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PROPRIÉTÉS DE LA THROMBINE

observer, en se plaçant dans des conditions favorables, un rapport constant entre la vitesse de la réaction au début et la quantité d’enzyme employée. On constate en outre une disproportion entre la cause et l’effet, une très faible dose de ferment pouvant coaguler une très grande quantité de sang; toutefois celle-ci n’est pas illimitée : en effet, la thrombine en agissant ne s’use pas, mais est absorbée par la fibrine, qui la retient et l’empêche de suivre les lois générales de l’action des diastases.

La thrombine est détruite, d’après Hayem et Schmidt, par un chauffage de trois quarts d’heure à 58°5 ; d’après Bordet, la température de 56° est suffisante pour faire perdre à un sérum son pouvoir coagulant. Le froid ralentit considérablement l’activité de cette diastase : tandis que du plasma salé fraîchement dilué et oxalaté à 1 °/0O, additionné de son volume de sérum oxalaté à 1 0/oo, se coagule à 30° en cinq minutes, il ne se coagule plus qu’en vingt minutes si l’on maintient le mélange à 0°. L’optimum d’action a lieu entre 38 et 40°. En diluant un plasma, on en retarde la coagulation. Certains sels, le NaCl, entre autres, contrarient aussi l’action coagulante du fibrin-ferment sur le fibrinogène, et cela d’autant plus, que la concentration saline est plus forte.

Influence de la concentration saline sur la

TRANSFORMATION DU FIBRINOGÈNE.

2 cc. plasma à 2 °/o NaCl -j- 2 cc. sérum à 2 °/0 NaCl : Ooagul. s’effectue au bout d’une heure.

» à 3 °/o » + » à 3 °.o » : » » le lendemain.

» à 4 o/o » -f- b àio/o » : b b le surlendemain.

Par contre, l’oxalate de soude à la dose de 1 0/00 ne paralyse pas l’action du fibrin-ferment.

La thrombine, comme d’ailleurs beaucoup d’autres diastases, possède la propriété d’être absorbée par certains précipités. L’un d’eux notamment, le fluorure de calcium, est doué à un très haut degré de la faculté de fixer sur lui à la fois la substance active et le fibrinogène du plasma. Nous aurons l’occasion de revenir sur son action à propos du plasma fluoré. D’autres précipités jouissent également d’un pouvoir

THROMBINE.

anticoagulant : citons le sulfate et le carbonate de baryte, l’oxalate de calcium. Ils sont cependant moins actifs que le CaF2, surtout au point de vue de l’absorption du fibrinogène. Mais ils peuvent retenir la totalité du fibrin-ferment. C’est ainsi que 4 cc. de sérum provenant d’une coagulation normale de plasma dilué, additionnés de 2 cc. d’une émulsion laiteuse de SO’Ba, perdent, après agitation, centrifugation et décantation du liquide clair, tout pouvoir coagulant vis-à-vis d’un plasma oxalaté.

Travail chimique.

Arrivons au travail chimique de la coagulation. Par quelle réaction spéciale se traduit l’action du fibrin-ferment sur le fibrinogène? A l’heure actuelle, deux explications sont encore admises. Bien que la seconde réunisse le plus grand nombre de partisans, on tend à revenir à la première, tout au moins après l’avoir sensiblement modifiée.

Les uns ont considéré la coagulation seulement comme un changement d’état physique du fibrinogène. D’après Duclaux, qui a soutenu cette manière de voir, la fibrine n’est que le passage à l’état visible d’une des matières albuminoïdes du sang, de celle qui est la plus voisine de l’état de suspension et la plus éloignée de l’état de solution. Les autres, au contraire, estiment que la coagulation résulte d’une réelle décomposition du fibrinogène. Des travaux anciens de Hammarsten et de ceux, plus récents, d’ARTHUs, il ressort, en effet, que le fibrinogène se scinde sous l’influence de la plasmase en deux substances : l’une, une globuline, qui reste en solution dans le sérum ; l’autre, la fibrine, qui se précipite. D’après Hammarsten, la globuline ne préexistait pas dans le plasma et diffère du fibrinogène, en ce sens que celui-ci se coagule à 56°, tandis que la globuline ne se coagule qu’à 64°. Ce fait se trouve d’ailleurs appuyé par Arthus, qui a démontré que le poids de

TRAVAIL CHIMIQUE

fibrine formé est toujours inférieur à celui du fibrinogène contenu dans ce plasma.

