‹ Les classiques de la table, à l'usage des praticiens et des gens du monde ... [etc.]Chapitre 78 sur 180 · PAGE · texte numérisé non relu

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O Monlmaur! ô mon maître !

Illustre parasite, que son esprit, ses bous mots et son appétit ont immortalisé. Sallengre a publié des Mémoires sur ce grand homme. En les lisant, on croit l ie une des vies de Plutarque.

II fit d’abord le métier de charlatan à Avignon , où il gagna beaucoup d’argent ; mais, un ordre du magistrat l’ayant tait sortir de cette ville, il vint à Paris, s’appliqua au droit, et se fit recevoir avocat. Enfin, en 1623, Jeiôme Goulu, professeur de langue grecque au Collège royal, lui vendit sa chaire. Montmaur avait infiniment d’esprit, et même d’érudition ; il avait lu tous les bons auteurs de l’antiquité; et, aidé d’une prodigieuse mémoire, jointe à beaucoup de vivacité, il faisait des applications très-heureuses des traits les plus remarquables. Il est vrai que c’était presque toujours avec malignité, ce qui exeta contre lui la fureur de tous ceux qui furent l’objet de ses plaisanteries.

Il logeait dans un donjon du college de Boncourt, dans l’endroit le plus élevé de Paris , afin , disaient ses ennemis, de mieux découvrir la fumée des meilleures cuisines. Comme il recevait souvent deux ou trois invitations pour le même jour, craignant d’en manquer une seule, il fut obligé d’acheter un cheval, qui était toujours nourri aux frais de ceux qui invitaient son maître.

Admis chez toutes les personnes de qualité, Montmaur les amusait par ses ingénieuses reparties. Aussi disait-il souvent : Qu'on me fournisse les viandes , je fournirai le sel. II le répandait à pleines mains aux tables où il se trouvait; mais c’était surtout aux mauvais poètes qu’il en voulait. Un jour, chez M. de Mesmes, un rimeur détestable vantait beaucoup des vers qu’il avait composés en l’honneur d’un lapin. Ce lapin-là n'est pas de garenne, lui cria brusquement Montmaur, servez-en d'un autre. Il dînait chez M. le chancelier Séguier ; en desservant, on laissa tomber du bouillon sur lui : il dit, en regardant le chancelier, qu’il soupçonnait être l’auteur de cette plaisanterie : Summum jus, summa injuria. Jeu de mots fort ingénieux pour ceux qui entendent le latin.

Un avocat, fils d’un huissier, résolut de le mortifier en dînant chez le président de Mesmes. Il convint avec d’autres convives de ne point le laisser parler : ils devaient se relever les uns les autres, et, dès que l’un aurait achevé de parler, un autre devait prendre la parole. Montmaur arrive; l’avocat crie : Guerre! guerre! — Monsieur, lui dit notre professeur, vous dégénérez , car votre père a crié toute sa vie : Paix là ! paix là! L’avocat fut si déconcerté qu’il ne put dire un mot de tout le dîner.

On pourrait faiie un joli recueil intitulé : Montmauriana . On mettrait en tête un abrégé de la vie de cet homme vraiment illustre; et ce petit volume serait le bréviaire de tous les auteurs qui vont dîner en ville.

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