‹ Les catalyseurs biochimiques dans la vie et dans l'industrieChapitre 86 sur 209 · INFLUENCE DES ANTISEPTIQUES · texte numérisé non relu

INFLUENCE DES ANTISEPTIQUES

encore davantage en raison de l’activation plus ou moins facile par l’entérokinase, que présente le suc pancréatique au cours des différents régimes, et aussi du fait même que les produits de la digestion modifient l’activité des enzymes, ainsi que Terroine l’a montré, en ce qui concerne l’action des acides aminés sur l’amylase pancréatique. Nous reviendrons d’ailleurs plus loin sur cette importante question.

Influence des antiseptiques.

La recherche de la trypsine dans les différents organes, ainsi que dans les végétaux, présente souvent de grandes difficultés, en raison des altérations que subissent les liquides pendant les essais. Les solutions neutres ou alcalines s’infectent très rapidement, et les résultats qu’on obtient dans ces conditions sont fort discutables. Une solubilisation d’albumine ou de fibrine n’est pas toujours la preuve de la présence d’enzyme protéolytique, attendu qu’on peut l’attribuer aussi, avec raison, à l’action de ferments figurés. Même les résultats négatifs, une non-solubilisation d’albuminoïde, peuvent aussi, dans certains cas, être rapportés à des bactéries qu’on sait être capables de détruire les enzymes.

Pour éviter ce gros inconvénient, on a souvent recours aux antiseptiques. Cependant, ce moyen est loin d’être sûr ; contrairement à l’opinion courante, il n’existe pas d’antiseptique agissant sur les ferments figurés et complètement indifférents vis-à-vis des ferments solubles. En réalité, l’action des antiseptiques s’exerce à la fois non seulement sur les bactéries et les diastases, mais encore sur les matières albuminoïdes contenues en solution, si bien que l’effet qu’on obtiendra pour une dose donnée d’antiseptique dépendra du rapport existant entre ces trois éléments. De plus, la dose nécessaire pour paralyser des bactéries dépend avant tout de leur espèce, leur résistance, à ce point de vue, étant très variable. Enfin, pour

TRYPSINE.

une même espèce, la dose mortelle peut varier de 1 à 10, suivant le nombre de microbes contenus dans le liquide. Or, dans l’étude des doses bactéricides des différentes substances, on a presque toujours omis de prendre en considération ces points très importants. Du reste, en ce qui concerne l’action des antiseptiques sur les enzymes, il faut aussi tenir compte de ce fait que la sensibilité des diastases augmente avec leur dilution. Alors qu’une solution concentrée supporte assez bien un antiseptique donné, il faut, aussitôt qu’on dilue, diminuer la dose de cet antiseptique, si l’on ne veut pas risquer de détruire la substance active. La démonstration peut se faire de la façon suivante : des solutions de trypsine de teneurs différentes, après légère alcalinisation, sont saturées de toluol, puis aussitôt on leur ajoute de la fibrine et l’on compare la marche de la digestion avec celle de témoins sans toluol. Voici les résultats pour les essais avec le toluol :

Influence du toluol sur la marche d’une digestion

TRYPSIQUE.

On voit donc que la solution contenant 12 mgr. % de trypsine supporte très bien le toluol à saturation pendant 24 heures : dans cet essai, on dose la même quantité de fibrine dissoute que dans le témoin sans toluol. Par contre, la solution à 4 mgr. % de trypsine ne résiste point à l’action du toluol. Elle ne digère plus de fibrine, tandis que le témoin, contenant la même dose de trypsine, produit encore une digestion intense. Dans l’expérience précédente, la fibrine, ajoutée en même temps que le toluol, protège, jusqu’à un certain point, l’enzyme de l’action destructrice de l’antiseptique. Une solution de trypsine, saturée de totuol, s’altère beaucoup plus rapidement quand il n’y a pas, ou presque pas de matières

Concentration en trypaine.

Action du toluol.

12 mgr. °/o

Pas d’effet.

Retard sensible.

Destruction complète.

Page 1