A la vérité, la question est loin d’ètre résolue. Gomme le fait remarquer Duclaux, les quantités de matières azotées qui entrent en jeu sont très faibles. Le poids de fibrine recueillie et pesée sèche, provenant de 1 litre de plasma, est de 2 à 4 g r. Or, le poids de fibrinogène obtenu par coagulation à 56° n’est guère plus fort. Il est vrai que le chauffage ne donne pas tout le fibrinogène contenu dans le plasma. Aussi, du fait que le poids de fibrine recueillie est légèrement inférieur à celui du fibrinogène obtenu par coagulation, en conclut-on qu’à fortiori, il est nettement plus petit que le poids réel du fibrinogène contenu dans le plasma. Mais ce raisonnement n’est pas une preuve matérielle. D’autre part, ainsi que l’ont montré Bordet et Gengou, en étudiant comparativement l’action d’une émulsion de S04Ba sur du sérum exsudé d’un caillot, ou sur du sérum obtenu par défibrination d’un sang en voie de coagulation, expérience qui leur a fait voir que, dans le premier cas, le mélange reste indéfiniment trouble, tandis que, dans le second, le précipité se dépose rapidement, par suite d’un véritable collage effectué sous l’influence de la fibrine restée en dissolution dans le sang, ces auteurs établirent ainsi qu’on ne récolte pas nécessairement, en défibrinant avec une baguette un plasma qui se coagule, la quantité totale de fibrine réellement engendrée, celle-ci ne se déposant entièrement qu’au bout de plusieurs jours. Enfin, le fait que la température de coagulation du sérum par la chaleur est légèrement supérieure à celle du plasma, n'est pas non plus un argument irréfutable en faveur de la formation d’une nouvelle globuline, les phénomènes de coagulation étant trop facilement influencés par les conditions de milieu.

En résumé, rien ne prouve qu’il y ait réellement une dislocation de la matière albuminoïde en deux autres. Nous retrouverons un cas analogue dans la coagulation du lait, et les arguments que nous produirons alors peuvent également s’appliquer ici. Il y a tout lieu d’admettre qu’on se trouve en

THROMBINE.

présence d’une modification purement physique, ou tout au moins d’une transformation chimique n’affectant que très faiblement la molécule et non suivie de dédoublement.

En dehors de ces deux façons de comprendre le processus de la coagulation, il nous faut encore parler d’une autre origine probable de la fibrine. On sait qu’il existe dans le sang, en outre des globules rouges et blancs, un troisième élément figuré, désigné sous les noms divers de granulations libres, de plaquettes de Hayem ou de globulin. Ces éléments sont beaucoup plus fragiles hors des vaisseaux que les autres cellules du sang, et l’idée est venue que peut-être la fibrine résulterait de leur décomposition. Duclaux a réfuté cette manière de voir en établissant qu’il n’y a aucun rapport entre la destruction des plaquettes et la formation de la fibrine.

Cependant Bürker a repris cette conception. D’après lui, la coagulation du sang est intimement liée à la décomposition des plaquettes. Toutes les conditions qui influencent la thrombine et, par suite, la coagulation, telle que la température, le contact, les produits chimiques, agissent également sur la transformation des plaquettes. Le métaphosphate de soude, le S04Mg, l’oxalate d’ammoniaque, qui empêchent la coagulation, conservent aussi les éléments sanguins. Cette décomposition des plaquettes se ferait sous l’action d’une trypsine contenue dans le sang. Une fois ces particules détruites, la coagulation apparaîtrait. La quantité de fibrine formée est alors en dépendance directe avec la quantité de plaquettes transformées. Le rôle de ces plaquettes ne consisterait donc pas à sécréter une diastase coagulante spéciale, mais dans la formation probable de la fibrine aux dépens de leur substance même. On sait que le nombre des plaquettes dans le sang est très grand : environ 400,000 par millimètre cube. Bürker, par un calcul approximatif, a établi que le poids de fibrine formée est du même ordre que le poids de plaquettes décomposées.

Il est peut-être téméraire de prétendre ainsi que la fibrine provient uniquement de la transformation des plaquettes. Il semble cependant résulter d’un certain nombre d’observa-

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