‹ Les catalyseurs biochimiques dans la vie et dans l'industrieChapitre 80 sur 209 · PRODUITS CARACTÉRISTIQUES · texte numérisé non relu

PRODUITS CARACTÉRISTIQUES

aminés cristallisés. La trypsine, comme la pepsine, dissout l’albumine coagulée et la fibrine. Les premiers corps formés, les albumoses primaires et secondaires sont identiques dans les deux digestions. Aussi est-il fort difficile de distinguer un travail trypsique d’un travail pepsique par les produits d’une hydrolyse modérée. Mais la diagnose, ainsi que nous allons le voir, devient beaucoup plus aisée quand on se trouve en présence d’une protéolyse plus profonde.

La digestion trypsique peut être facilement suivie à l’aide de l’acide azotique. Pour les essais, on peut employer : 20 gr. de fibrine essorée, 0.5 gr. de trypsine et 100 gr. d’eau. On ajoute 5 gouttes de chloroforme et on laisse digérer le tout à 50°. La dissolution de la fibrine se fait graduellement, sans gonflement préalable. On prélève de temps en temps un échantillon qu’on filtre. Dans 10 cc. de liqueur claire on ajoute quelques gouttes d’acide nitrique. Après cinq à huit heures d’action, on arrive généralement au point où l'acide ne produit plus ni précipité ni trouble dans le liquide essayé.

Cristallisation de la tyrosine et caractérisation au moyen de la tyrosinase. — Dans un tel liquide ne donnant plus de précipité par l’acide azotique, on peut identifier le travail trypsique parla tyrosine formée. :La constatation de la tyrosine peut se faire de deux façons : 1) en la faisant cristalliser ; 2) en la caractérisant au moyen de la tyrosinase.

Dans les produits de digestion avancée on trouve, au fond des récipients, les cristaux de tyrosine sous forme de fines aiguilles groupées en houppettes soyeuses. Dans les produits moins dégradés, on peut déceler ce corps, en ajoutant à la liqueur filtrée 5 à 10 volumes d’alcool. On filtre, on lave à l’alcool et l’on évapore le liquide clair jusqu’à ce qu’on puisse constater les cristaux. Pour cette recherche, on peut employer très peu de liquide, et toute la cristallisation peut être aisément observée sur une lamelle de microscope.

La caractérisation de la tyrosine peut se faire encore beaucoup plus facilement au moyen de la tyrosinase. Bertrand, en étudiant le chromogène de la Russula negricans, a constaté

TRYPSINE.

que la coloration rouge, virant au noir, qui se déclare sur les champignons cassés, provient de l’action d’une diastase oxydante, la tyrosinase, sur la tyrosine. L’oxydation et la coloraration du jus de betterave, de la pomme de terre, du dahlia, etc., ont été ramenées à la même cause. La tyrosinase est donc très sensible, et son emploi, par la coloration qui en résulte, a été préconisé avec succès par Bourquelot et Harlay pour la diagnose d’une digestion trypsique.

Pour préparer la solution de tyrosinase on se sert de Russula délica. On broie ces champignons avec du sable et de la glycérine. On laisse macérer une heure, puis on filtre. On obtient ainsi une solution glycérinée qui contient la tyrosinase dans un état de bonne conservation. Pour l’essai de la tyrosine, on verse dans un tube à réaction le liquide de digestion, qui ne fournit plu-; de précipité par l’acide azotique, puis on ajoute 5 à 6 gouttes de la solution glycérinée de tyrosinase. Le liquide prend, en quelques minutes, une coloration rouge, laquelle se fonce et se transforme en un noir opaque après deux ou trois heures. Pour l’essai, il est préférable de neutraliser préalablement le liquide. La coloration commence par les parties supérieures, au contact de l'air, et descend progressivement dans le tube. Dans les produits do digestion pepsique, on n’obtient pas une semblable coloration : le réactif donne une teinte rouge, qui passe ensuite à une nuance verte.

