‹ Les catalyseurs biochimiques dans la vie et dans l'industrieChapitre 96 sur 209 · Partie non précipitable par PPT · texte numérisé non relu

Partie non précipitable par PPT

Azote aminé Formol

Azote

précipitable ' par tanin

3 heures

2 jours

Les rubriques : albumoses, peptones et partie non précipitable par l’acide phosphotungstique(PPT), réunies, donnent la totalité de l'azote contenu dans le filtrat. La fraction non précipitable par l’acide phosphotungstique représente les amino-acides. On voit que cette quantité augmente graduellement : après trois heures de digestion, sur 100 d’N total du filtrat, 22.3 se trouve à l’état non précipitable par PPT. Après vingt-cinq jours, la fraction correspondante représente

déjà 69.0 % de la totalité de l’azote. Cette marche diffère radicalement de celle de la pepsine : elle caractérise le travail de la trypsine. Comme contrôle, on a dosé directement les acides aminés par le formol; on voit que leur proportion augmente aussi graduellement : de 11.1 % au début, on arrive après cinq jours à 29 %, et, à la fin, à 41.5 %. Ces chiffres nous montrent que la partie non précipitable par l’acide phosphotungstique n’est pas exclusivement composée d’acides monoaminés, attendu que sa teneur en azote est toujours notablement supérieure à l’azote titrable au formol. Sans doute, ces dernières données sont trop faibles, mais Terreur résultant de la différence de pourcentage entre l’azote des acides monoaminés et celui des acides diaminés n’est pas assez grande pour expliquer l’écart que nous constatons. D’ailleurs l’azote formol est pris non pas sur la partie non précipitable par le réactif tungstique, mais sur la totalité du liquide de digestion, après filtration ; il comporte donc l’azote des bases hexoniques, lesquelles sont précipitées en même temps que les peptones; or, malgré cette majoration, les chiffres de la 4e colonne sont très inférieurs à ceux de la 3e colonne.

Ce qui ressort très clairement de ce tableau, c’est la marche irrégulière de la formation des peptones. Déjà très abondante dès le début de l’action, la proportion de ces produits augmente jusqu’à un certain maximum, puis redescend, pour remonter après et atteindre un second maximum. Ici, encore, nous assistons à un travail tout autre qu'avec la pepsine : tandis qu’avec cette dernière diastase, la quantité de substances précipitables par le réactif tungstique croît régulièrement pour se fixer, à la fin de l’hydrolyse, à une certaine valeur, avec la trypsine on n’aboutit à un équilibre plus ou moins stable en peptone qu’après plusieurs oscillations.

Pareille régression s’observe dans la disparition des albumoses; après être descendue de 60.1 % à 16.1 °/0, la teneur en azote de ces corps remonte à 19.2, pour revenir à 14.2 et se fixer à 6.9 %. Cette augmentation transitoire des albumoses ressort également de l’examen des données contenues sous la rubrique

MARCHE DE LA PEPTONISATION TRYPSIQUE. 341

tanin. Nous voyons ainsi qu’après trois jours, la teneur en azote du précipité tannique est de 10.7 ; qu’elle monte le quatrième jour à 17 °/0, pour redescendre ensuite et tomber, au vingt-cinquième jour, à 3.0 %. La reformation de l’albumose n’apparaît pas toujours au cours des digestions avec une netteté aussi grande que celle qui est constatée sur ce tableau. Cependant, si, à des intervalles de douze heures, on suit la variation de l’azote albumose d’un liquide soumis à la digestion, on constate fréquemment des écarts en plus ou en moins de 3 à 4 %.

L’albumose se reforme aux dépens des peptones et des produits non précipitables par l’acide phosphotungstique. II est souvent fort difficile de suivre l’augmentation de la proportion d'albumose, car, au cours des digestions trypsiques, l’azote du liquide filtré varie constamment, une partie de celui qui était précédemment solubilisé reprenant la forme insoluble. En général, après trois ou six heures de digestion, en présence d’une dose suffisante de trypsine, l’albumine coagulée est complètement dissoute et le liquide, avant et après filtration, accuse la même teneur en azote. Puis, la peptonisation avançant, on constate que le liquide, de clair qu’il était, se trouble, d’une façon plus ou moins abondante, d’ailleurs, l’intensité du louche variant avec le temps. Si, au cours d’une digestion, on répète, à différents intervalles de temps, le dosage d’azote sur le liquide avant et après filtration, on observe des résultats très variables :

Précipitation de l’azote au cours d’une digestion trypsique.

