CUISINE DES ANCIENS. — RENAISSANCE
C’est un vieil art que la cuisine , car il remonte jusqu’à Adam.
L’homme est un animal omnivore : ses dents incisives tranchent facilement les fruits; ses dents molaires broient les graines, et ses dents canines déchirent les chairs. C’est en Orient que furent donnés les premiers grands festins. Les productions de ces belles contrées , associées aux épices que le ciel y a semées partout , excitèrent et favorisèrent les premières envies du palais et de l’imagination.
Avec les primitives , les légères ivresses de la table, vinrent le besoin très-rationnel , la vive passion des tapis , des parfums et des fleurs.
Ce fut là , en Orient , que Dieu déposa le berceau de la civilisation.
Athènes en sortit, et devint, aussitôt née, le point culminant d’où partirent les véritables lumières. Un peuple spirituel, gai, actif d’esprit, inoccupé complètement des nécessités matérielles de la vie dont ses esclaves l’affranchissaient , y ouvrit l’école de la première civilisation polie.
L’entraînement de ces charmantes nouveautés mondaines d’Athènes fut grand; il fit tout dévier : rois, législateurs, sages, les grandes écoles de morale et de philosophie, et toute l’espèce humaine fatiguée par la pensée.
Les premiers beaux dîners, les Grecs les donnèrent. C’étaient des fêtes : on dînait sur des tables ciselées avec un goût élevé et brillantes d’or, et les convives se rangeaient dans leur longueur sur des lits couverts d’étoffes blanche et pourpre.
Dans la généralité des grandes maisons, les tables étaient longues, et fort longues , vu la place destinée à chaque invité : d’adroits serviteurs plaçaient devant eux les viandes dépecées.
On servait très-chaud. D’abord , et fort naturellement , l’occupation des convives était de manger, mais lentement, de vider leur coupe. Au second service , l’entretien n’était encore qu’un léger lien, un fil.
A la fin du repas , on enlevait les tables et les lits latéralement placés, qui étaient remplacés par des sièges. On se resserrait, on formait des groupes pour causer.
C’est dans ces réunions que surgit la conversation grecque , cette
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conversation que copièrent tous les siècles policés. C’est ici, à table, qu’elle prit son vol , et qu’une verve rapide découvrit ces mots simples, sentis, qui résument souvent tant d’idées et défaits; ils étaient dits et jetés dans les festins : c’était le jet, le feu des vins de Corinthe.
Àvec leurs vins un peu sucrés, dont nos habiles feraient fi, les Grecs se grisèrent délicieusement. Mais notre palais fin et raisonneur ne les accepterait plus avec enthousiasme , et les regarderait comme les ennemis d’une digestion rapide , car nous avons vieilli et plié.
Nous voulons des vins secs , et les vins qui disposent le plus à causer.
La science de causer est athénienne et de celte époque , celle d’un des plus magnifiques développements de la raison humaine savante et écrite. Quand cette science fut faite , les Romains allèrent la chercher à sa source féconde. Mais n’anticipons pas.
La philosophie pratique fut donc discutée et définie à l’élégante table de la ville de Minerve. On y fit plus : d’heureux esprits improvisèrent des chansons qui en expriment les maximes sous des formes vives et colorées, et ces chansons quittèrent ce coin pour aller civiliser les mœurs du monde.
De jeunes et jolies femmes venaient à ces festins : elles y arrivaient très-parées et les cheveux remplis de fleurs. Déguisant déjà leurs pensées , elles feignaient de venir pour écouter les oracles de la sagesse ; et ces oracles , qui ne quittaient ordinairement la salle qu’au milieu de la nuit , avaient grand soin de les enlever à la leçon et de s’enfuir avec elles : ce n’étaient plus des maîtres austères , mais des amants.
Platon , Athénée et nombre d’autres prêchèrent cette furtive retraite dans les ombres de la nuit.
Vous voyez , ces vrais sages n’étaient pas toujours froids et rigides : ils honorèrent tous la gastronomie comme l’une des plus douces jouissances , et comme la plus durable des excitations : ils écrivirent sur elle , célébrèrent ses traités et ses maîtres , et surtout ce spirituel Archéiraste , ce Carême d’Athènes , qui fit beaucoup pour la théorie culinaire et avança rapidement l’exécuti m.
Il avait parcouru à pied les contrées les plus fertiles du monde ancien , pour voir de près les produits de la terre des différentes latitudes.
Mille assimilations précieuses pour le goût et la santé furent trouvées.
On découvrit dès lors , dans le moral , la disposition qu’avaient tous les peuples brillant à l’aurore et à l’apogée de la civilisation à prendre la gastronomie comme une boussole pour s’avancer sur les mers inconnues pour porter cette civilisation au loin.
Ce Grec savant avait couru sur les terres et les mers pour rapporter à Athènes , à ce beau foyer grec, toutes les possibilités culinaires.
Ses biographes parlent beaucoup de son esprit délicat et prompt