‹ Les classiques de la table, à l'usage des praticiens et des gens du monde ... [etc.]Chapitre 147 sur 180 · APHORISMES DE I.’ÉCOLE DE SALERNE · texte numérisé non relu

APHORISMES DE I.’ÉCOLE DE SALERNE

Charmé de ton parfum , c’est moi seul qui , dans l’onde ,

Infuse à mon foyer ta poussière féconde;

Qui, tour à tour calmant, excitant tes bouillons,

Suis d’un œil attentif tes légers tourbillons.

Enfin, de ta liqueur, lentement reposée,

Dans le vase fumant la lie est déposée ;

Ma coupe, ton nectar, le miel américain Que du suc des roseaux exprima l’Africain ,

Tout est prêt; du Japon l’émail reçoit tes ondes,

Et, seul, tu réunis les tributs des deux mondes.

Viens donc, divin nectar, viens donc, inspire-moi :

Je ne veux qu’un désert, mon Antigone, et toiî A peine j’ai senti ta vapeur odorante ,

Soudain de ton climat la chaleur pénétrante Réveille tous mes sens; sans trouble, sans cabots,

Mes pcnsers plus nombreux accourent à grands flots :

Mon idée était triste, aride, dépouillée;

Elle rit, elle sort, richement habillée,

Et je crois, du génie éprouvant le réveil,

Boire dans chaque goutte un rayon de soleil.

Que de perfectionnements encore dans l’art de préparer le café depuis ces vers de Delille ! — L’école de Salerne ne veut rien permettre après le café, tant elle le trouve excellent, et, pour cette raison, elle condamne les liqueurs.

Prœliiclant o/fœ, prœcludat prandia coffe.

D u Ici 1er invadit , sed dur i ter ilia rod.it

Spiritus ex vino quem fundit dextra popino.

Que la soupe commence et le café termine.

Les liqueurs que nous verse une main assassine

Flattent notre palais bien agréablement,

Mais nous brûlent fort promptement.

C’est encore à la forme aphorisme que nous devons la proscription absolue des liqueurs , n’en doutons pas : car l’eau-de-vie , le kirsch et le rhum auraient obtenu grâce et reçu leur part d’éloges dans un ouvrage aussi distingué.

Eh bien ! que pensez-vous de l’école de Salerne, gourmands d’élite, et vous surtout buveurs, enclins à la querelle? — Gardez-vous quelque rancune aux grands maîtres qui vous absolvent et vous confirment dans la bonne voie? — Parlez ; d’un seul mot je puis vous confondre. L 'école de Salerne ne dit rien , rien absolument de l’eau !

Le pain qu’elle recommande est celui des meilleurs boulangers de Paris, ni chaud ni trop rassis :

VARIETES

Partis non calidus, nec sit nimis inveteratus ,

Non bis decoctus, non in sartagine frixus,

Sed fermcntatusque, oculalasque et bene coctus.

Et salsus modice, ex granis validis et electus;

Purus sit, sanus ; non talis sit tibi vanus.

De votre table ayez bien soin d’exclure Le pain encore cbaud et le pain qui moisit,

Le dur biscuit, les pâtes en friture.

Que votre pain soit d’un bon grain, bien cuit,

Plein d’yeux et peu salé; ce pain fait un bon chyle.

Vous voilà donc pourvu d’excellent pain , grâce à Jean de Milan : ce n’est pas une petite affaire , croyez-le bien. — Mais il ne vous laissera pas manger votre pain sec , encore moins y joindre des légumes aqueux , des farineux empâtants. Ce qu’il approuve , ce sont les perdrix et les cailles, les poulets et les faisans (aph. 38) :

Sunt bona gallina, et capo, turtur, sturna, columba,

Quiscula cum merula, phasianus et ortygometra ,

Frigellus , perdix , et otis, tremulusque amarellus.

La poule est bonne , ainsi que le chapon ;

Caille, perdrix , tourterelle et pigeon;

L’outarde , qui l’hiver dénote ;

Le faisan, qui du Phase a conservé le nom;

Le pluvier, l’étourneau , le merle et le pinson ,

Et la sarcelle qui barbote.

Méditez la leçon de sobriété que vous donne l’auteur d’une façon si délicate dans son 39e aphorisme :

O Jluvialis anas, quanta dulcedine manas !

Si mihi cavissem, si ventri frena dedissem ,

Febres quart anas non renovasset anas.

O canard de rivière ! à ta chair grasse et tendre Qui pourra résister? Je m’y suis laissé prendre.

Ce mets requiert de la sobriété;

Je sais que Lorsqu’on s’en écarte Le retour de la fièvre quarte Est le résultat sûr de cette avidité.

Il était impossible de signaler plus nettement aux amis de la bonne chère l’écueil des indigestions. — Le précepte suivant n’est pas moins bon 5 méditer :

Auca petit bacchum mortua, viva lacum.

L’oie veut être abreuvée, c’est un fait très-certain i Vive, elle veut de l’eau; morte, elle veut du vin.

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