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TRYPSINE.
Dans la série A, avec 30 cc. de trypsine en 3 heures on arrive à dissoudre la même quantité de caséine qu’avec 10 cc. en 9 h. Il y a donc bien proportionnalité entre l'effet produit d’une part et la quantité d’enzyme et le temps d’autre part. Dans la série B, l’albumine qu’on a ajoutée à la caséine n’a pas subi de transformation, mais elle a déterminé un retard dans la digestion de la caséine, et ce retard est d’autant plus sensible que le liquide en digestion est plus pauvre en trypsine. L’auteur explique ce phénomène par l’absorption de la trypsine par l’albumine, absorption qui est, jusqu’à un certain point, en relation avec la concentration du liquide en substance active.
Dans l’étude de la loi des actions diastasiques, il faudra donc prendre en considération ce fait que la trypsine se laisse absorber par toute une série de substances et que l’enzyme absorbé peut de nouveau devenir actif à la suite d’un phénomène d’autolyse. La quantité d’enzyme actif présente dans un mélange en voie de digestion n’étant pas toujours constante dans toutes les phases du travail, il est évident que dans de telles conditions on ne pourra plus observer la proportionnalité du temps et de la quantité de diastase. C’est ainsi que l’addition de poudre de charbon à une solution de trypsine provoque une diminution très sensible du pouvoir digestif. Le charbon préalablement maintenu dans un liquide colloïdal, tel qu’une solution de saponine, absorbe beaucoup moins de trypsine que du charbon neuf, et celui qui a absorbé de la diastase la rend de nouveau quand on le met dans une solution de saponine. Ces données prouvent que la marche de l’absorption de la trypsine dépend de l’état colloïdal du liquide, état qui peut changer, comme on le sait, au cours de la digestion. Ce sont des phénomènes de cet ordre qui empêchent surtout la vérification des lois de l’action diastasique.
En se plaçant dans des conditions différentes, V. Henri et Larguier des Bancels sont néanmoins parvenus à déterminer la loi d’action de la trypsine sur la gélatine. Pour suivre quantitativement la marche de l’hydrolyse, ils étudient la variation de la conductibilité électrique du liquide. Faisant agir à 44° du
LOI D’ACTION
suc pancréatique additionné de kinase sur des solutions de gélatine à 2.5 et 5 %, ils constatent tout d’abord que les conductibilités augmentent assez régulièrement, plus rapidement dans le liquide à 5 % que dans le liquide à 2.5 °/0, mais que, dans les premières minutes, la variation est la même pour deux concentrations différentes en gélatine.
Marche de la digestion trypsique de la gélatine.
Temps
Variations de la conductibilité électrique multipliées par 10®
Gélatine à 2.5 °/o
Gélatine à 5 %
10 minutes
Ce premier résultat, que la vitesse de digestion au début est indépendante de la concentration en substance à transformer, rapproche l’action de la trypsine sur la gélatine de l’action des ferments des hydrates de carbone. Mais il y a plus : ayant reconnu que l’activité du ferment (suc pancréatique 4- kinase) ne change pas après une heure de digestion, mais que, d’autre part, les produits d’une digestion prolongée de gélatine ralentissent son action, les auteurs ont constaté que la variation de conductibilité électrique se produit suivant la loi logarithmique générale : K = j L u — x'
Dans cette expression, K est une constante, a un nombre qui correspond à la quantité de gélatine, x la variation de conductibilité électrique avec le temps t. Cette formule exprime avec une précision très suffisante la marche de la digestion trypsique pendant la première heure. Voici, en effet, les valeurs de la constante K :
TRYPSINE.
Durée
10 cc. gélatine -f- 0.5 cc.
s. p. -f- 0.5 cc. k. + i cc. eau
10 cc. gélatine -f- l cc.
s. p. + 1 cc. kin.
10 minutes.
La loi d’action de la trypsine sur la gélatine est donc la même que celle de la sucrase, de l’amylase, de l’émulsine, etc.
Travail chimique de la trypsine.
Différents produits formés. — Dans le travail de la pepsine, nous avons vu apparaître des albumoses, des peptones, ainsi que des corps abiurétiques complexes non précipitables par l’acide phosphotungstique et susceptibles même de cristalliser. Tous ces produits, à poids moléculaires très élevés, proviennent de l’hydrolyse partielle de la matière albuminoïde : ils présentent encore les caractères, plus ou moins prononcés, de la substance de laquelle ils dérivent. Avec la trypsine, on aboutit à un travail beaucoup plus profond. Sans doute, il se forme encore, au début de l’action, des albumoses primaires, mais ceux-ci disparaissent bientôt en donnant des deutéroalbumoses et des peptones. Très rapidement on voit apparaître aussi des corps caractéristiques du travail trypsique : la tyrosine, le tryptophane et la leucine. Si l’on prolonge suffisamment la digestion, on trouve alors dans le liquide un grand nombre d’acides mono et diaminés. Les produits finaux de la réaction sont donc constitués par des deutéro-albumoses et des peptones, tous deux biurétiques et précipitables par l’acide phosphotungstique, ainsi que par différents acides aminés non précipitables par ce réactif.
TRAVAIL CHIMIQUE
Nous verrons dans un prochain paragraphe ce qu’il faut penser de la présence des albumoses et des peptones. Arrêtonsnous, pour le moment, sur les derniers produits, qui forment, du reste, la majeure partie de l’hydrolyse trypsique. Et tout d’abord, il convient de remarquer que ces corps cristallisables, abiurétiques et non précipitables par l’acide phosphotungstique, n’ont absolument rien de commun avec ceux de la fraction correspondante obtenus dans le travail pepsique : tandis que les premiers sont des acides aminés déjà très simples, les seconds sont des complexes, susceptibles même de se transformer, en se dégradant, en peptones.
Les multiples acides aminés qu’on rencontre dans les produits d’hydrolyse trypsique profonde sont de constitution assez différente. Les uns ne possèdent qu’une fonction acide et une fonction amine; les autres sont diacides et monoamines ou monoacides et diamines. Certains contiennent en outre une fonction alcool ; d’autres sont des produits sulfurés. Enfin, ces corps sont tantôt à chaîne linéaire, tantôt à chaîne fermée. Toutefois, on peut dire que tous répondent à la formule générale : R — CH (NH2) — C02H, qui montre qu’il y a au moins un groupement NH2 fixé au C immédiatement voisin du carboxyle; R pouvant être un radical acyclique, aromatique ou hétérocyclique. Voici quels sont ces corps :
A. — Amino-acides possédant une fonction acide et une fonction amine.
1) Glycocolle (ou glycine ou acide amino-acétique)
CH2 (NH2) — C02H
corps cristallisé retiré pour la première fois des produits de l’hydrolyse de la gélatine, dans lesquels il se trouve en fortes proportions.
2) Alanine dr. (ou ac. a amino-propionique dr.)