Durée

de la digestion

Teneur en azote du filtrat

Par litre

N précipité |

o/o N total

Après 3 heures

» 2 jours

La substance précipitée au cours de la digestion trypsique est de la plastéine, substance dont on a déjà parlé dans un chapitre précédent. Son apparition ici résulterait d’un travail

TRYPSINE.

de synthèse, réaction rendue possible vraisemblablement par les changements qui se produisent dans les conditions de milieu durant la protéolyse. Il est même très probable que l’arrêt final dans l’hydrolyse provoquée par la trypsine, avant que celle-ci ne soit complète, correspond à un équilibre stable qui s’établit entre les deux fonctions opposées de cette diastase, son pouvoir analytique et son pouvoir synthétique. En tout cas, les albumoses et les peptones restant après l’hydrolyse profonde de la trypsine, séparées du liquide de digestion, peuvent, à leur tour, être dégradés par la diastase ; ils ne sont donc point des corps résiduaires, comme le pensait Kuhne, qui les avait décrit sous le nom d’antipeptones. L’existence de pareilles substances devient même très problématique, leur confusion avec les premiers produits de décomposition — ou de recombinaison — s’expliquant d’ailleurs par les expériences précédentes.

En résumé, au point de vue purement chimique, le travail trypsique se différencie de celui produit par la pepsine, par les trois points suivants :

1) Il se forme une très grande quantité de produits titrables par le formol, acides aminés simples, tyrosine, tryptophane, etc.;

2) On n’atteint pas la dose limite de peptone par une marche régulière, mais par une série d’oscillations ;

3) On observe une tendance très manifeste à produire un travail de synthèse, même dans des conditions de grande dilution.

Formation de l’azote amide au cours de la digestion trypsique. — La digestion trypsique ne diffère pas seulement de la digestion pepsique par la profondeur de l’hydrolyse, mais encore par l’allure même de celle-ci. Tandis que la pepsine libère de préférence les groupements amidés en rendant ainsi une quantité considérable de NH3 facilement dégageable par la magnésie, l’action de la trypsine se porte beaucoup moins sur ces chaînons de la molécule albuminoïde, et la quantité finale d’ammoniaque susceptible d’être entraînée par ébullition avec l’alcali est bien moindre.

AZOTE AMIDE.

Formation d’azote ammoniacal dans la digestion trypsique.

Nature de la matière albuminoïde

Durée

de la digestion

Azote

ammoniacal pour ICO N total

N ammoniacal et N formol pour 100 N total

Ovalbumine

jours.

Caséine

Edestine

Gliadine

Gélatine

Peptone Witte

Ainsi, tandis que la proportion d’azote ammoniacal obtenue avec la gliadine, par exemple, était, après 43 jours de digestion pepsique, comme on l’a vu précédemment (p. 252), de 20.9 %, avec la trypsine on observe seulement un dégagement de 12.8 %, et cependant la quantité totale d’azote (ammoniacal + formol) est supérieure dans le second cas à celle du premier : 35.5 %, au lieu de 33.3 °/0.

La différence entre les travaux pepsique et trypsique devient encore plus évidente quand on compare les produits de ces deux digestions arrivées au même degré de l’hydrolyse, état évalué d’après la valeur du chiffre formol :

Azote ammoniacal formé comparativement dans les

DIGESTIONS PEPSIQUE ET TRYPSIQUE.

Matière albuminoïde

Degré de l’hydrolyse N formol

Pepsine

Trypsine

Ovalbumine

Caséine

Edestine

Gliadine

Gélatine

TRYPSINE.

L’ovalbumine, amenée à une teneur en azote formol de 24 %, accuse 3.6 d’azote ammoniacal sur 100 d’azote total, quand le catalyseur employé est la pepsine et seulement 1.4 °/0, quand on se sert de trypsine. Pareils résultats sont obtenus avec les autres albuminoïdes.

Antitrypsine.

Le sérum sanguin entrave à un haut degré l’activité de la trypsine. Cette action antitrypsique du sérum a été établie, en 1894, par Fermi et Pernossi et a fait, depuis, l’objet de nombreux travaux. En particulier, Glaessner a trouvé que le pouvoir antiprotéolytique du sérum varie chez un même individu au cours de la journée. Zunz a confirmé ce résultat en montrant, comme nous le verrons plus loin, que l’action antifermentaire du sérum de chien vis-à-vis du suc pancréatique kinasé augmente ordinairement quelques heures après l’ingestion de viande crue de cheval.

Mesure du pouvoir antitrypsique d’un sérum. —

La détermination du pouvoir antitrypsique du sérum se fait habituellement par la méthode de Marcus, qui consiste à faire, sur des plaques de verre recouvertes de sérum de bœuf coagulé, une série de gouttes de mélanges divers de sérum et de trypsine. Tant que la quantité de sérum est insuffisante, l’albumine est attaquée, et il se forme une petite cupule à l’endroit où le liquide est déposé; au contraire, à partir de la première goutte où le sérum de bœuf reste intact, on peut conclure que l’action neutralisante est réalisée. On emploie aussi la méthode de Fuld, reposant sur l’action de mélanges de sérum et de trypsine sur de la caséine, action suivie d’une précipitation par l’acide acétique : la neutralisation de la trypsine est constatée par la non-solubilisation de la caséine. Enfin, on se sert quelquefois de la méthode à la fibrine colorée de Grützner et Gehrig. P. Achalme et Stévenin préconisent de mesurer, non pas le pouvoir antitrypsique, mais le pouvoir antiprésurant, qu’on sait être en parallélisme étroit avec le premier. On met donc

