ET PITTORESQUE
déjà se montrer digne d'être distingué de la foule. Lorsque sans s'arrêter, sans se démentir, onaconsacré à la réalisation de son désir toute sa vie, c'est-à-dire son intelligence, son temps et sa santé ; on a fait preuve d'une supériorité marquée sur la plupart des hommes frivoles et inconscients. — M. Ingres est donc un homme supérieur.
C'est en effet un spectacle fécond que cette longue carrière toute occupée du même objet, la poursuite de la beauté pittoresque. Nous devons être émus en voyant ce peintre octogénaire manier aujourd'hui le crayon et le pinceau d'une main aussi ferme qu'il y a soixante ans. Nous n'en sommes pas encore à apprécier et juger le talent de M. Ingres, nous le ferons tout à l'heure avec une indépendance assez sincère, pour qu'il nous soit permis d'insister sur ce touchant caractère d'une vie pénible à ses débuts et plus tard entourée des hommages d'une école nombreuse et fidèle ; vie heureuse que maintenant couronne une vieillesse toujours active , toujours honorée parce qu'elle fut foncièrement honorable et respectable.
M. Ingres est né à Montauban en 1781. A vingt ans il obtenait le priz de Home. Son tableau de concours xeprésente Achille rec&oa/nt dans sa tente les envoyés d'Agamemnon, il est encore à l'Ecole des Beaux-Arts. Après un séjour forcé de cinq années à Paris, pendant lesquelles il peignit quelques portraits, quelques tableaux, d'histoire, un Bonaparte^ premier consvi^ un Napoléon sur te trône, en grand costume impérial, et
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une allégorie de Napoléon au pont de Kehl^ il partit enfin pour Tltalie. Arrivé à Rome, en 1806, il y fit entre autres compositions OEdipe et le Sphinx^ le Tu Mareellu^ em, des tableaux de geiure sur des sujets modernes, ses Odalisques célèbres. 11 ne quitta la ville éternelle qu'en 1820 pour aller à Florence, — où il exécuta le Vœu de Louis XIIIetïEntrée de Charles V dans Paris ^ et revenir en France en 1824. — V Apothéose d'Homère et le Saint Symphorieri marquent, à Paris, la présence de M. Ingres qui n'y resta que dix ans. En 1834, blessé de Taccueil fait parla critique à son dernier tableau, il obtint de retourner à Rome, mais alors comme directeur de l'Académie de France. La Stratonice^ la Vierge à Vhostie^ VOdalisque et soneselave, le Portrait de Cherubini furent peints à la villa Médicis, où il dirigea la jeune école jusqu'en 1841 , date de son retour définitif à Paris. Cette année (1861), il exposait dans les galeries du boulevard des Italiens une œuvre récemment achevée, la Source. Cette composition clôt jusqu'à ce jour la série des peintures exécutées par M. Ingres pendant cette période de vingt ans, soit pour les vitraux des chapelles de Saint-Ferdinand et de Dreux, soit pour THôtel de ville (V Apothéose de Napoléon l^)y suit pour TËxposition universelle de 1855 (la Venues anadyomène). — En 1824, M. Ingres fut nommé chevaher de la Légion d'honneur, officier en 1826, commandeur en 1845. Lorsqu^en 1855, le jury international pour l'Exposition universelle des beauxarts lui décerna la grande médaille d'honneur, il