Réaction du tryptophane. — Harlay recommande aussi, pour caractériser une digestion trypsique, la recherche du tryptophane. Quelques gouttes d’eau de brome saturée déterminent, dans les liquides résultant d’une hydrolyse pancréatique, la formation d’un précipité jaune rougeâtre qui se redissout par agitation avec une teinte rose violacée. 5 cc. du liquide obtenu dans l’essai officinal de la pancréatine par la fibrine sont déjà nettement colorés en rose par 5 gouttes d’eau de brome; 20 à 30 gouttes donnent une couleur rouge violacée intense; au-delà de 35 gouttes, la couleur devient plus sale et le liquide se trouble; au-delà de 60 gouttes, il se forme un précipité brun violacé nageant dans un liquide jaune. Cette

ACTION DE LA TEMPÉRATURE

réaction ne se produit nettement que si l’on ajoute peu à peu l’eau de brome. Si cette addition se fait brusquement, la teinte violacée passe inaperçue. Cette réaction est bien différentielle, car avec les digestions pepsiques on n’obtient pas de coloration rouge, que le liquide soit acide ou neutre; tout au plus peut-on avoir une coloration ou un précipité jaune. Cette réaction avait déjà été signalée, en 1831, par Tiedeman et Gmelin, dans l’action de l’eau de chlore sur le suc pancréatique de chien. Cl. Bernard, Kühne et d’autres cherchèrent en vain à quel corps était due la coloration rouge observée. C’est Neumeister qui montra, en 1889, que le chromogène était un corps nouveau, qu’il nomma tryptophane et qui se produit dans tous les processus entraînant la destruction profonde des albuminoïdes, digestion trypsique, putréfaction, action des acides ou des alcalis à chaud; il accompagne toujours la tyrosine et, de sa présence on peut conclure à celle de la tyrosine.

Action de la température et des autres agents physiques.

La trypsine, à l’état sec, supporte très bien l’action d’une chaleur modérée. Harlay, à l’aide de la tyrosinase, a établi que la trypsine, qui a été portée à 100°, digère encore très aisément la fibrine avec production rapide de tyrosine. Hufner a constaté le même résultat pour la pancréatine. D’après Schmidt, on peut chauffer la trypsine une heure et demie à 112° sans détruire la substance active. Salkowski trouve même que la trypsine sèche résiste à la température de 160® pendant une heure et demie, mais qu’elle est détruite à 170°.

Au contraire, en solution, la trypsine se montre très sensible à l’action de la chaleur. Cette sensibilité, d’après Schmidt, est en relation directe avec la pureté des produits. Plus la trypsine contient de substances étrangères, moins elle est

TRYPSINE.

affaiblie par l’action thermique. Ce sont des substances colloïdales, telles que les albumoses et les peptones, qui augmentent sa résistance. Une solution de peptone à 5 %, additionnée de trypsine, peut être portée à l’ébullition sans perdre totalement le pouvoir de digérer la fibrine. On constate qu’une résistance analogue est conférée par l’agar-agar et la gélatine. La résistance à la chaleur, dans ces conditions, est cependant de peu de durée et une ébullition de cinq minutes amène la destruction complète de la substance active.

Les solutions diluées de trypsine ou de suc pancréatique ne peuvent pas être maintenues à des températures dépassant 38° sans perdre une partie de leur activité. Rœder a constaté que les solutions maintenues à 40° s’affaiblissent très sensiblement :

Action de la. chaleur sur des solutions très diluées.

Durée d’une chauffe préalable à 40».

Quantité d’enzyme nécessaire pour digérer 2 cc. d’une solution de caséine à 38o.

Au début.

Après 5 minutes.

Avec 1 cc., pas de digestion.

On voit que les solutions de trypsine maintenues 5 minutes à 40° se comportent comme celles maintenues à la température ordinaire. Mais l’action d’une chauffe à 40° pendant 10 minutes amène déjà une diminution très notable dans l’activité, puisqu’il faut, pour digérer 2 cc. de la solution de caséine employée, 1 cc. de diastase, au lieu de 0.65 nécessaire au début.

Ces résultats sont obtenus avec des solutions d’enzyme très diluées. Les solutions de trypsine à 1 ou 2 % supportent cependant une température de 40° pendant deux heures sans s’altérer. Mais elles sont amoindries par une chauffe à 50°. Voici quelques données relatives à cette action prolongée d’une température de 50° sur une solution à 2 % :

ACTION DE LA TEMPÉRATURE

Action de la

Page 1