ANTITRYPSINE.

dans des tubes 2 à 3 cc. de lait, qu’on stérilise à 120°; puis on ajoute des mélanges divers de trypsine diluée et de sérum au 1/10 en doses croissantes, et on laisse vingt heures à 50°, en plaçant une goutte d’essence de moutarde dans les bouchons qui ferment les tubes : le dernier tube coagulé indique la limite de la neutralisation; la quantité de sérum ajouté au premier tube de la série restée intacte, mesure donc sa valeur antitrypsique. Cette dernière méthode donne de très bons résultats.

Dans toutes ces déterminations, il est un point très important sur lequel les auteurs n’insistent souvent pas assez, ce qui rend leurs résultats peu comparables : c’est la force de la trypsine qu’ils emploient. Achalme recommande une macération de 5 à 7 °/0 de pancréatine faite dans une solution physiologique pendant 18 à 24 heures à 35°, en présence de quelques gouttes d'essence de moutarde. Le liquide est filtré et réparti dans des pipettes stérilisées et scellées, qu’on conserve dans l’obscurité. Le titrage de cette trypsine se fait alors d'après son action sur du sérum de cobayeadulte.Enemployantla technique d’AcHALME, précédemment décrite, on doit obtenir une trypsine dont 0 01 cc. à 0.015 cc. (ou 0.1 cc. à 0.15 cc. d’une dilution au 1/10) est neutralisé par environ 0.01 cc. (c’est-à-dire 1 cc. de dilution au 1/100) de sérum de cobaye — ou encore par 0.015 cc. de sérum de lapin.

Voici, d’après Guido Finzi, le pouvoir antitrypsique du sérum d’animaux domestiques sains, tués aux abattoirs :

Pouvoir antitrypsique du sérum d’animaux domestiques.

Espèce*. Nombre de sujets étudiés. Indice antitrypsique.

Cheval

De 2 à 3

Bœuf

Mouton

Chèvre

Chien

Chat

Poule

Oie

Pigeon

Lapin

Cobaye

Singes inférieurs

Le pouvoir antitrypsique de l’homme est compris entre 4 et 5. Différents auteurs ont constaté que le sérum humain d’individus porteurs de néoplasmes variés avait un pouvoir antiprotéique plus grand que la normale. C’est ainsi que A. Girault et Rubinstein ont reconnu, chez un certain nombre de malades atteints de lésions de l’estomac, telles que le cancer gastrique, que l’indice antitrypsique atteint souvent 8, 10 et 12. Mais ce n’est pas là un caractère spécifique du cancer, car les ulcus donnent aussi un fort pouvoir antifermentaire.

La substance antitrypsine du sérum est moins résistante à la chaleur que l’antipepsine. Du sérum maintenu pendant une demi-heure à 56° perd environ 1/5 de son pouvoir antitrypsique. Maintenu pendant une heure entre 60° et 65°, il s’affaiblit considérablement, et après 2 heures à 68°, le sérum a perdu toute action neutralisante vis-à-vis de la trypsine. La sensibilité de l’antitrypsine vis-à-vis de la température se trouve d’ailleurs sensiblement réduite quand on ajoute au sérum de la fibrine ou de l’albumine.

Pour étudier l’action de doses croissantes de sérum sur un suc pancréatique activé par de l’entérokinase, Zunz procède ainsi : A 2 cc. de suc non actif, additionné de 0.5 cc. d’une solution d’entérokinase à 1 °/0, il ajoute des quantités croissantes de sérum sanguin de chien et mesure l’action résultante par la digestion subie en 24 heures à 38°, par des tubes de Mett contenant du sérum ou du blanc d’œuf coagulés.

( Voir tableau comparatif, page 347.)

Ainsi, dans le tube n° 1, sans sérum, il y a eu 8 mm. d’albumine digérée ; avec 0.1 cc. de sérum, l’action antitrypsique se manifeste déjà, et elle augmente graduellement avec la dose de sérum ; en présence de 1 cc. de sérum l’action trypsique se trouve complètement arrêtée. Le sérum obtenu à jeun est moins actif qu’après un repas. De plus, on constate que le pouvoir antiprotéolytique du sérum de chien, vis-à-vis du suc pancréatique activé par l’entérokinase, augmente généralement 1 h. 1/2 après le repas. Il arrive au maximum après 3 heures et recommence à décroître après 5 ou 7 heures.

ANTITRYPSINE.

Pouvoir antiprotéolytique du sérum de chien vis-a-vis du suc pancréatique kinasé.

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