‹ Les chefs dʹécoleChapitre 37 sur 74 · SS GROS · texte numérisé non relu

SS GROS

Les teintes sourdes, et elles dominent dans cette toile, sont, en effet, plus favorables aux transitions que les teintes brillantes, forcément très-peu variées. La gamme des tons , depuis le gris clair jusqu'au noir, est infiniment plus riche en dégradations de nuances que la partie qui lui correspond, du gris clair au blanc pur; il suffit d'indiquer cette vérité relative à deux valeurs abstraites, pour qu'elle soit établie d'une manière incontestable si on veut l'appliquer à la série des trois couleurs primitives dans leurs combinaisons illimitées. La Bataille d'Eylau, considérée au point de vue technique, est donc la meilleure œuvre du peintre, celle où il s'est montré le plus habile, où il a vaincu le plus de difficultés.

Le tableau de Jaffa flatte davantage, il est plus séduisant à l'œil : Eylau est, de toutes les œuvres de Gros, la plus réellement forte, elle en est aussi la plus grande par le caractère de beauté morale qui l'illumine.

L'impression une fois reçue est ineffaçable. Le sol, couvert de neige, se confond dans le lointain avec un ciel de plomb qui ajoute ses tristesses aux tristesses du champ de bataille. Dans le fond, le village d'Eylau fume encore : appuyées aux dernières maisons, les troupes sont rangées aux mêmes lieux où la veille elles combattirent; on le devine à ces légers plis de neige symétriquement alignés et que l'on prendrait pour des plis de terrain : sinistres indices, en réalité, plis de chair humaine, formés par les longues files

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