestions pepsique et trypsique, à savoir les hétéro et les proto-albumoses, qui sont le plus difficilement transformées dans l’hydrolyse érepsique.
De ces faits il résulte que, dans une certaine mesure, la pepsine et la trypsine peuvent se substituer l’une à l'autre. Tous les deux forment des albumoses et des peptones à l’aide d’albuminoïde naturels. Au contraire, l’érepsine s’adresse à des produits déjà secondaires. Elle ne présente plus les mêmes caractères. Ce n’est plus un enzyme des matières albuminoïdes proprement dites, et elle ne peut remplacer les deux précédentes. Avec cette nouvelle classe d'enzyme, nous descendons dans l’échelle de dégradation des albuminoïdes, et nous ramenons ainsi tous les complexes azotés, naturels ou déjà désagrégés, à des corps d’une structure très simple, cristallisables et n’ayant plus aucun des caractères des peptides intermédiaires. On constate, en effet, que le produit final obtenu dans la digestion de l’érepsine est tout à fait comparable à celui qui résulte de l’action énergique de HCl concentré ou de SOffP à 30 % sur les différentes matières protéiques.
( Voir tableau comparatif, page 513.)
Caractérisation du travail érepsique. — Nous avons vu précédemment que le travail trypsique se laisse facilement distinguer du travail pepsique par la présence, dans le premier cas seulement, de produits commodes à déceler, tels que la tyrosine et le tryptophane. On pouvait espérer rencontrer aussi, parmi les produits finaux qui résultent de l’action de l’érepsine, un ou plusieurs corps susceptibles d’être aisément reconnus, et qui seraient devenus caractéristiques de la réaction. Malheureusement, il n'en est pas ainsi : les produits obtenus dans l’action de l’érepsine ne peuvent pas être différenciés de ceux provenant de la trypsine.
Il est possible, cependant, de distinguer le travail érepsique des travaux pepsique et trypsique : on a recours pour cela à l’acide phosphotungstique. Ce réactif, en donnant des
PROPRIÉTÉS. 513
Produits de l’hydrolyse profonde de différentes