PAGE
Toi qui fis d’Alembert et d’autres bons ouvrages,
Bienfaisante Tencin.
D’Alembert était fils de madame de Tencin et du chevalier Destouches; il fut exposé sur les marches de l’église de Saint-Jean-le-Rond, et recueilli par une pauvre vitrière, qui lui donna tous les soins d’une mère tendre.
page 220.
Tes chausses de velours
Madame de Tencin donnait pour étrennes aux hommes de lettres admis chez . elle deux aunes de velours; ils s’en faisaient faire des culottes.
page 221.
Dans des temps plus heureux on trouvait à Paris.
Madame de Lambert donnait à dîner aux gens de lettres tous les mardis. Ces mardis sont devenus célèbres par les lettres de Lamothe et de madame la duchesse du Maine.
Outre le mardi, madame de Lambert avait encore un mercredi , où venaient quelques autres gens de lettres, mais moins célèbres. Un jour, les convives du mardi n’ayant pas été de l’avis de leur présidente sur une question qu’on agitait, elle feignit d’en être piquée, et dit qu’elle ne se tenait pas pour battue, et qu’elle porterait la question à son mercredi, qui , ajouta-t-elle, valait mieux que son mardi. On ne fit que sourire de cette préférence, et personne n’en fut blessé. Mais, Madame , dit avec finesse M. de Mairan, oseriez-vous bien dire à votre mercredi qu’il ne vaut pas votre mardi?
Après la mort de madame de Lambert, les convives se réunirent chez madame de Tencin , et ce fut chez cette dernière que Marmontel les rencontra. « Il y avait là, dit-il, trop d’esprit pour moi. Je m’aperçus qu’on y arrivait préparé à jouer son rôle, et que l’envie d’entrer en scène n’y laissait pas toujours à la conversation la liberté de suivre son cours facile et naturel. C’était à qui saisirait le plus vite, et comme à la volée, le moment de placer son mot, son conte, son anecdote, sa maxime ou son trait léger et piquant; et, pour amener l’à-propos, on le tirait quelquefois d’un peu loin. Dans Marivaux, l’impatience de faire preuve de finesse et de sagacité perçait visiblement. Montesquieu, avec plus de calme, attendait que la balle vint à lui, mais il l’attendait. Mairan guettait l’occasion. Astruc ne daignait pas l’attendre. Fontenelle seul la laissait venir sans la chercher. »
«Vous n’aimez pas, dit madame de Tencin à Marmontel, ces assemblées de beaux-esprits; leur présence vous intimide : eh bien! venez causer avec moi dans ma solitude. »
C’est dans cette solitude que madame de Tencin lui donna des conseils importants. lis intéressent tous les hommes de lettres.
« Malheur, lui dit-elle, a qui attend tout de sa plume. Rien de plus casuel. L’homme qui fait des souliers est sûr de son salaire. L’homme qui fait un livre ou une tragédie n’est jamais sûr de rien.
» Faites- vous plutôt des amies que dégarnis; car, au moyen des femmes, on