LK SÉJOUR EN ITALIE
amertumes. Impressionnable à Tezcès, il fat vive* ment frappé de la mort de son père, qui survint à la suite d'une faillite amenée par les désastres financiers des premiers temps de la Révolution. La Révolution elle-même lui causa une telle épouvante, qu'il en conserva une sensibilité immodérée, toute féminine, Craignant follement pour sa vie, il se sépara de sa mère et, par l'intervention de David, il obtint la permission de quitter la France, avec un passe-port pour ritalie. Désormais sans fortune, il gagnait au jour le jour le droit et le moyen de continuer sa route. A Nîmes, à Cette, à Montpellier, où le renvoient les accidents d'un tel voyage, il laisse derrière lui de nombreux portraits, aussi vite achevés qu'ébauchés. Il était servi, dans Texécution de ces besognes ingrates, par une rare aptitude à saisir la ressemblance. Il en donna une preuve étonnante lorsque, longtemps après la mort de son père, il fit de celui-ci, d'après ses souvenirs, un portrait que les intimes de la famille s'accordaient à trouver d'une exactitude extraordinaire.
Mille difficultés vaincues, il entra dans Gênes, sans autres ressources que son talent de portrsûtiste. De ses visites dans les musées, il rapportait de fécondes admirations; mais chacune de ces courses lui laissait un profond abattement. La vue des chefs-d'œuvre lui rappelait qull avait rêvé un autre emploi de ses facultés artistiques; il s'enfermait chez lui, refusait les coinmandes qui lui venaient, esquissait quelqne
1i GROS.
grande oompoaitioxi dans le goût du temps : Akxandr$ domptant Bucéphale, Malvina, Timoléon de Carmthe ^ Mais la nécessité personnelle ou une lettre de sa mère, complètement ruinée et lui demandant de l'argent, le chassaient de Tasile qu^il s'était choisi, et de nouveau le condamnaient au labeur.
Dans ses courses à travers TltaUe du nord, plu« sieurs fois il revint à Gènes. C'est à Gênes que la fortune lui devint enfin plus clémente s le ministre de la république, Faitpoul, le présenta à la femme du général en chef de Tarmée d'Italie. Séduite par son talent, par la grâce particulière qui émanait de cette âme caressante, repliée sur elle-même, débordante de tendresses refoulées, M"' Bonaparte qui allait rejoindre son mari, lui dit spontanément, après avoir vu quelques-uns de ses tableaux t a Je vous emmène à Milan, je vous emmène partout. » Elle comblait un des vœux les plus chers du jeune artiste, qui, puisqu'il se croyait voué au portrait, désirait ardemntent faire celui du vainqueur de Fltahe. Sur les instances de Tune, sur la respectueuse prière de l'autre, le général consentit, non sans peine, à poser, chaque jour, quelques minutes devant le peintre. En deux semaines, celui-ci acheva cette énergique figure, le Bonaparte à ArcoUy qui est restée populaire*
Le séjour à Milan fut pour Gros un secour» moral xnomentanément efficace , et lui apporta xm grand
^ Il existe un très-beau dessin de cette composition ftu musée du Louvre (SàUe des dessins deVÊooU française).