LA CHUTE.— L'HRREUR PERSISTANTE
tout Mi. Qxkoi qu'il en soit, moins je mérite^ et plu8 je vous en ai d'obligation. C'est un souvenir que je conserverai dans mon cœur jusqu'à la fin de mes jours. »
Le Cmtrmnemmt avait obtenu le plus grand succès, mais on n'avait pas épargné les critiques à la Distri^ butian des aigles, David, froissé, renonça à peindre les deux autres tableaux qui lui avaient été com* mandés : V Intronisation et VEntrée à V Hôtel de YiUé\ il retourna au léonidas, Kous avons dit ce qui advint de oe i^tour à une composition longtemps abandonnée ; mais Tartiste était satisfait, il s'était « tiré des habits btrodés et des bottes, comme il récrivait plus tard à 3ros en lui exprimant son dédain pour ce qu'il appelait les « sujets futiles, » pour les « tableaux de circonstance. »
Le programme tracé par l'empereur était vaste cependant, et il eût offert à un peintre de génie une merveilleuse occasion' d'essayer tour à tour les combinaisons multiples auxquelles daus les moyens de Fart pouvait se prêter la vie moderne. David devait aborder de front la difficulté, braver le préjugé qu'il avait fait naître, oublier résolument les antiques qui ne pouvaient lui être d'aucun secours dans une œuvre sans le plus lointain rapport avec rantiquité. Jusquelà il semblait obéir à une apparente logique en s'inspirant des monuments grecs ou romains pour reproduire certains faits historiques, contemporains de ces monuments* La critique portait plutôt sur le
parti pris dans le choix des sujets, sur les erreurs de Texécution que sur les ressources employées pour arriver à une vérité relative. Mais dans les sujets actuels, Fobjet de Tinspiration était sous les yeux de l'artiste, il lui appartenait de puiser en lui-même le nouvel idéal qu'il était tenu d'exprimer; il devait aller au cœur même des choses pour en trouver d'abord le caractère spécial, et ensuite le généraliser.
David n'eut pas ce courage ; il ne chercha aucune formule nouvelle pour exprimer un motif imprévu; il se contenta d'examiner le côté tout extérieur des hommes et des événements , non pour le rendre tel qu'il Taurait observé, mais pour l'accommoder tant bien que mal avec les formes d'une tradition qu'il avait restaurée. Il voulut, comme le poëte, faire sur des pensers nouveaux des vers antiques. Funeste erreur ! En effet, si une semblable tentative pouvait, grâce aux barrières infranchissables de la langue, prêter à la poésie une certaine beauté plastique sans lui enlever son cachet purement moderne, cette tentative devait infailliblement amener des résultats désastreux, si on rappliquait aux arts du dessin, dont les moyens d'expression sont de leur nature invariables. André Chénier, Paul-Louis Courier ont pu augmenter notre fortune littéraire et rester essentiellement Français, quoiqu'ils se soient tenus aussi près du grec que possible ; mais en architecture, en sculpture, en peinture, toutes les œuvres conçues