INTRODUCTION. XIII
trésor, celui du Musée, du jour où Ton osait y porter les yeux, une variété si réelle, devaient fatalement éblouir une jeunesse exaltée, prompte à se porter aux extrêmes. La renaissance italienne, étudiée primitivement au point de vue purement plastique, mit rapidement en évidence la monotonie des sujets grecs et romains traités avec conviction, mais d*une façon abstraite et sans prestige, par Tauteurdu Léonidas et par ceux de ses disciples restés fidèles. De Tanalyse matérielle des productions italiennes ou espagnoles, flamandes ou hollandaises, au choix des sujets exploités par les grands peintres du passé qui avaient reconquis une vogue croissante, il n'y avait quHin pas : il fut franchi. De là, et plus tard par une loi d'extension familière à Tesprit humain, l'encombrement dans les expositions des sujets renaissance, moyen âge et exotiques; mouvement puissamment encouragé, soutenu par un mouvement littéraire analogue et non moins audacieux.
Gros, le premier, et d^instinct, avait porté la hache dans Varbre de la tradition nouvelle. Jeté parles événements et pendant de longues années hors du cercle d'action de David, poussé fatalement, malgré lui, à
XIV IMTRODUeTJON.
participer à la vie expa&sive de« artnéee, il produisit ses belles épopées militaires, laffa, Eylau, en dépit de 9a secrète ambition, restée^ comow sa volonté, sou-^ mise à la volonté de David et à l'ambition que celui-d lui imposait. Son cœur, respectueusement attaché à renseignement du maître^ réprouvait les hardiesses de SA main* Il courbait le front devant les admones* talions de son impérieux initiateur ; il était intérieu* rement humilié de ses propres triomphes, des triom^ phes que lui valaient • les bottes et les habits brodés * (ces mots ëont de lui); et il prouva combien il était sincère avec lui-même : dès qull lui fut permis de renier ouvertement l*esprit de ses grandes œuvres, il le renia, — et de ce reniement il mourut.
L'œuvre d'affranchissement que Gros avait corn* mencée sans en avoir conscienccj GéricauU résolument et J>erlinemment l'acheva. Du premier coup il poussa les choses i toute extrémité; il creusa un abîme là où Gros avait à peine entamé le sol. Il bàù* nit fièrement de sa pensée et de ses tableaux les sujets jusqu'à lui réputés seuls nobles. Non-seulement il n'accorda aucun souvenir aux héros de l'antiquité; il poussa même l'audace jusqu'à ne vouloir point re-
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garderies héros de rbeure voisine, ceux de FEmpire. Au moins, la première fois qu'il se soumettra au jur gement du public, pour son premier Salon, il se con*formera sans doute à Tusage général; il voudra prouver qu*il sait peindre un torse et poser une académie; ses licences, il ne se les permettra qu£ plus tard, sa réputation faite? — Nullement. Point de héros, avons-nous dit, ajoutons aussi ; point de nu, point d'académie. Sur un cheval d'ordonnance, d'unç terrifiante impétuosité, il pousse à travers la mêlée un soldat, un ofScier de guides; et Tannée suivantei c'est à un simple cavalier, im cuirassier démonté, blessé, qu'il fera les honneurs de son pinceau énev-^ gique et déjà savant. Dernière révolte enfin, protestar tion suprême, il choisit un cadre plus vaste que celui du Léonidas, et sur cet immense châssis, habituel* lement réservé au récit des hauts faits de Tbistoire ancienne ou contemporaine^ il développe toutes les scènes d'un drame qu'il choisit d'une vulgarité gran*
diose, un naufrage, c'est-à-dire des hommes du port,
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des nègres, opposés à des demi-dieux, aux héros des Tbermopyles. La séparation ne pouvait être plus éclatante^ plus évidemment calculée, et depuis on