‹ Les chefs dʹécoleChapitre 30 sur 74 · LA CHUTE. — L^BRREVH PERSISTANTE · texte numérisé non relu

LA CHUTE. — L^BRREVH PERSISTANTE

bien en situation, rien ne se peut comparer à la rigidité gonflée et guindée des assistants. Les officiers de la couronne, porteurs des attributs de la majesté impériale, luttent entre eux d'affectation solennelle, les dames d'bonneur sont vraiment plus roides et plus laides Tune que l'autre ; ces graves personnages sont embarrassés de leurs bras, de leurs jambes, de leurs manteaux, de leurs plumes ; et, pour employer une^ expression vulgaire qui rend exactement Veffet qu'ils produisent : ils paraissent endimanchés. Les femmes liront aucune grâce, les hommes aucune élégance, et dans leur gravité de parade, ils ont l'attitude de parvenus; ils restent sans noblesse, je dirai presque gans dignité.

Si Ton n'a pas attentivement étudié ce tableau, on ne peut se faire une idée de la nullité avec laquelle sont peints les derniers plans : la mère de l'empereur, la maréchale Soult, M>°« de Fontanges et la foule des tribunes. Be peintre afait effort cependant pour arriver au clair-obscur, pour donner leur valeur lumineuse à ces plans éloignés ; il n'a réussi qu'à les dissimuler sous un voile de plomb. C'est qae David avait pu dans son obstination apprendre à voir la ligne, mais il n'avait pas l'œil conformé pour voir la lumière, c'est*à-dire la couleur. Aussi s'explîque-t-on difficilement ces paroles que le roi de Wurtemberg lui adressa la première fois qu'il regarda le tableau du Gourùnnement : • Je ne pensais pas, dit-il, que votre art pût opérer de pareils prodiges. Les moyens pour

le blaDC et le noir sont bien exigus en peinture. Sans doute, lorsque vous avez produit cet effet, vous aviez un rayon de soleil sur votre palette. » David prit au sérieux cet éloge qui n'était sans doute que Tironie délicate d'un homme de goût, aimant la peinture et la pratiquant à ses heures de loisir. 'Le compliment, d'ailleurs, portait en particulier sur le groupe où sont situés le pape et le cardinal Caprara. Nous ne pouvons partager Tadmiralion, feinte ou sincère, du roi de Wurtemberg, et en vérité, elle porte à faux si elle a réellement pour objet le jeu de la couleur; mais à un autre point de vue , nous devons signaler dans ce groupe un personnage tout à fait remarquable et qu'on s'étonne à ce titre de rencontrer dans cette composition emphatique et sans largeur ; ce personnage, c'est Pie VIT.

Le pontife est seul discrètement interprété. Sous le costume, on ne voit pas la charpente humaine ; l'homme n'existe pas, il disparaît sous le prêtre dont le geste mesuré est digne, noble et cependant d'une simplicité irréprochable. La tête est animée par une expression de douceur et de résignation trop naturelle pour n'avoir pas été saisie sur le vif. David n'avait aucune inspiration, et de tels effets sont rarement dans l'art im résultat de l'étude ; on les trouve dans son cœur ou dans le modèle. Le Pie YII du Couronnenement est Tune des grandes productions de David. Il vaut le Marat expirant et la tête de Lepelletier de Saint- Fargeau. Le secret du talent exceptionnel que David

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a montré dans ses portraits du pape, et en particulier dans le portrait que Ton voit au Louvre, est contenu dans une phrase très-caractéristique du livre de M. Delécluze. Elle vient démontrer une fois de plus la mobilité incessante de Tartiste. « Lorsque, en 1797, écritM. Delécluze, David, traçant leprofîl de Bonaparte sur le mur de l'atelier de ses élèves, disait : Mes amis, voilà mon héros! il était sincère. Mais s'il eût osé faire un aveu de la même sorte en 1804, il se serait certainement écrié en sortant de chez Pie YII : Voici mon papel »

Telle était donc la puissance de l'émotion chez David qu'elle lui faisait renier les principes artistiques de toute sa vie, et que sous le coup de celte émotion il atteignait la grandeur, la vérité, et produisait ainsi les seuleg œuvres qui justifient le renom illustre qu'il acquit néanmoins par des moyens complètement opposés. Mais il se refroidissait aussi vile qu'il était prompt à s'enflammer, et la veine était bientôt tarie. Il a reproduit le masque de Napoléon un nombre de fois indéterminé; de ce nombre, il ne restera qu'un portrait, et il n'est qu'à l'état d'esquisse : c'est celui qu'il entreprit quelques mois après la signature du traité de Campo-Forriaio, pendant l'un des rapides séjours à Paris du général Bonaparte. Cette esquisse appartient au duc de Bassano qui Ta fait lithographier, et depuis, la photographie Ta rendue populaire. Jamais l'artiste n'a su retrouver cette tête énergique. Il a trouvé, d'après cet auguste modèle, des

simulacres de camée, de faux empereurs romains, jamais Napoléon. Cela tient à ce qu'il n'eut pour celui-ci qu'une heure de vif enthousiasme.

Les distinctions et les dignités cependant venaient trouver David de toutes parts : il était de l'Institut, membre de la Légion d'honneur. Les artistes de chaque pays où avait pénétré sa gloire briguaient la faveur de visiter son atelier, et l'Italie lui envoyait ses plus illustres représentants dans les arts. Un peintre dont le nom. est oublié , mais qui était fort célèbre alors, Camucini prenait congé de lui sur ces mots : Addio , il piii bravo pittore di scolari b.en bravi. Canova, à peine de retour à Rome, le proposait comme agrégé à l'Académie qui, renonçant au vote individuel, l'accueillait par un Oui unanime , enthousiaste et spontané. Nous retrouvons la trace de cet hommage dans un brouillon de lettre écrit par David sur le petit cahier de croquis dont nous avons déjà parlé. Voici cette lettre :

« Ce que vous m'annoncez , mon cher Canova, relativement à mon admission à TAcadémie de Rome, me flatte et me surprend infiniment. Je me serais trouvé très-honoré que l'Académie de Rome eût daigné m'admettre dans son sein dans ses formes accoutumées; elle a bien voulu les enfreindre pour moi, elle m'a nommé par acclamation. Ah ! mon bon ami, j'en sens tout le prix, Tamour-propre ne m'aveuglera pas. C'est le présentateur que l'Académie a justement considéré; Canova, le nom de Ganav^ ^

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