PRÉSENCE
Spallanzani ne furent pas acceptées par le monde savant de l’époque. Des expériences, qui se contredisaient, embrouillèrent considérablement la question, si bien que les physiologistes restèrent longtemps en désaccord au sujet du mécanisme de la digestion. Les uns l’attribuaient à l’effet de la force vitale et nerveuse; les autres admettaient bien l’intervention du suc gastrique, mais celui-ci n’était alors considéré que comme un liquide salivaire ayant subi seulement une acidification. L’étude de la digestion, abandonnée pendant quelque temps, fut reprise activement entre 1820 et 1840. Tiedmann, Gmelen, Leüret, Lassaiqne, répétant les expériences de Réaumur et de Spallanzani, démontrent à nouveau que la digestion est due au suc gastrique ; ils établissent de plus que ce liquide n’est pas à confondre avec le liquide salivaire, qu’il est, au contraire, sécrété par les glandes peptogènes qui fournissent précisément un suc acide possédant la propriété de digérer la matière albuminoïde. En 1834, Beaumont retire le suc gastrique de l’estomac d’un malade portant une fistule. Vers la même époque, Eberlé prépare un suc gastrique artificiel en laissant macérer des morceaux do membrane stomacale dans de l’eau très légèrement chlorhydrique. En 1839, Wasmann isole d’une pareille macération la substance active ; celle-ci avait du reste été prévue déjà par Schwann, qui avait donné le nom de pepsine au principe du suc gastrique.
Présence. — La pepsine est un enzyme d’origine exclusivement animale. Les produits analogues qu’on trouve dans les végétaux en diffèrent sensiblement par leurs propriétés. Cet enzyme se trouve associé à d’autres diastases protéolytiques dans les glandes digestives des invertébrés, et surtout chez les vertébrés. Son siège principal est l’estomac; mais on la rencontre aussi dans le sang, les muscles, l’urine, etc Dans l’estomac, la pepsine est sécrétée par des glandes à tubes ramifiés. Celles-ci sont réparties dans la muqueuse stomacale et elles se laissent facilement épuiser par macération. Pour la préparation de la pepsine, on emploie de préférence la mu-
PEPSINE
queuse d’estomac de porc. On peut prendre aussi de la caillette de veau ou de mouton.
Préparation. — Méthode de Van Hasselt. — Pour obtenir une solution de pepsine artificielle exempte des autres enzymes, on procède comme il suit : les muqueuses d’estomac de porc, bien hachées, sont macérées à la température ordinaire, pendant 10 à 15 jours, dans une solution à 5 ô/o de NaCl. Le liquide filtré est saturé de NaCl. Le précipité, riche en diastase coagulante, est enlevé. Le filtrat, dialysé pour le débarrasser de la majeure partie du NaCl qu’il contient, est ensuite saturé de sulfate d’ammoniaque. Le précipité obtenu, redissous dans l’eau, est dialysé sur une solution de 0,2 °/0 d’HGl, ce qui élimine les sels ammoniacaux. La solution ainsi obtenue ne coagule plus le lait et se montre riche en pepsine. Van Hasselt recommande d’employer les muqueuses préalablement desséchées. On dissout ainsi beaucoup moins de matières étrangères et l’on obtient un liquide d’activité plus grande.
Méthode de Petit. — Pour préparer un produit doué d’un grand pouvoir digestif, on procède delà manière suivante. Les estomacs de porc sont soigneusement lavés et l’on en sépare les muqueuses par raclage. Les morceaux, réduits en pâte, sont mis à macérer dans une solution alcoolique à 5 %, à raison d’une partie de muqueuse pour quatre parties de liquide. On agite fréquemment pendant la macération, qui dure 4 heures. Puis on filtre et l’on évapore à basse température.
Méthode de Kühne. — Les muqueuses de porc, préalablement hachées, sont mises à macérer avec de l'eau contenant 2 à 3 gr. d’HGl par litre. Il se produit une véritable digestion; lorsque la majeure partie des albumoses a disparu, le liquide filtré est additionné de sulfate d’ammoniaque jusqu’au moment où le trouble n’augmente plus. Le précipité recueilli, renfermant la pepsine et des albumoses, est pressé, puis dissous dans de l’eau légèrement acidulée. On laisse digérer pendant quelque temps, de telle sorte que la petite quantité d’albumose contenue dans le liquide se transforme en peptone non précipitable par le sulfate d’ammoniaque. On sature à nouveau par le
PRÉPARATION
sulfate d’ammoniaque, et le précipité recueilli est soumis au même traitement que précédemment, jusqu’à ce qu’il ne renferme plus trace d'albumose. A ce moment, le précipité, formé uniquement de pepsine, est dissous dans l’eau ; le produit est purifié par dialyse, puis précipité par de l’alcool.
