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VIII QUELQUES EXPLICATIONS PRÉLIMINAIRES

tes les mémoires. Sa première conversation était réellement éteinte , comme le fait remarquer son ami M. de Cussy ; son esprit se ressentait de son passage à travers une longue révolution , et cet esprit piquant et fantasque , mais noble , l’exécrait de la même colère que MM. Berchoux , Colnel , Delille. Que d’épigrammes n’a-t-il pas lancées contre les mauvais riches et contre toutes les choses grossièrement renouvelées !

M. de La Reynière avait un bon style , une profonde littérature dramatique et beaucoup de verve ; mais tout son excellent esprit a été jeté au vent pour n’avoir pas été resserré dans une forme élégante et précise comme celle de la Physiologie du Goût. Il avait passé une partie de sa vie dans l’intimité des premiers talents du Théâtre-Français. La vogue de ses huit volumes de Y Almanach des Gourmands a été très-grande , très-méritée ; mais il était rédigé sur des riens et des faits passagers , avec la précipitation de la saillie. Il n’en est resté qu’un vif souvenir et les traits épars si brillants qui sont rapportés dans ce volume. Les trente pages que nous donnons ici sont tout ce qui peut être extrait de ses improvisations1. C’est quelque chose, au reste, de laisser trente pages aussi vraies et aussi distinguées. M. de La Reynière est la dernière lueur qu’ait jetée l’ancienne école. Il était affectueux, vif, aimant. Celui qui tient ici la plume ne peut oublier sa gracieuse bienveillance. Il lui avait promis le travail d’une réduction , et il est heureux d’avoir pu remplir sa promesse.

Après lui vient, un de nos amis communs, un homme du monde dont la mémoire sera difficilement oubliée, M. le marquis Louis de Cussy. L’empereur l’avait créé baron et préfet du palais; M. de Cussy est un des hommes qui l’ont le mieux connu et le plus aimé. Aussi , jusqu’à la

1 C’est à l’obligeante bonté de madame de La Revnière que je les dois; je lui dois le portrait de son mari, gravé pour la première fois. — Très-jeune, un accident terrible l’avait privé de ses mains. Il était parvenu, à force de combinaisons, à faire des débris qui lui en restaient des moyens aussi souples qu’auraient pu l’être ses mains mêmes. — Il avait été fort élégant dans sa jeunesse, s’était présenté à Ferney et avait vu Voltaire. Sa santé était très-solide; il était fort, avait du ventre, et est mort à 80 ans. 11 écrivait avec une facilité merveilleuse , bien qu’avec un tronçon ; sa mémoire était admirable, rien ne s’y effaçait. Il a passé à la campagne les dernières années de sa vie ; c’est là que nos amis allaient le voir, et qu’un fin et noble esprit, madame de La Reynière, leur accordait une si charmante hospitalité. — M de La Reynière grondait sans cesse ses domestiques et n’en a jamais changé. A la mort de Geoffroy, il a travaillé un moment au Journal des Débats. — Son souvenir est ineffaçable parmi les gens d’esprit.

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