‹ Les chefs dʹécoleChapitre 49 sur 74 · SES CONTEMPORAINS,-^ CONCLUSION · texte numérisé non relu

SES CONTEMPORAINS,-^ CONCLUSION

n'a pas de prédécesseur, et par conséquent il n a pas^ de maître. Son talent, il ne le doit qu'à lui-même, et c'est un mérite précieux qu'une telle originalité ; il ne faudrait donc pas que notre critique un peu sévère allât jusqu'à dédaigner l'homme qui a pu, dans le domaine d un art tant exploité, se frayer des sentiers inconnus et provoquer dans notre école un mouvement assez important pour avoir déjà produit des résultats dignes d'attention. La postérité réserve donc àDecamps une place distincte non loin de Watteau et de Chardin, talents comme lé sien, suî generis^ et entièrement personnels ; toutefois, elle ne le placera jamais au niveau de ces peintres dont Tun a fait une belle œuvre dans le Gilles^ et Tantre un chef-d'œuvre dans le Portrait de M^ lenoir. Us ont tous les trois un trait commun, cependant : ils reflètent exactement l'esprit de leur époque. Watteau a l'élégance insoucieuse et décolletée de la Régence ; Chardin offre dans^ le portrait que je viens de nommer le premiçr type moderne de la bourgeoisie distinguée, dont le règne commence en effet dans le dernier tiers du xvni* siècle; Decamps résume les incertitudes, l'amour de l'aventure, le culte de l'à-peu-près, l'esprit d'expédients du temps de Louis-Philippe.

Il eut de véritables qualités qu'une sérieuse éducation pratique, que la culture intérieure auraient certainement assez étendues pour faire un grand artiste de celui qui les eût possédées. Ses dons naturels et ceux qu'il avait acquis — roriginalité , la sûreté du coup

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d'œi), la décision — n'ont pas été, il s'en faut de beaucoup, complètement perdus; mais ils ne se sont manifestés que dans un mode inférieur. Le sérieux, la gravité de la tête humaine l'épouvantaient, il ne s'en tira qu'en la faisant grimacer. Les peintures plu» grandes que nature lui étaient inintelligibles, et les œuvres des maîtres, quoi qu'il ait fait, lui restèrent toujours fermées. Il fut un transcripteur plus habile que scrupuleux des beautés purement extérieures de lanature, mais ilne pénétra jamais l'âme des choses'; il représente merveilleusement la fantaisie pittoresque, la fantaisie un art éblouissant mais vide, le pittoresque un art ingénieux mais nul, humainement. S'il m^était permis d'emprunter des termes de comparaison à un art qui n'a rien de plastique comme lalittôrature,je dirais que Decamps est un brillant prosateur, qui manie plus habilement les mots que la phrase et la phrase que la pensée. En résumé : Decamps est un peintre de talent qu'il appartiendrait à l'école française moins qu'à toute autre de renier ; mais dans cette histoire générale de Tart, qui sera l'œuvre de Pavenîr, il ne lui sera fait, je pense, qu'une bien petite place, parce qu'il manque essentiellement de grandeur et de sincérité.

n y a de plus dans l'œuvre de Decamps une dureté morale que nous avons déjà signalée et qui est surtout remarquable dans le Boucher twrc et le Supplice des crochets. Je n'aime pas outre mesure les compositions d'Ary Scheflfer, mais sans désirer qu'un artiste s'a-

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