Pour extraire la pepsine des muqueuses stomacales, on recommande encore l’emploi de glycérine, ou mieux, de glycérine additionnée d’HCl. La glycérine a la propriété de dissoudre la pepsine sans dissoudre de grandes quantités de matières albuminoïdes. Pour précipiter la pepsine des macérations de muqueuse, on utilise aussi la propriété que possèdent les enzymes d’être précipités par des corps inertes ou d’être entraînés par des précipités provoqués au sein même de leurs solutions. C’est ainsi qu’en ajoutant successivement à une macération de muqueuse stomacale du phosphate de soude, puis du chlorure de calcium, on obtient un précipité de phosphate de chaux qui, dissous dans HCl étendu, puis dialysé, donne une solution renfermant la majeure partie de la pepsine contenue dans le liquide initial. De même, on peut extraire la pepsine d’un suc stomacal par entraînement, au moyen de la cholestérine.
Pour préparer la pepsine industrielle, on procède de la manière suivante : A 100 kg. de muqueuse de porc bien hachée et nettoyée on ajoute environ 125 litres d’eau, 1 litre 5 d’HCl concentré et 150 gr. de chloroforme. On conserve le tout à froid en remuant très souvent. Après 24 heures, on filtre, le liquide est réduit par évaporation à 40°, au 1/4 de son volume; on filtre à nouveau et Ton concentre dans le vide sur de grandes surfaces, à une température aussi basse que possible. 100 kg. de muqueuse donnent 8 à 10 kg. de pepsine commerciale.
La méthode de Van Hasselt, grâce à l’emploi de muqueuses desséchées, présente le grand avantage de fournir un enzyme bien moins riche en substances étrangères et aussi presque dépourvu de présure. Cette méthode cependant ne se prête pas bien à la préparation d’une pepsine en poudre ; en effet, la diastase ainsi obtenue supporte très mal l’évaporation,
PEPSINE
si bien qu’on aboutit à des produits très peu actifs quand on cherche à les concentrer. La méthode de Petit fournit un produit très actif. Toutefois, malgré la faible durée de la macération et la présence de l’alcool, la pepsine obtenue contient encore beaucoup de cendres, ainsi que des substances organiques étrangères. Quant à la méthode de Kühne, elle ne conduit pas à une pepsine très active.
Composition chimique. — La pepsine se présente sous forme d’une poudre blanche, soluble dans l’eau acidulée, ainsi que dans l’alcool à 5 %. La pepsine n’est pas dialysable : quand on cherche à dialyser une solution de pepsine à 0,2 % d’HCl, en présence d’eau ordinaire, on constate que la diastase se précipite sous forme de petits granules visqueux, transparents, quand l’acidité est descendue à 0,02 •/<>. Les préparations de pepsine bien purifiées ne fournissent pas les réactions colorées des matières albuminoïdes. Leurs solutions sont précipitées par une addition de sulfate d’ammoniaque, de sulfate de zinc, etc., et même cette insolubilisation est déjà très avancée pour une quantité de sel ajouté égale à la moitié de celle nécessaire pour la saturation. L’alcool concentré précipite également la pepsine. Cet enzyme, soumis à l’hydrolyse par les acides, fournit de la tyrosine, de la leucine, de l’alanine, ainsi que beaucoup d’autres acides aminés, et se comporte par conséquent comme une matière albuminoïde.
Le produit qu’on retire du suc gastrique, ainsi que celui obtenu par macération de muqueuse stomacale, contient du phosphore et jusqu’à 1,5 % de cendres. Sa teneur en azote est de 14 à 15 °/«. Il renferme aussi du soufre et du chlore. Par purification, on arrive à réduire considérablement la teneur en cendres, on élimine tout le phosphore et l’on obtient une richesse en azote plus constante. Mais il manque un critérium pour s’assurer de la pureté définitive d’une pepsine donnée, comme d’ailleurs d’une diastase quelconque. En effet, la pepsine proprement dite peut être considérée comme un mélange d’une substance réellement active et de matières inertes. Une purification bien conduite devrait éliminer gra-