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SES CONTEMPORAINS. — CONCLUSION. 23S

dureté de Tagate. Il était resté frappé dans sa jeunesse du mot de Napoléon au peintre David. Au Salon de 1814, l'empereur demandait àTauteur des Sabines quelle était la durée d'un tableau. — Sire, à peu près cinq cents ans, répondit le peintre. — Triste immortalité, ùiurmura l'empereur en passant outre. C'était donc autant pour assurer une plus longue durée à ses tableaux que par défaut de véritable science que Decamps avait adopté et poursuivait ce périlleux système de peinture. D'ailleurs, je l'ai dit, il y était, pour ainsi dire, condamné par la faveur publique, qui, sans cela, eût repoussé les œuvres les meilleures de son peintre habituel, et, lui-même, l'eût méconnu. Gomme on pouvait s'y attendre, les secrets de sa facture ime fois trouvés — car il n'eut jamais d'élèves — Decamps eut de nombreux imitateurs qui exagérèrent encore les exagérations en trompe-Fœil de sa manière. Il avait si bien le sentiment de l'insuffisance de sa pratique aventureuse, que dans ses dernières années, lorsqu'il faisait partie du jury des expositions, il se montrait impitoyable pour les jeunes gens qui, désertant l'école, marchaient le plus témérairement dans sa voie. Heureusement, ce n'est pas à cette protestation que se borna l'action de Decamps sur l'école moderne. Sa véritable gloire, c'est d'avoir forcé la porte d'un monde inconnu et jusque-là travesti d'une façon ridicule, c'est 'd'avoir découvert rOrient. De lui procède immédiatement Marilhat, son contemporain. Les trois tableaux de Marilhat que

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possède M. le marquis Maison \ lês Syriens en voyagé, une Rm du Caire^ VEmbarcadère du port de Rosette^ sont des morceaux accomplis où la science, la sobriété, la sincère observation, annoncent un talent sûr de lui-même, arrivé à sa pleine malurité, et qui eût doté l'art français d'œuvres exquises, et je dirai plus, relativement au genre, parfaitement belles. Decamps n^a siu: Marilhat que la supériorité de la découverte, et il en avait conscience lorsque, devant le premier tableau de ce peintre regretté, il disait familièrement à UD artiste de ses amis : c Si nous n^ prenons garde, en voilà un qui sera plus fort que nous tous, et il me donnera du fil à retordre. » Une mort prématurée enleva à Tauteur de la PatrouUle turque ce rival redoutable, et qui déjà lui était supé^ rieur. Mais le pinoeau de Marilhat a été relevé, et M. Eugène Fromentin le tient aujourd'hui d unemaia digne, après Vavoir doté de sa propre originalité.

Lorsqu*on étudie en les comparant entre elles les diverses manières dont TOrient a été rendu par ses trois plus grands interprètes, on est imn^èdiatement frappé de la différence profonde qui existe entre rOrient de Decamps et TOrient de Marilhat et de M. Fromentin. Autant le premier est violent, heurté,

* i9 dois adresser ici mes remerctments à quelques amateurs éclairés, admirateurs et amis de Decamps. Grâce à rôbligeance de M. le marquis Maison, dé MM. Fau et Rover, }'ai pil Toir an certain nombre de tableauk, et coniplôtér ainsi U «onnaiisance^ que j'avais de son oeuvre.

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contrasté, autant les lumières y sont éclatantes, les ombres épaisses et profondes , autant le second ôst harmonieux et doux, malgré l'évidence d'une chaleur torride sous un soleil aveuglant. L'accord de M. Fromentin et de Marilhat avec la plupart des autres peintres orientalistes modernes semble infirmer Texactitude des tableaux orientaux de Decamps. Celui-cij pendant son court voyage dans le Levant, fut particulièrement frappé du luxe pittoresque des vêtements et des attitudes inconnues que prenait le coq)s hu*main sous l'action de mœurs et de coutumes toutes différentes des nôtres; son instinct d'artiste lui révéla le charme de la flore indigène et de Tarchitecture musulmane, mais répugnant à l'étude consciencieuse et lente, à la hâte il exploita sa précieuse trouvaille, et il fit se mouvoir son peuple de Zeibecks, de Smyrniotês et de Grecs dans un monde éclairé puissamment, mais d'une lumière factice. Il ne visa qu'à Veffêt^ et il Tobtint d'autant plus facilement dans le principe, qu'on était moins familier avec l'étrangeté apparente des éléments esthétiques qu'il importait dans l'art ; la silhouette grêle des minarets, ks coupoles des mosquées, la charpente bizarre des dromadaires surprirent le public, et sans discussion lui firent ao* cepter comme vrais tous les effets qu'il plut au peintre d'introduire dans ses tableaux. Au premier abord, d'ailleurs, il paraît tout naturel que la plus forte lumière donne Fombre la plus épaisse, et c'est de semblables oppositions que Decamps tirait le plus habi-

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lement parti. Je ne voudrais pas introduire dans là critique d'art une discussion de physique, même le plus simplement du monde expérimentale, mais je crois qu'il suffit de la plus légère observation pour constater, au contraire, que Tombre augmente en raison de la petitesse et du peu d'éclat du foyer lumineux. Decamps Ta dit, il l'a même écrit : pour lui « un tableau à effet » était « un tableau fait; » de là toutes ces œuvres où, pour obtenir Teffet, il a sacrifié la réalité en méconnaissant les lois de la réfraction et de la réverbération si soigneusement observées par Marilhat dans les Syriens en voyage^ et par M. Fromentin dans une Rue d'El-Âghouat à l'heure de midi^ qui figurait au Salon de 1859.

Malgré les écarts de sa fantaisie, Decamps n'en reste pas moins, à son honneur, le véritable initiateur de tout un genre dans l'art contemporain, etn'eùt-il été que le précurseur de la jeune école orientaliste, il faudrait lui savoir un gré infini de cette intuition merveilleuse qui lui a fait découvrir un filon nouveau et riche. D'ailleurs, on lui doit encore en grande partic ainsi qu^à M. Paul Huet les origines du paysage moderne, et, certes, il ne viendra jamais à la pensée de MM. Diaz, Gabat et Théodore Rousseau — celui-ci est devenu un maître — de renier l'influence première de Decamps sur leurs œuvres.

Nous venons de voir le rôle de Decamps vis-à-vis de la jeune école ; si nous remontons dans le passé, nous ne lui trouvons pas d'inspirateur immédiat; il

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